J’aime beaucoup découvrir des horizons littéraires différents ! J’ai découvert l’autrice russe avec son roman Le Vivant, et je poursuis ma découverte de son œuvre avec un recueil de nouvelles. Je suis la reine d’Anna Starobinets pose une ambiance glauque à travers des histoires toutes plus étranges les unes que les autres. J’ai lu le livre dans le cadre du HMSFFF, rejoignez-nous pour découvrir plein de lectures de l’imaginaire !

Synopsis de Je suis la reine

Maxime, sept ans, vit avec sa sœur et leur père à Moscou. Bientôt des transformations déconcertantes s’opèrent chez le petit garçon. De quel hôte est-il devenu la proie? Les “histoires inquiétantes” de ce recueil font évoluer des personnages poignants dans une Russie contemporaine sombre et absurde. Ici, un employé de bureau développe des sentiments troubles pour une denrée moisissant au fond d’un réfrigérateur. Là, un dresseur de chiens se réveille dans un train à côté d’une femme qu’il n’a jamais vue mais dit être son épouse, et qu’il devra apprendre à aimer…

Des histoires percutantes à l’horreur subtile

Une grande acuité psychologique

Anna Starobinets ne propose pas des histoires d’horreur frontale. Ses textes montrent au contraire une grande finesse dans les aspects psychologiques. Elle bâtit des histoires où elle aborde des problématiques variées et plus profondes qu’elles n’en ont l’air : la maladie mentale, le lien familial, l’attachement, la métamorphose… La première nouvelle par exemple traite d’un enfant qui semble atteint de Troubles compulsifs du comportement, ou est vraiment hanté par une voix qui le pousse à un comportement extrême ? La chute de cette nouvelle montre la grande maîtrise de l’autrice dans ses aspects narratifs. La nouvelle est une forme exigeante, dont l’intérêt souvent dans la façon dont la fin est tournée. Et Anna Starobinets est définitivement très talentueuse à ce sujet.

En un sens, certaines nouvelles ont quelque chose d’assez kafkaïen. C’est notamment le cas de la dernière nouvelle du récit, où un homme nommé Yacha découvre un matin qu’il ne respire plus. S’ensuit alors un ensemble d’aventures absurdes qui rappelles beaucoup “La métamorphose” de par le décalage créé par la situation du personnage face à sa propre réaction et à celle de son entourage. L’horreur s’installe donc de manière graduelle, naît d’une discordance avec le quotidien et installe une sensation de malaise lancinante et durable. Anna Starobinets nous met constamment face à la vallée dérangeante. Bref, c’est du new weird comme on l’aime.

Du fantastique glauque et pur

Anna Starobinets a de particulier qu’elle propose un récit fantastique dans une veine traditionnelle. Le malaise vient qu’elle insère de manière lancinante des éléments dérangeants dans le quotidien. En cela, elle présente toujours des personnages d’une grande banalité, parfois affligeants de banalité. C’est le cas dans de nombreuses nouvelles. Celle d’un mystérieux Agent qui se décrit lui-même ainsi “Je n’ai ni famille ni amis. Physiquement, je suis quelconque, transparent. Taille moyenne. Corpulence moyenne. On peut me confondre avec n’importe qui. On ne se souvient pas de moi. Si je commentais un vol en plein jour, la victime serait incapable de m’identifier en cas de confrontation.” Dans la nouvelle où une personne est fascinée par la moisissure, on ne sait rien d’elle tant son identité est diluée dans son obsession. Enfin, celle où un homme découvre une vie qui ne lui dit rien, il a toujours mené une existence anecdotique. Il est facile de s’identifier à ces créatures un peu médiocres et définitivement normales, tristement banales.

Le glauque est également soutenu par l’écriture de l’autrice. Si la plume d’Anna Starobinets peut paraître froide, elle n’en est que d’autant plus adaptée au format et au ton global. La palme va à la nouvelle éponyme au recueil, Je suis la reine, qui est aussi la plus longue. L’autrice peut y construire une histoire structurée, qui joue avec les chronologies, les formats et les points de vue. Cette nouvelle est de loin la plus dérangeante, car plus crue, et m’a beaucoup rappelé les ouvres de Stephen King. La froideur de la plume sert le propos en créant une distanciation qui rend plus malsaine, car la nouvelle tient dans un huis-clos familial malsain qui s’écoule sur des années. Que faire quand un membre de notre famille adopte du jour au lendemain un comportement tellement étrange qu’il devient impossible de mener une vie normale ?

Je suis la reine est un recueil de nouvelles efficace et lancinant

Anna Starobinets a une plume singulière, assez froide, mais qui convient parfaitement à ces nouvelles. Parfois absurdes, parfois gores, chaque histoire mêle avec habileté fantastique, glauque et psychologie. Sans jouer la carte du terrifiant frontal, l’autrice préfère jouer sur le malaise, le dérangeant, qui s’insinue lentement dans l’esprit du lecteur. Une bonne lecture pour ceux à la recherche de romans étranges, j’ai personnellement beaucoup apprécié.

Note : 16/20

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Catégories : Chroniques

4 commentaires

Shaya · 25 avril 2021 à 14 h 45 min

Intéressant, j’aime bien l’horrifique et le fantastique, en nouvelles ça a tendance à bien passer. Je note merci !

    La Geekosophe · 26 avril 2021 à 17 h 57 min

    Ah oui, c’est tout à fait ce genre d’ambiance 😉

Yuyine · 26 avril 2021 à 16 h 42 min

Très intéressée, je te remercie pour cette découverte!

    La Geekosophe · 26 avril 2021 à 17 h 56 min

    Anna Staroninets gagne à être plus connue !

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