Vous n’allez sûrement pas me croire, mais ceci est un premier roman ! Sur ma peau a été écrit par Gillian Flynn, une autrice de thrillers et également scénariste. C’est de l’un de ses romans dont a été adapté le magistral Gone Girl, et “Sur ma peau” a été adapté en série sous son titre anglophone (sharp objects). Cela vous en dit long sur l’ambiance du récit ! Alors nous allons voir cela de plus près.

Synopsis de Sur ma peau

La ville de Wind Gap dans le Missouri est sous le choc : une petite fille a disparu. Déjà, l’été dernier, une enfant avait été sauvagement assassinée…
Une jeune journaliste, Camille Preak, se rend sur place pour couvrir l’affaire. Elle-même a grandi à Wind Gap. Mais pour Camille, retourner à Wind Gap, c’est réveiller de douloureux souvenirs.
A l’adolescence, incapable de supporter la folie de sa mère, Camille a gravé sur sa peau les souffrances qu’elle n’a pu exprimer. Son corps n’est qu’un entrelacs de cicatrices…
On retrouve bientôt le cadavre de la fillette. Très vite, Camille comprend qu’elle doit puiser en elle la force d’affronter la tragédie de son enfance si elle veut découvrir la vérité…

Un récit perturbant

La joie des trous paumés américains

Sur ma peau est un thriller qui prend place dans une ville isolée de la campagne américaine. Wind Gap, pittoresque endroit où tout le monde se connaît, où les secrets ne restent pas enterrés bien longtemps. Camille Preak, reporter solitaire pour un journal inconnu de Chicago, doit y retourner, mais ce n’est pas gaité de cœur. Les petites villes sont ennuyeuses, et enquêter sur un meurtre n’a rien d’une joyeuseté.

L’aspect claustrophobe et anxiogène que peuvent avoir ces hameaux est très bien retranscrit. L’ambiance est étouffante, il y fait chaud. Beaucoup d’habitants trompent leur ennui dans l’alcool, la drogue ou même la violence. Y compris notre personnage personnage principal, luttant contre la dépression, ancienne ado qui se scarifiait, suite à la mort de sa sœur et au comportement psychotique de sa mère. L’ensemble est rendu oppressant par le choix de la première personne, Camille étant une protagoniste mélancolique.

Des personnages complexes et à fleur de peau

Protagoniste que j’ai d’ailleurs appréciée, loin des clichés, avec son passé de jeune fille prometteuse mais torturée. Gillian Flynn a réussi à transformer ce personnage à première vue fragile en une femme empathique, fine et décidée. Les autres personnages ne manquent pas de verve ou d’intérêt, notamment les femmes. Car nous sommes dans un univers féminin où les hommes ne sont que des figurants peu impliqués, qui ne comprennent pas l’ampleur des drames qui se passent dans leurs belles maisons. Amma bien sûr, la jeune soeur de 13 ans, au comportement erratique, à la fois ange et démon. Les amies d’enfance, casées, amères, médisantes et seules.

Mais la plus impressionnante étant bien sûr la mère, Adora. Une ancienne beauté, enceinte très tôt, née dans une famille riche, avec une bonne réputation. Une femme avec ses propres blessures, qui l’ont transformée en une sorte d’ogresse qui défigure la figure traditionnelle maternelle pour en faire une créature ambigüe qui se nourrit presque de la détresse de ses enfants. C’est un personnage éminemment complexe, qui n’a jamais ressenti d’amour pour sa fille ainée mais semble tenter d’avoir de l’affection pour elle. Qui semble tenter de correspondre à l’image de la mère parfaite qui manque à son arsenal de fille/femme parfaite de l’Amérique Profonde, mais tout ses essais ne semblent que la pervertir un peu plus.

Un profond malaise

L’aspect psychologique prend donc une place très importante. En effet, Camille doit faire face à son passé, ce qui est inévitable pour un retour après près de 14 ans loin de sa ville d’origine. L’histoire est donc beaucoup en rapport avec sa relation avec sa mère, mais il y a aussi de nombreux passages d’introspection. Si vous vous attendez à trouver un thriller classique, vous restez d’être déçus. Gillian Flynn est une reine du thriller domestique, et bien heureusement. Car tous les passages impliquant la police étaient loin d’être les meilleurs.

L’autrice est en plus très douée pour créer le malaise. Certaines scènes sont particulièrement perturbantes. Les meurtres par exemple concernent des jeunes filles auxquelles on a enlevées leurs dents. Il y a certains moments de violence assez appuyées et des scènes de maladies aigües qui peuvent également choquer si vous êtes sensibles à ce type de question. Mais ces scènes s’imbriquent dans un quotidien qui semble tellement banal qu’elles en sont d’autant plus dérangeantes.

L’enquête en elle-même peut être considérée comme assez classique mais est vraiment bien menée. L’autrice a bien travaillé son rythme, ce qui fait que je ne me suis pas vraiment ennuyée malgré les errements introspectifs de Camille. Au contraire, j’étais même scotchée pour connaître à tout prix le fin mot de l’histoire. La fin atteint son paroxysme avec une grâce toute machiavélique.

Un roman remarquable et dérangeant

J’ai beaucoup apprécié “Sur ma peau”. C’est un thriller psychologique remarquable qui construit une atmosphère dérangeante grâce à une grande maîtrise des détails perturbants. Gillian Flynn est capable de créer des moments perturbants, que ce soit à travers des personnages qui paraissent à la fois banals et imprévisibles, des situations horribles qui s’insinuent dans la vie quotidienne comme un gras de sable dans une horloge. Un récit réussi de A à Z, de l’ambiance en passant par l’histoire.

Note : 17/20

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Catégories : Chroniques

1 commentaire

Zina · 19 février 2020 à 12 h 23 min

J’avais trouvé l’ambiance très réussie aussi.

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