On la surnomme la Grande Dame de la science-fiction québécoise, Elisabeth Vonarburg est une figure immense des littératures de l’imaginaire. Elle a sûrement assez de prix pour occuper les murs de son salon. C’est pourquoi je me suis lancée à la découverte de ses romans. Le silence de la Cité a été publié en 1981 et appartient au post-apocalyptique, un sous-genre très chouette de la science-fiction où l’humanité survit à une catastrophe planétaire en mauvais état. Qu’en est-il ?

Synopsis du Silence de la Cité

Dans la Cité où ils se sont repliés à l’heure des Abominations, les scientifiques presque immortels, derniers dépositaires de la civilisation, s’ennuient tandis qu’à l’extérieur se succèdent des générations de mutants barbares.

Dernière enfant de la Cité, fruit des expériences génétiques de Paul, Élisa apprend à connaître son corps et ses facultés d’auto-régénération et reprend à son compte le Projet des généticiens : réensemencer la race humaine, à l’extérieur de la Cité trop dorée et corruptrice, et lui transmettre ses nouveaux pouvoirs.

Mais c’est compter sans les données psychologiques individuelles qui font l’originalité de l’homme et qui seules, peuvent mettre en échec le programme le plus habilement informatisé.

Une œuvre dense, philosophique et morale

J’ai tout simplement adoré ma lecture. Le silence de la Cité est pour moi la synthèse de ce que j’aime lire en science-fiction. Les thèmes abordés sont nombreux et d’une grande profondeur, le récit est recherché, bien mené, avec des personnages qui brillent par leurs aspects profondément humains. Les premières pages du livre sont assez complexes, notamment car les pensées se suivent sans lien de causalité très claires entre elles. Mais très vite nous nous trouvons happés dans un univers post-apocalyptique crédible et bien construit.

Les derniers scientifiques se sont enfermés dans leurs tours d’ivoire, de vastes fiefs technologiques, en attendant de trouver une solution aux désastres qui rongent la terre. Une dégénérescence génétique frappe les mutants en dehors des Cités. La durée de vie a diminué de manière drastique et bien plus de filles naissent que de garçons. Les scientifiques se sont donc acharnés à trouver un remède avant d’abandonner face à l’inutilité de leur tâche. Seul Paul, déterminé, a continué ses expériences jusqu’à donner naissance à Elisa. Cette enfant est le dernier espoir pour rétablir la balance.

C’est donc surtout Elisa que nous suivons. Née outil, fruit d’expériences génétiques monstrueuses, elle met en exergue de nombreuses questions éthiques et existentielles. Celle du déterminisme, car elle n’est née que dans un seul but et est-ce trahir que de changer son destin ? La fin peut-elle justifier les moyens ? La manipulation est-elle acceptable lorsqu’elle est pour le grand bien (Dumbledore, si tu m’entends) ? Mais il y a aussi les choix, le rapport au corps, aux autres, l’enfantement, tuer le père pour être libre, la guerre, l’amour, la vie artificielle… Le livre d’Elisabeth Vonarburg est d’une telle richesse qu’il est complexe de résumer son ampleur en quelques mots.

Le tout est soutenu par l’écriture charnelle et sensible de l’auteure. Elle propose un récit vaste sans tomber dans la sensiblerie ou les circonvolutions inutiles. En quelques phrases, elle parvient à peindre des personnages animés d’une rage de vivre folle, d’une passion indicible ou secoué par des questionnements internes bouleversants. Elisabeth Vonarburg a imbriqué les pensées d’Elisa au sein même du récit. ce système parvient à nous faire interroger sur nos propres choix moraux et à comprendre les dilemmes du personnage. Elle est ainsi un personnage très humain dans sa remise en question. C’est un être complexe et crédible. C’est aussi ce qui me plaît le plus dans la science-fiction : cette capacité à faire naître un avenir prospectif qui trouve assez d’universalité pour nous pousser à l’interrogation sur la nature humaine, nos choix ou les conséquences des usages de la science.

 

Conclusion : une œuvre marquante de la SF

J’ai trouvé dans le Silence de la Cité les thèmes que j’aime voir traiter dans les romans de science-fiction, avec cette plume sensible et lucide qui fait pour moi les grands de ce genre trop délaissé. C’est un roman dense qui véhicule de réels messages universels et des réflexions pertinentes sur la nature humaine, les conséquences de nos actes et les influences de la science sur notre humanité.

Note : 17/20

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2 commentaires

Lystopia · 19 février 2018 à 16 h 19 min

Ça me fait vraiment plaisir de voir une auteure québécoise mise à l’avant sur un blog français! Mais ça me rappelle que je n’ai même pas encore touchée à cette auteure encore… Pourtant, elle écrit dans mon genre de prédilection! Merci du reminder 😉

    Camille Barbry · 19 février 2018 à 20 h 38 min

    Une auteure que j’ai découvert totalement par hasard ! je cherchais à lire plus de science-fiction, le résumé avait l’air génial, j’avais lu peu de littérature canadienne (jusqu’ici juste Guy Gavriel Kay et Margaret Atwood) et encore moins de littérature québecoise et ne plus j’ai adoré 😉 je suis contente parce que je trouve qu’elle n’est pas très connue en France et c’est dommage.

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