Chanson Douce, prix Goncourt, deuxième roman de Leila Slimani… Un roman qui sort un peu de mes habitudes, devez-vous penser ! Mais l’histoire laissait entendre un ton sombre qui a su attirer l’attention de la lectrice de thriller que je suis. Et le moins qu’on puisse, c’est que ce roman frappe fort !

Synopsis de Chanson Douce

Lorsque Myriam, mère de deux jeunes enfants, décide malgré les réticences de son mari de reprendre son activité au sein d’un cabinet d’avocats, le couple se met à la recherche d’une nounou. Après un casting sévère, ils engagent Louise, qui conquiert très vite l’affection des enfants et occupe progressivement une place centrale dans le foyer. Peu à peu le piège de la dépendance mutuelle va se refermer, jusqu’au drame.

Un roman qui retourne les esprits

Ce qui atteint d’abord, c’est le style de l’autrice. Acéré, cru et froid, chaque mot brille par sa précision et nous emporte dans le récit terrifiant qu’elle nous construit. L’incipit est remarquable. L’horreur est implacable, maudite, d’une simplicité chirurgicale. Rien n’est laissé au hasard dans la construction des phrases et le choix des mots, ce qui sert aussi bien la psychologie des personnages, l’intensité des émotions, le rythme diabolique des événements et le discours sur les différences de classe.

Bien que le roman soit court, il parvient à aborder un nombre de thématiques remarquable. Leila Slimani évoque d’abord le piège de la dépendance mutuelle. Paul et Myriam, couple d’ambitieux parisiens, délaissent leur vie de famille et se laissent cannibaliser par leur ambition et leur travail. Ils se reposent entièrement sur Louise, la nounou parfaite, qui leur fait le ménage aussi, la cuisine… Une femme discrète et impeccable en apparence, mais qui cache une personnalité complexe et ambiguë ainsi que de nombreux secrets. 

Le talent de Leila Slimani est de parvenir à décrire avec une froideur réaliste une escalade dans une forme de violence banale. Elle évoque, parfois avec une grande poésie, les vexations quotidiennes des petites gens, des immigrés, mais aussi des femmes qui gardent les enfants. 

Myriam est un personnage remarquablement évocateur. Immigrée également, elle est la transfuge devenue petite bourgeoise, mais aussi une femme qui tente d’échapper à un destin unilatéral de mère au foyer contrainte de délaisser un travail acquis après des études longues et difficiles. Une femme qui est en plus remarquablement douée pour son travail. Il est d’ailleurs fascinant de voir que l’ensemble de la culpabilité de ne pas pouvoir se consacrer plus à ses enfants reposent sur ses épaules. 

Un prix mérité

Chanson douce est une lecture courte et intense. L’autrice est une observatrice affûtée de nos habitudes modernes. Horrible grâce à son réalisme, terrifiant grâce à l’effroyable banalité qui se dégage des situations, c’est une lecture qui prend aux tripes et nous hante longtemps. Les événements qui y sont décrits nous donne l’impression que nous aurions pu y assister, et cette proximité rend le récit d’autant plus glaçant.

Note : 18/20

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Catégories : Chroniques

4 commentaires

Babitty Lapina · 26 mai 2019 à 15 h 59 min

J’ai lu ce roman il y a quelques mois et je trouve génial le fait que l’autrice se concentre non pas tant sur l’événement terrible en lui-même, mais sur comment on y est arrivé.

    La Geekosophe · 27 mai 2019 à 20 h 54 min

    Ce qui m’a le plus marqué, c’est une grande lucidité qui rend le roman criant de vérité ! L’écriture met en exergue avec une froideur terrifiante une forme de cruauté ordinaire qui m’a rendue presque paranoïaque !

      Babitty Lapina · 27 mai 2019 à 21 h 01 min

      Oui, le côté réaliste et le mépris des employeurs vis à vis de leurs employés est ARGH. J’ai moi-même vécut ça quand j’ai fait des petites boulots quand j’étais étudiante. Je supportais plus ou moins, sauf un où j’ai coupé court assez rapidement au contrat. (Et il a pas apprécié du coup il m’a accusé de vol d’un collier pour se venger, jusqu’à ce que ma mère explique qu’elle hésiterai pas à prendre un avocat s’il voulait porter plainte. Étrangement, on en a plus entendu parler. Et à la police, on nous a expliqué que c’était super courant comme attitude…)

        La Geekosophe · 27 mai 2019 à 21 h 06 min

        AAAAAAh et les moments où ils s’auto-congratulent d’être des employeurs tellement généreux et ouverts d’esprit alors que la moindre gêne causée par leur employée devient une montagne pour eux… J’ai souvent remarqué ce type de comportement ambivalent, en lisant un peu de sociologie du côté des Pinçon-Charlot ils évoquent de temps en temps le droit d’impunité que s’octroie la bourgeoisie !

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