Première lecture de cette année ! La mort de l’auteur de Nnedi Okorafor a fait sensation lors de sa parution. J’apprécie beaucoup l’oeuvre de cette autrice. Son dernier roman faisait donc partie de ma liste d’envie. Ici, elle semble donner une nouvelle direction à son écriture en proposant un texte aux enjeux plus personnels.
Synopsis de La mort de l’auteur
Zelu est nigériano-américaine.
Zelu est paraplégique.
Zelu est auteure.
Mais Zelu n’est pas reconnue : ni par sa famille nombreuse qui ne la comprend pas, ni pour ses romans qui ne trouvent pas d’éditeur.
Jusqu’au jour où, désespérée et sans emploi, elle se décide à écrire un récit de science-fiction sur des androïdes et des IA au cœur d’un monde postapocalyptique, Robots rouillés .
Le succès immédiat de son livre bouleverse sa vie. Progressivement, les frontières entre réalité et fiction s’effacent, emportant avec elles ses certitudes : au fond, qui est vraiment Zelu ?
L’histoire d’une autrice qui écrit un best-seller de SF
Une exploration intime de l’identité et de la création
Nnedi Okorafor centre l’histoire sur Zelu, née aux Etats-Unis de parents nigérians aisés. Personnage très nuancé, Zelu est une jeune femme cultivée qui rêve d’écrire, mais qui a du mal à trouver sa place dans sa famille nombreuses ou à trouver sa voie professionnelle. Elle est à la fois déterminée, souvent égoïste, et surtout butée. Nnedi Okorafor ne met pas en scène de personnages parfaits, loin de là. Avec son personnage principal, elle explore la complexité de l’identité d’être une femme nigériano-américaine, noire mais aussi handicapée. L’autrice montre que Zelu ne se limite à ce que les autres voient, même si beaucoup de personnes, y compris dans son entourage, tentent de la ranger dans des cases. Ainsi, sa famille la voit toujours comme une enfant turbulente et désobéissante, les hommes cherchent à l’attacher dans une relation ou dans un mariage, les traditions nigérianes veulent faire d’elle une femme soumise.
La mort de l’auteur montre à quel point il est difficile de construire son identité quand nous nous trouvons au croisement de multiples attentes, et que notre personnalité ne s’y conforme pas. L’autrice n’idéalise aucun élément. Elle n’hésite pas à critiquer à travers ses personnages le poids de la culture patriarcale des traditions igbos. Zelu exprime également la difficulté d’avoir un handicap visible dans le regard des autres, ce qui la rend d’autant plus farouchement indépendante. Ces éléments : poids des traditions, culture nigériano-américaine, rapport au corps… apparaissent dans le roman de science-fiction qu’elle écrit. Le roman met en avant les vertus thérapeutiques de l’écriture, ainsi que le rôle que joue l’inconscient dans la construction de nos narratifs.
Une légère touche de SF
La mort de l’auteur surprend car il s’inscrit dans une période presque contemporaine pour ce qui est de l’histoire de Zelu et de son entourage. Cependant, il existe quelques éléments comme l’usage démocratisé des voitures automatiques ou le développement d’assistants virtuels indépendants qui montrent que nous sommes en réalité dans un futur proche. Cette technologie grandissante permet à Zelu de gagner en indépendance (malgré quelques passages validistes). Les parties orientées science-fiction se passent dans le livre contenu dans le livre. Zelu rédige un roman qui se passe dans un futur post-apocalyptique, dans lequel seuls des robots et des intelligences artificielles parcourent une terre sans humain. Je n’ai pas toujours trouvé le lien entre cette histoire et le quotidien de son autrice, mais j’ai apprécié découvrir ce monde de robots fascinés par la narration.
La science-fiction n’est pas là pour montrer les dérives de la technologie ou des odyssées spatiales. Il s’agit ici d’utiliser quelques éléments pour souligner des réflexions plus intimistes ou sociales. Cet aspect pourra déstabiliser les lecteurs qui connaissent déjà l’oeuvre de Nnedi Okorafor. Pour ma part, j’ai trouvé que c’était un développement intéressant de la part de l’autrice, à savoir un projet qui puise beaucoup dans son vécu. J’ai par ailleurs trouvé quelques défauts à ma lecture, notamment des dialogues parfois trop simplistes ou un manque de cohérence entre l’histoire de Zelu, celle du roman avec IA et les différentes interviews de ses proches.
La mort de l’auteur : science-fiction intimiste autour des identités
Avec La mort de l’auteur, Nnedi Okorafor propose un roman profondément introspectif, qui interroge autant l’acte de création que la construction de soi face aux injonctions familiales, culturelles et sociales. En mêlant récit réaliste, mise en abyme science-fictionnelle et fragments médiatiques, l’autrice prend le risque d’un texte parfois déséquilibré, mais résolument ambitieux. Si certaines articulations narratives manquent de fluidité et que la SF pourra frustrer les lecteurs en quête d’un imaginaire plus central, le roman se distingue par la richesse de ses thématiques et la sincérité de son propos. La mort de l’auteur n’est pas un livre confortable, ni parfaitement maîtrisé, mais c’est précisément dans ses aspérités qu’il trouve sa force : celle d’un texte qui ose explorer les zones troubles de l’identité, de la reconnaissance et du pouvoir des histoires que l’on se raconte, et que l’on écrit, pour survivre.
Note : 17/20
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