Le temps n’est rien d’Audrey Niffeneger revient régulièrement dans les oeuvres encensées par les anglo-saxons, mais dont j’entends assez peu parlé dans les milieux francophones. Bien qu’assez peu admiratrice de romance (sauf en de rares occasions), je me suis dit qu’il était intéressant d’explorer cette oeuvre qui mêle voyage dans le temps et histoire d’amour.

Synopsis de Le temps n’est rien

Nous avons tous déjà eu cette impression d’avoir rencontré une personne quelque part avant, ou de l’avoir connue dans une autre vie… Et si c’était dans un autre temps ? Quand Henry, bibliothécaire, voit arriver Claire, une artiste séduisante, il ne peut croire à l’incroyable : ils se connaissent depuis des décennies, même s’il ne s’en souvient pas. Car Henry est atteint d’une maladie qui le propulse dans le temps. II a rencontré Claire alors qu’elle était enfant et va sans cesse partir et revenir à des époques de leurs vies respectives…

Langueurs et longueurs du voyage temporel

Le voyage du temps à l’épreuve du quotidien

Henry est un fringant bibliothécaire américain qui semble à première vue tout à fait banal. Mais il a la fâcheuse habitude de disparaître certaines périodes, de se retrouver nu comme un ver aux endroits où on l’y attend le moins… Pervers quelconque ? Cas envahissant de somnambulisme ? Eh non, Henry est atteint d’un trouble rare qui le fait voyager dans le temps de manière incontrôlée. Une capacité qu’il est capable d’orienter mais qui demeure en grande partie gérée par son inconscient. C’est d’autant plus gênant qu’il s’agit d’un état de fait souvent dangereux. Il voyage pendant des durées qu’il ne maîtrise pas, se retrouvant nu comme au premier jour, désorienté, dans des lieux qu’il lui arrive de ne pas connaître. Autant vous dire qu’il est courant de se retrouver dans des situations mortelles. Imaginez donc le quotidien de sa femme.

Henry est marié à Claire. Le récit alterne les deux points de vue de leur histoire d’amour peu banale. En effet, Claire a rencontré a rencontré Henry la première fois quand elle avait 6 ans et lui 40. Chaque début de partie rappelle l’âge des deux protagonistes, ce qui permet de savoir à quel moment ils sont l’un l’autre dans leur existence. Henry rendra visiste à plusieurs reprises à Claire pendant son enfance et son adolescence. Il l’aidera à faire ses devoirs, connaîtra certains membres de sa famille… Leur rencontre officielle dans le présent se fera bien plus tard, alors que pour Henry, Claire sera une inconnue. Le voyage dans le temps implique une asymétrie d’information constante, pour l’un comme pour l’autre. L’auteur parvient très bien à retranscrire ce mêlange d’attente, d’inquiétude et d’excitation.

Un récit fluide et réflexif, mais parfois long

L’écriture d’Audrey Niffenegger est accrocheuse. Le style est direct et efficace, ce qui rend la lecture agréable. D’autant plus qu’elle parvient à rendre les personnages accessibles : il est facile de s’identifier à leurs malheurs comme à leurs réussites. C’est une histoire qui se fait très tranche de vie et traverse des dizaines d’années. Parfois les événements sont chronologiques, parfois non. On peut avoir des moments banals comme des périodes charnières ou tragiques dans la vie des protagonistes. Le récit donne à penser la notion de choix lorsqu’on connaît l’avenir. Par exemple, Claire reproche à Henry de façonner ses goûts en lui parlant de sa version future et de l’empêcher de développer sa propre identité. C’est intéressant mais c’est aussi un élément gênant : certains passages où Henry intéragit avec une version enfant de Claire donne l’impression de grooming à travers le temps et l’espace. C’est une colonne vertébrale du récit mais je ne sais pas trop quoi penser de ce choix narratif, même si ça aurait pu être bien plus malsain.

Il ‘agit de mon goût personnel, mais les lecteurs assidus de mon blog le savent : le récit tranche de vie ne me plaît que rarement. Ici, certaines parties du récit sont un peu longues. Les éléments sont un poil répétitifs en milieu de roman, d’autant plus que je trouve que les pouvoirs de Henry n’ont pas tant d’impact que cela sur son couple ou sur l’histoire en elle-même. Au niveau professionnel, cela semble également totalement inconcevable qu’un homme qui a été surpris nu dans les rayonnages conserve son poste aussi longtemps (avec toutes les qualités professionnelles qu’on puisse lui connaître). Je pense que c’est aussi dû au fait que le roman ait été écrit il y a plus de 20 ans pour les passages avec Claire, on sent que ce qui est considéré comme inconfortable dans une relation n’est la même chose qu’au début du siècle.

Le temps n’est rien : un voyage temporel audacieux mais gênant

J’ai trouvé l’idée de fond intéressante : quel impact a le voyage temporel aléatoire sur le quotidien d’un couple ? D’une famille ? Claire et Henry se croisent au fil de leur vie, à différents âges et différentes étapes. Inquiétude, imprévisibilité… Mais aussi question de la destinée et de la place de nos choix dans nos parcours. L’autrice traduit bien les difficultés du couple à des moments clé de leur existence. Leur relation est touchante, décrite à travers une écriture simple mais qui remplit sa mission. Cependant, certains choix scénaristiques rendent l’histoire gênante sur certains points. Henry rencontre Claire alors qu’elle a 6 ans et lui 40 ans. Il la croisera à plusieurs reprises, ce qui donne l’impression de grooming par moments. Il y a également quelques incohérences : les désagréments causés par le voyage dans le temps sont traités parfois rapidement ou n’engendrent pas de conséquences crédibles (notamment pour la carrière de Henry). Cela reste une lecture intéressante à la plume efficace et aux personnages touchants, mais pas à la hauteur de sa réputation.

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Catégories : Chroniques

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