Encore un mois de lecture très satisfaisant. J’ai découvert pas d’auteurs que je ne connaissais pas du tout, notamment un classique de la SF russe. Je ne pensais pas réussir à lire autant de livres pendant cette période chargée, mais j’ai finalement gréussi. Et c’est en plus assez varié.

Ariosto furioso de Chelsea Quinn Yarbro

Ariosto furioso de Chelsea Quinn Yarbro

En 1533, l’Italia Federata a conquis le Nouveau Monde. À Firenze, Lodovico Ariosto, poète et conseiller de Damiano de Medici, est pris en étau entre les factions rivales qui se disputent le pouvoir.
Telle est la realtà.
Le poète s’évade en écrivant une suite à son Orlando Furioso. Et dans cette Amérique de rêve, il devient Ariosto le héros qui, monté sur son hippogriffe fabuleux, va défendre les Cérocchi contre les sorts et les sorciers.
Telle est la fantasia.
Jusqu’au jour, tragique, où rêve et réalité se rejoignent
.

Ariosto Furioso nous plonge d’une Italie fédérée puissante, une uchronie où elle l’une des plus grandes puissances d’Europe. L’autrice propose une vision brillante dans cette uchronie. Cela démontre une recherche profonde et très érudite. Mais est-ce suffisant ? En effet, la fantasia apporte finalement peu propose, ralentissant l’action et mettant au centre un Ariosto emphatique qui tente d’échapper à une réalité noyée sous les complots et les possibles trahisons. Dès lors, le roman se révèle un peu long, les passages dans la fantasia manquant d’enjeux et ceux dans la Realtà étant plus sous-entendus que réellement mis en avant. Je ressors donc partagée de cette lecture qui n’aura pas su me séduire complètement.

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Nous d’Evgueni Zamiatine

Nous d’Evgueni Zamiatine

Dans une société assujettie au bonheur infaillible et obligatoire, alors que la “dernière” de toutes les révolutions possibles a eu lieu, les hommes, enfermés sous une cité de verre, sont devenus des “Numéros”. Ceux-ci paient de leur vie le moindre écart à l’ordre établi contre lequel, malgré tout, une poignée de dissidents va s’insurger.
D-503, constructeur de l’ »Intégrale », un vaisseau spatial qui a pour mission de ranger les civilisations extraterrestres sous la férule du “Bienfaiteur”, y tient un journal à la gloire de ce monde aseptisé et y consigne les débuts d’une insurrection qui va peu à peu le transformer.

Evgueni Zamietine est sans aucun doute un écrivain visionnaire. Sa société en appelle à des concepts d’organisation dédiés au monde du travail pour l’adapter au quotidien de la population. Résultat des courses : une société où tout est calculé, mesurée, à l’aune de la sacro-sainte efficience et productivité. En somme, l’égalité absolue à l’heure de l’efficacité. Dans ce monde enfant étrange du capitalisme et du communisme, l’imagination est interdite. Les citoyens sont soumis à l’autorité d’un bienfaiteur, qui n’hésite pas à éliminer publiquement les individus un peu trop rêveurs ou un peu trop agités (avec bienfaisance bien sûr). C’est donc une œuvre classique de la dystopie / contre-utopie, qui peut se révéler prévisible pour le lecteur moderne féru de ce sous-genre. L’auteur a également a un style très métaphorique qui s’accentue avec le changement de mentalité de son personnage principal, qui développe petit à petit une forme de sensorialité pure qui rend le style parfois abscons.

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Les cercueils de Zinc de Svetlana Alexievietch

Les cercueils de Zinc de Svetlana Alexievietch

vetlana Alexievitch est l’écrivaine qui a osé violer en 1990 un des derniers tabous de l’ex-URSS : elle a démoli le mythe de la guerre d’Afghanistan, des guerriers libérateurs et, avant tout, celui du soldat soviétique que la télévision montrait en train de planter des pommiers dans les villages alors qu’en réalité, il lançait des grenades dans les maisons d’argile où les femmes et les enfants étaient venus chercher refuge.

Les témoignages de ce livre sont extrêmement poignants. Ils retracent la barbarie d’une guerre inutile, menée par des hommes et des femmes nourris au patriotisme exacerbé. Les paroles des mères sont particulièrement terribles. Tous les soldats racontent cette impossibilité à revenir à la vie civile après l’horreur des massacres, de n’être plus les mêmes. A la fin, Alexievitch met en avant les procès qui ont tenté de la faire taire.

Les amants du Ragnarök de Jean-Laurent Del Socorro

Les amants du Ragnarök de Jean-Laurent Del Socorro

Alors que l’hiver de trois ans touche à sa fin, Thor sent sa mort approcher. Refusant de s’y résoudre, la géante Iarnsaxa, son amante, entreprend une quête périlleuse. En chemin, elle rencontre Jorunn, une scalde aveugle venue d’Irlande jusqu’à la Valhalle pour dire adieu à sa compagne tombée durant la bataille de Clontarf. Ensemble, elles n’ont d’autre choix que d’affronter le Ragnarök.

Ce roman met en scène un Ragnarök qui pousse les protagonistes à faire face à la finalité de leur existence. L’auteur construit un récit d’une grande sensibilité qui explore les sentiments complexes des dieux comme des hommes. Histoires familiales, deuils et pertes sont autant de sujets mis en scène avec talent. Ensuite, le roman montre une rescherche poussée pour donner vie aux mythes scandinaves. Le roman est traversé de chants et poésies tirés directement des oeuvres fondatrices de la mythologie. En somme, c’est un très beau récit, qui fait la part belle à la vulnérabilité.

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Un psaume pour les recyclés sauvages de Backy Chambers

Voilà des siècles, les robots de Panga ont accédé à la conscience et lâché leurs outils ; voilà des siècles, ils sont partis ensemble dans la forêt, et nul ne les a jamais revus ; voilà des siècles qu’ils se sont fondus dans les mythes de l’humanité. Un jour, la vie de Dex, moine de thé, est bouleversée par l’arrivée d’un robot qui, fidèle à une très vieille promesse, vient prendre des nouvelles. Il a une question à poser, et ne rejoindra les siens qu’une fois satisfait de la réponse. La question : « De quoi les gens ont-ils besoin ?  » Mais la réponse dépend de la personne à qui on parle et de comment on pose la question. La nouvelle série de Becky Chambers s’interroge : Dans un monde où les gens ne manquent de rien, à quoi sert d’avoir toujours plus ?

Il y avait un bout de temps que je voulais lire Un psaume pour les recyclés sauvages. Ce court roman a une aura très apaisante. Dans un univers presque utopique, un jeune moine cherche un sens à sa vie. Dex est un personnage attachant. Sa rencontre avec Omphale, un robot aussi curieux que volontaire, est aussi drôle que touchante. J’ai beaucoup apprécié leurs échanges. Ce récit est une fable philosophique qui pose des questions autour de l’ambition, la nature, la foi et les relations. Becky Chambers a une plume très douce, ce qui offre une pause bienvenue et reposante entre deux lectures plus longues.

Quelles sont vos lectures favorites du mois ?

Catégories : Points lectures

1 commentaire

tampopo24 · 3 avril 2025 à 7 h 02 min

Bravo pour cette variété !
J’ai eu un coup de coeur pour les Amants. J’aime la façon dont Jean-Laurent revisite la mythologie nordique popularisée par les Marvel.
J’avais aussi beaucoup aimé Les psaumes pour don côté apaisant.
Beau mois d’avril à toi

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