Chronique nécessaire : La part de l’autre – Eric-Emmanuel Schmitt

la part de l'autre

La part de l’autre est un roman de science-fiction appartenant au sous-genre spécifique de l’uchronie. Le livre suit les histoires parallèles de deux personnages : Hitler, le dictateur que nous connaissons tous, qui s’est vu refusé l’entrée à l’Ecole des Beaux-Arts de Vienne. Le deuxième, Adolf H., est parvenu à entrer en École d’Art pour réaliser son rêve de devenir peintre. Un récit qui traite donc d’un sujet difficile. Qu’en est-il ?

 

Synopsis de la part de l’autre

 

5 octobre 1908 : Adolf Hitler recalé. Que se serait-il passé si l’Ecole des beaux-arts de Vienne en avait décidé autrement ? Que serait-il arrivé si, cette minute-là, le jury avait accepté et non refusé Adolf Hitler, flatté puis épanoui ses ambitions d’artiste ? Cette minute-là aurait changé le cours d’une vie, celle du jeune, timide et passionné Adolf Hitler, mais elle aurait aussi changé le cours du monde…

 

Un livre nécessaire sur la banalité du mal

 

Il est facile de considérer Hitler comme un apôtre tellement absolu qu’il n’appartient pas au monde des hommes. C’est une image rassurante. Mais Eric-Emmanuel Schmitt choisit de prendre le contrepieds en posant un postulat : Hitler serait-il devenu le dictateur monstrueux s’il avait été accepté à l’école d’arts ? S’il avait mené la vie d’artiste qu’il avait rêvé de mener ? L’auteur met alors en parallèle les deux existences de deux versions du même homme. Forgés différemment par les épreuves, mais portant en chacun la part de l’autre, comme une marque indélébile.

Un sujet bien compliqué que l’écrivain prend à bars-le-corps, avec talent. Il évite l’écueil grâce à une écriture qui transpire l’humanité par tous les pores. Schmitt construit avec précision des personnages d’un grand réalisme. Ni monstre, ni ange, Adolf comme les autres oscillent entre les états moraux des hommes. Même Hitler met parfois mal à l’aise, de par son admiration pour l’art ou son amour des animaux. L’écrivain parvient à instaurer un rythme bien maîtriser entre drame, violence, absurde, amour, désir… L’auteur peint toutes les couleurs de l’humanité pour nous donner à lire une œuvre complète.

Le livre parvient également à briller par son message. L’objectif de l’auteur est de nous à réfléchir et à prendre du recul. En effet, le personnage de Sœur Lucie donne vers la fin du roman un message puissant : c’est le doute qui retient l’homme de devenir une créature monstrueuse. Sans doute, nous n’avons pas de compassion. Sans doute, on devient certain que notre vision est la meilleure et qu’il faut l’imposer aux autres, à ceux qui n’ont rien compris. N’importe quel homme ou femme peut devenir un monstre quand il se pense parfait.

 

Conclusion : Une œuvre dense et intelligence

 

La part de l’autre met en avant de nombreux sujets : de l’amour en passant par la violence de la guerre, de l’appartenance jusqu’au rejet, c’est une œuvre qui met en garde contre les abus. Eric-Emmanuel Schmitt possède une écriture réellement sensible, capable d’insuffler des nuances où il est nécessaire. La plume se fait dure quand il le faut, poétique lorsque le contexte s’y prête. Je conseille ce livre à tous ceux qui sont fascinés par la seconde guerre mondiale ou qui sont fascinés par les figures historiques sombres.

 

Note : 18/20

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