Devinez pourquoi j’ai choisi de lire Alamut ? J’aime beaucoup la série de jeux Assassins’ Creed et c’est justement ce roman qui a inspiré les jeux. Ensuite, les éditions Libretto ont édité des romans anniversaire et ont fait de très beaux objets : comment résister à cette couverture rouge et souple ? Mais au-delà de ces considérations esthétiques, ai-je apprécié le contenu ?

Synopsis d’Alamut

« … je partage l’humanité en deux catégories fondamentalement différentes : une poignée de gens qui savent ce qu’il en est des réalités et l’énorme majorité qui ne sait pas. »
Retranché dans sa citadelle dominant la plaine, le grand maître Hassan Ibn Sabbâh mène, à la fin du XIe siècle, une guerre sainte en Iran. Il n’a que peu de soldats et seuls ses proches le connaissent intimement. Parti de presque rien, sans armée, sans terre et sans guère d’appuis à la cour, il dominera le monde. Des hommes seront prêts à mourir pour lui avec le sourire aux lèvres. Des foules entières se prosterneront sans combattre. Un millénaire plus tard, la manipulation des masses, telle qu’il la pratiqua, continue d’ébranler les empires modernes. 

Entre conflits religieux, manipulation et théologie

Découverte du Moyen-Orient du XIe siècle ! Les guerres intestines font rage entre les différents courants Islamiques, notamment les Ismaeliens qui prennent partie pour Ali comme véritable héritier de la parole du Prophète face notamment au Seldjoukides. Dans ces tensions, Hassan Ibn Al-Sabbah monte une formation d’élite afin de s’entourer d’hommes dévoués à sa cause. A partir de là, nous suivons deux points de vue.

Le premier est celui d’Halima, une ancienne esclave rachetée par Hassan afin de peupler des jardins. Elle rejoint un harem avec d’autres jeunes femmes, anciennes esclaves et courtisanes, choisies pour leur beauté. Les filles suivent des formations diverses, mais nous ne connaissons pas immédiatement l’objectif réel de ce qui semble être une étrange école. 

De l’autre côté, c’est Avani que nous suivons, un jeune homme qui s’engage à Alamut. Là aussi, il est formé pour devenir un redoutable soldats aux côtés d’autres jeunes hommes : combat, théologie, poésie, rhétorique… Rien n’est laissé de côté pour en faire de parfaits caméléons. C’est ainsi que naîtront les premiers assassins, capables de prendre d’autres identités et fanatiques prêts à se sacrifier pour leur maître.

Si pour nos deux protagonistes, les débuts sont assez idylliques, le piège par se refermer. Car le plan fou et génial d’Hassan les transforme en instruments pour assouvir une vengeance qui semble plus personnelle qu’un crédo religieux. On voit d’ailleurs très peu le Vieux dans la Montagne au début du roman, ce qui en fait aux yeux de tous, lecteurs comme personnages, une figure presque mythique dont la réputation est inimaginable. Il est intéressant de voir qu’il est en réalité un athée, qu’il a parfaitement conscience que ses actions sont condamnables mais que les forces supérieures ne font rien pour arrêter ses projets. C’est justement face à cette solitude suite à la découverte de l’absence de Dieu qu’il suivra sa célèbre maxime : “Rien n’est vrai, tout est permis”.

Alamut nous fait entrer dans les mécanismes complexes et subtils de l’embrigadement. Propagande, manipulation, mensonges… Hassan Ibn Al-Sabbah ne recule devant aucune technique pour construire son corps d’élite : une armée tellement dédiée qu’elle est prête à se sacrifier pour ses ambitions. En choisissant la qualité, Hassan parviendra à faire trembler les grands de son époque. Mais à quel prix ? Car son ambition lui demandera des sacrifices indicibles.

De plus, la langue de Vladimir Bartol est limpide. Même si le début peur sembler un peu lent, la mis en place minutieuse est essentielle pour comprendre le fonctionnement psychologique d’Halima comme d’Ibn Tahir (Avani). L’ensemble est très agréable à lire et difficile à lâcher tant le roman semble visionnaire et prévoir les événements actuels.

Marquant et essentiel

C’est un roman qui vaut vraiment le temps d’être lu. Il propose une histoire fascinante dans un cadre qui nous est méconnu. Parfois philosophique, parfois psychologique, Alamut nous plonge dans les ressors terrifiants du fanatisme. 

Note : 17/20

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Catégories : Chroniques

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