J’avais été plus que séduite par “La main gauche de la nuit“. Voyant son ouvrage “Lavinia” en promotion chez l’Atalante, je me suis de nouveau plongé dans un roman d’Ursula le Guin, cette immense dame de la science-fiction. Me voilà partie pour un voyage mystique dans une Italie Païenne et oubliée, aux côtés d’une femme à peine mentionnée dans l’Enéïde. Qu’en ai-je pensé ?

Synopsis de Lavinia

Comme Hélène de Sparte j’ai causé une guerre. La sienne, ce fut en se laissant prendre par les hommes qui la voulaient ; la mienne, en refusant d’être donnée, d’être prise, en choisissant mon homme et mon destin. L’homme était illustre, le destin obscur : un bon équilibre. Dans l’Énéide, Virgile ne la cite qu’une fois. Jamais il ne lui donne la parole. Prise dans les filets du poète qui n’écrira l’épopée des origines de Rome que des siècles plus tard et sans avoir le temps de l’achever avant sa mort, Lavinia transforme sa condition en destin. De ce qui sera écrit elle fait une vie de son choix. Et cela dans la douceur amère et la passion maîtrisée que suscite son improbable position : elle se veut libre mais tout est dit.

Un éclairage rafraîchissant sur un personnage méconnu

Comment commencer sans évoquer la finesse de l’écriture de l’autrice ? Comme toujours, elle nous offre un style fluide et poétique qui nous entraîne dans un monde aux coutumes étranges traversé de passages oniriques immersifs. La plume d’Ursula le Guin est racée et précise. Sans tomber dans le décorum excessif, elle parvient à trouver un équilibre entre introspection, action et contemplation. Il y avait longtemps que je ne m’étais pas noté des citations à retenir, et ici, l’histoire regorge de passages marquants. Parfois on est touché par la beauté, d’autres fois par la justesse des réflexions sur la mort, la mémoire dans l’écriture.

L’histoire en elle-même se place en complément à Virgile, mettant en avant un personnage à peine mentionné dans l’oeuvre du poète. L’atmosphère construite par l’auteur est fascinante. Elle a sûrement mené de nombreuses recherches sur les croyances de cette Rome archaïque, encore peuplée par les Étrusques. Elle nous montre un peuple profondément pieux et attaché à ses valeurs, une contrée dépaysante. On retrouve ici la capacité de l’autrice à créer une vision anthropologique crédible comme ce fut le cas pour ses oeuvres de science-fiction, qui ici lui sert à ranimer une culture que l’on ne connaît que peu, dans ses rites et ses traditions.

Lavinia en elle-même est un personnage très bien écrit. Ursula le Guin démontre une fois de plus à quel point son écriture est capable de transcrire même les nuances les plus complexes du caractère humain. Fille de Roi qui sut faire face à tous pour imposer son destin, on suit un roman d’apprentissage, du passage d’enfant libre et insouciante à jeune femme à marier pour le bien de son royaume. Cette partie soulève d’ailleurs un aspect spécifique de la condition féminine : le fait que les femmes soient rarement libres de leurs destins et se retrouvent échangées comme du bétail pour servir la politique de leurs pères. Le fait aussi que les femmes soient souvent enchaînées ou enfermées, comme si leur caractère changeant menaçait constamment l’ordre social.

Bien sûr, les autres personnages, bien que moins présents, disposent tous d’une force et d’une personnalité propres. Amata, la mère rendue folle par la mort de ses fils, les orgueilleux prétendants, le Roi Latinus, sage et fort sauf face aux femmes de sa vie… Et bien sûr Enée, le grand héros. Brutal dans la guerre, bon père de famille, homme qui n’hésite pas à pleurer ou à être doux. 

Un quasi sans faute

Je regrette simplement quelques longueurs, mais rien de gênant face à un roman qui se révèle être d’une grande originalité ! Lavinia ravira les amateurs de femmes fortes, car la protagoniste est une personnalité marquante, de même que les amateurs d’écritures poétiques.

Note : 17/20

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Catégories : Chroniques

4 commentaires

Zina · 13 janvier 2019 à 15 h 01 min

Une autrice qu’il faudrait vraiment que je prenne le temps de découvrir !!

    La Geekosophe · 13 janvier 2019 à 21 h 32 min

    Disons qu’à la lecture, on comprend pourquoi elle a reçu autant de prix ! 😀

Babitty Lapina · 14 janvier 2019 à 9 h 56 min

Le nom de cette autrice me dit quelque chose mais je ne suis pas sûre de l’avoir déjà lu… Ce roman me fait particulièrement envie ! Les éditons atalante proposent des romans toujours très chouette. Merci pour la découverte !

    La Geekosophe · 15 janvier 2019 à 14 h 19 min

    J’adore l’écriture d’Ursula Le Guin, elle a gagné beaucoup de prix mais elle reste plutôt confidentielle !

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