Une Bibliothèque géante, des livres à foison… Quel lecteur ne serait pas intrigué ? Je n’ai jamais lu Mark Lawrence auparavant, je n’ai donc pas d’idée préconçue hormis le fait qu’il soit édité chez Bragelonne, qui ne publie pas toujours le type de fantasy que j’affectionne le plus. Mais qu’ai-je pensé du dodu premier tome de de la trilogie de la Bibliothèque, Le livre qui refusait de brûler ?
Synopsis de Le livre qui refusait de brûler
La plus fabuleuse des histoires peut atteindre les étoiles…
Evar a passé toute sa vie prisonnier d’une salle remplie de livres, plus ancienne que les empires, plus vaste qu’une cité.
Livira vivait aux confins de la civilisation, où rôdent les cauchemars et où nul ne se rend. Lorsqu’elle est arrachée à son village, elle se consacre à l’étude des mystères qui irriguent la grande bibliothèque, coeur battant du royaume.
Ils n’étaient pas censés se rencontrer. Dans la bibliothèque, leurs chemins se sont pourtant croisés.
Leurs histoires s’entrelacent alors, coeur à coeur, à travers les univers et le temps. Faites de vérité et de mensonges, elles se brouillent et se confondent. Dans ce périple où la connaissance érode les certitudes, la plume a beau être plus puissante que l’épée, elle n’empêchera pas le sang de couler ni les cités de brûler.
Vous vous perdrez dans la bibliothèque
Un univers complexe et sophistiqué
Le roman nous entraîne à travers le parcours de deux protagonistes différents : Evar, un jeune homme qui a passé la majeure partie de sa vie dans la bibliothèque avec sa fratrie, et Livira, une jeune fille née dans les régions désertiques qui entourent Crath, la cité de la Bibliothèque. Autant qu’ils n’ont rien en commun, et chacun de leurs passages permet d’en savoir plus sur le lore de la trilogie. Et croyez-moi, il y en a du détail. On peut parler des confits qui déchirent le monde, puisque des créatures inhumaines appelées les sabbres s’acharnent sur les humains, les repoussant toujours plus près de Crath. Une bonne partie du récit tourne autour du fonctionnement de la Bibliothèque, un lieu aux proportions bibliques dans lequel serait stoquée l’ensemble des livres, id est de la connaissance humaine et non-humaine. Un lieu dont le fonctionnement demeure mystérieux même pour les plus motivés des bibliothécaires, qui est ici un métier à haut risque, puisque les chances de se perdre et de mourir dans les rayonnages sont très élevées. L’auteur en profite pour rendre hommage à la richesse des livres, notamment à travers des références multiples à d’autres histoires écrites, comme un corbeau nommé Edgarallan qui fait partie des guides de la bibliothèque.
Le fait que la bibliothèque soit un titanesque labyrinthe n’est que le cadet de son étrangeté, puique l’auteur distille des procédés narritifs complexes comme les voyages à travers le temps. Cet aspect donne l’impression de lire un scénario savamment orchéstré, mais donne des intrigues parfois difficiles à suivre, ou à saisir l’entiéreté de la logique. Heureusement, notre intérêt est toujours maintenu grâce aux multiples secrets et mystères que l’auteur éparpille au fil des pages. Quel est l’objectif réel de la Bibliothèque ? Comment fonctionne-t-elle ? A quoi servent les Mécanismes ? Pourquoi certains personnages comme Yute semblent-ils en savoir autant ? Pourquoi Evar et sa fratrie sont-ils coincés dans cet espave et pourquoi l’Assistante et le Soldats (sorte de gardiens de la Bibliothèque) s’occupent-ils d’eux ? Vous l’aurez compris, l’auteur construit une intrigue très riche qui parvient à rester captivante et rythmée, malgré peut-être une ou deux facilités scénaristiques dans les révélations.
Herbe folle, aventures sans fin et fratrie dysfonctionnelle
J’ai trouvé que l’un des points forts du roman résidait au sein de ses personnages. Vous le savez sans doute, il est assez rare que je trouve des personnages que j’apprécie particulièrement. C’est le cas de Livira, l’enfant de la poussière dont l’intelligence et la curiosité lui attirent autant d’ennuis que d’aventures passionnantes. J’ai également beaucoup aimé, Malar, le soldat bourru qui finit par la prendre sous en aile malgré son caractère indépendant. En réalité, la grande majorité des personnages bénéficient d’une caractérisation claire et plutôt bien faite, à travers des dialogues rythmés et un sens de la caractérisation affirmée à défaut d’être toujours subtil. Tous les lecteurs peuvent trouver un personnage qui leur plaisent. C’est peut-être un moins le cas pour les frères et soeurs d’Evar, mais leur côté archétypal est bien expliqué. C’est même assez clair qu’ils se comportent comme des personnages de roman. Ceci dit, je dois avouer qu’il y a certaines répétitions dans la façon dont les personnages sont présentés ou dans leurs relations, comme si l’auteur se sentait obligé de beaucoup surexpliqué.
L’écriture de Mark Lawrence se veut fluide et entraînante. Pour un roman de cette taille, il mène sa barque avec assez peu de temps morts. C’est aidé par l’alternance des points de vue, qui est ici bien exploité et permet vraiment d’en savoir plus sur les personnages et l’univers. En plus de cela, l’auteur n’hésite pas à faire preuve d’humour bienvenu qui apporte un peu de légèreté sans non plus mettre à mal les aspects les plus dramatiques du roman. Il y a plusieurs dialogues assez drôles, notamment avec Malar qui ne peut pas s’empêcher de profaner des vulgarités à chaque phrase, ou du côté de Livira, qui est une gamine aussi vive qu’insolente, n’hésitant pas à briser les règles pour assouvir sa soif infinie de connaissances. Cette plume n’a pas cependant suffit à faire capter toutes les subtilités de l’univers. On a beaucoup de termes (Evasions, Mécanisme…) qui reviennent, des éléments d’intrigues… qui auraient mérité plus d’explications. Il y a des moments où je suis restée un peu confuse. Mais la suite de la trilogie permettra peut-être de clarifier certains points ?
Le livre qui refusait de brûler donne envie de se perdre dans sa Bibliothèque
Mark Lawrence ouvre sa trilogie avec un roman ambitieux et foisonnant, qui rend un bel hommage aux livres et à la connaissance à travers une Bibliothèque aussi fascinante qu’inquiétante. En alternant les points de vue d’Evar et de Livira, l’auteur bâtit un univers dense, truffé de mystères et de secrets qui maintiennent l’intérêt du début à la fin. Les personnages sont l’une des grandes réussites du récit, à commencer par l’insolente et curieuse Livira ou le bourru Malar, portés par des dialogues ciselés et une touche d’humour bienvenue. On regrettera toutefois quelques répétitions, des facilités dans les révélations et un lore parfois si complexe, entre voyages temporels et termes peu expliqués, qu’il en devient difficile à suivre. Une lecture exigeante mais captivante, que je recommande aux amateurs de fantasy riche et de récits gigognes, et qui me donne envie de découvrir la suite pour y voir plus clair.
Note : 16/20
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