J’ai un historique particulier avec ce classique un peu délaissé de la littérature policière britannique. J’avais acheté Pierre de Lune au lycée, poussée par la curiosité. J’avais dû en lire la moitié avant de le reposer et de ne plus jamais le reprendre. Je l’ai ressorti pour le book club de Charlotte Parlotte, je ne participe pas souvent mais j’aime regarder ses sélections pour noter des classiques littéraires qui m’intéressent.

Synopsis de Pierre de Lune

“La Pierre de Lune se vengera ! ” Mais que veut dire le Brahmane mourant qui lance cet anathème sur la famille Verinder ? Vous le saurez en pénétrant dans le monde à tiroirs de ce roman dont l’héroïne, Rachel, une intrépide jeune fille de 18 ans, partage la vedette avec le Sergent Cuff, un policier de Scotland Yard aux manies surprenantes… et un diamant baptisé Pierre de Lune.

Un roman fondateur surprenant

Une histoire à plusieurs voix

Wilkie Collins choisit un mode narratif classique de son époque mais efficace ! L’ensemble de l’histoire est rapportée dans des journaux par les témoins et personnes impliquées du drame. Nous, lecteurs, devons donc replacer le puzzle à partir de paroles rapportées par des personnalités variées. Le dispositif permet de donner une certaine crédibilité aux événements, mais c’est aussi un remarquable exercice de style pour l’auteur, qui montre l’étendu de sa plume précise et astucieuse.

En effet, chaque personnage a sa voix, et Collins trouve le moyen de leur donner un style et des façons d’écrire propres qui les rend très faciles à différencier les uns des autres. L’auteur semble beaucoup s’amuser à construire des personnalités truculentes, du chef du personnel vieille école mais attachant et obsédé par Robinson Crusoé en passant par la bigote avide et pleine de jugement, l’auteur construit un portrait au vitriol de la société de son époque et certains travers de ses contemporains.

Pierre de Lune tisse un mystère moderne et bien tourné

Wilkie Collins propose un livre aux intrications complexes autour du vol de la fameuse Pierre de Lune. L’enquête est affectée par les passions, les secrets et les ambitions de chacun des personnages impliqués. Sans compter que la Pierre est un objet sacré pour les hindous, dont trois brahmanes sont venus la récupérer jusqu’en Angleterre. Il est ainsi étonnant de voir comment ce livre est fondations en matière de romans à mystères : l’histoire se passe dans la haute société, l’inspecteur est un excentrique associable… Il y a des amours impossibles, des gens qui ont dettes, des drames… Tout ce qui fera le sel des romans policiers à l’anglaise chez Arthur Conan Doyle et Agatha Christie. Autre caractéristique commune : le mystère est haletant, et on n’a qu’une hâte, avoir le mot final !

Si certains personnages ont des opinions assez vieille école, ce n’est que pour mieux se moquer des mœurs traditionnelles hypocrites de l’Angleterre du XIXe siècle. Car j’ai trouvé que la modernité, relative bien sûr, du récit de Wilkie Collins, est très perceptible. Ses personnages féminins sont bien creusés, notamment la mère de Rachel, présentée comme une femme intelligente et qui semble mener une vie en toute indépendance. Rachel est une jeune femme déterminée et passionnée, malgré un caractère fougueux, et d’une grande droiture morale. Les personnalités les plus religieuses en apparence ne sont pas les plus vertueuses. De manière intéressante, Collins a également mis en scène un personnage principal métis, victime des préjugés de son temps, mais médecin talentueux et empathique, qui aime aider son prochain et d’une intelligence fine.

Le récit est émaillé de quelques longueurs

Le défaut principal du roman est caractéristique de sa forme, dans un premier temps, mais aussi de son époque. Les personnages qui prennent la parole ont une tendance à la digression (en particulier Betteredge). On peut interpréter ceci comme un moyen de perdre le lecteur parmi les futilités pour mieux glisser une information importante au milieu. Une information, un indice pour avoir le fin mot du vol du diamant.

Il y a donc des descriptions un peu longuettes par moments. Collins construit ses personnages dans le détail, ce qui les rendent crédibles, mais ils donnent également du détail sur leurs actions. Par exemple, Miss Clack n’hésite pas à faire l’inventaire de tous les endroits où elle planque des feuillet religieux dans la maison des Verinder. C’est cocasse, certes, mais répété deux fois pendant sa partie.

Pierre de Lune est un classique à redécouvrir d’urgence

Récit fondateur du roman policier, Pierre de Lune en pose les bases avec une virtuosité admirable. Mais le livre parvient à être original à travers les portraits, souvent truculents, de ses personnages. Wilkie Collins n’hésite pas à être incisif envers ses contemporains en pointant les défauts d’une société engoncée dans ses préjugés, obsédée par l’argent et les apparences. En ce sens, le récit fait preuve d’une modernité rafraîchissante avec des personnages variés, qui prennent vie à travers un style soigné qui leur donne à chacun une voix propre et une personnalité aisément discernable. On pardonnera vite les longueurs qui parcourent récit, face à cette œuvre bigarrée dont le mystère intriqué est rondement mené.

Note : 17/20

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Catégories : Chroniques

2 commentaires

Missycornish · 5 novembre 2020 à 8 h 25 min

Ça a l’air pas mal du toute malgré les longueurs. C’est intéressant de remarquer qu’il y a un personnage métis qui est d’ailleurs mis en valeur par l’auteur malgré l’époque. J’ai acheté ce roman, aussi le lirai-je sans doute très prochainement.

    La Geekosophe · 7 novembre 2020 à 11 h 53 min

    Oui, ça m’avait beaucoup surprise ! Je pense que c’était un moyen de dénoncer les préjugés de ses contemporains 🙂

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