Parmi le nombre incroyable de menaces qui pèsent sur l’humanité (oui, on part sur un article optimiste là), la stérilité revient souvent sur le devant de la scène. Cela m’est revenu en tête, la catastrophe écologique et la pandémie avaient pris de l’avance, à cause de cet article d’Usbek & Rica, qui nous rappelle qu’en 2045, l’Occident pourrait devenir totalement infertile. Du coup je me suis tournée vers ma bibliothèque, en quête de ma bonne vieille SF annonciatrice de malheurs variés, pour trouver des lectures en lien avec le thème.

La servante écarlate de Margaret Atwood

Devant la chute drastique de la fécondité, la République de Galaad, récemment fondée par des fanatiques religieux, a réduit au rang d’esclaves sexuelles les quelques femmes encore fertiles.

Vêtue de rouge, Defred, « servante écarlate » parmi d’autres, à qui l’on a ôté jusqu’à son nom, met donc son corps au service de son Commandant et de son épouse. Le soir, en regagnant sa chambre à l’austérité monacale, elle songe au temps où les femmes avaient le droit de lire, de travailler… En rejoignant un réseau secret, elle va tout tenter pour recouvrer sa liberté.

Ah bah oui, il était inévitable ! La servante écarlate, bien qu’initialement paru dans les années 80, est revenu d’entre les cendres grâce à la série du même nom. Le roman nous plonge dans une dystopie glaçante. Un pays a chuté sous la coupe d’une régime politique fondamentaliste suite à une diminution drastique de la fertilité des femmes. Ces dernières n’ont donc de rôle qu’à travers leurs capacités de reproductrice et se voient attribué des rôles selon. Dans un style cotonneux, l’autrice nous entraîne dans un univers de cauchemar. Le récit est très intimiste, tout en finesse, et nous plonge en particulier dans le point de June/Defred, constamment sous la menace d’être punie, incarcérée voire tuée. Le roman montre surtout les répercussions possibles d’une baisse de la fécondité, avec les femmes réduites à un statut procréateur et non plus d’être humain à part entière.

Les hommes dénaturés de Nancy Kress

La fertilité a chuté dangereusement. La vieillesse est devenue la norme, et les jeunes de précieuses ressources nationales. Dans ce nouveau contexte mondial, la descendance devient une obsession. Shana, orpheline, voit ses rêves d’intégrer l’armée voler en éclats lorsqu’elle entrevoit ce qu’elle n’aurait pas dû. Lancée dans une quête acharnée pour retrouver sa place, elle croise la route de Cameron, danseur de ballet qui n’a eu d’autre alternative que d’effacer délibérément sa mémoire. Ils trouveront secours auprès du scientifique Nick Clementi, qui craint d’avoir mis le doigt sur une grande conspiration. Commence alors pour chacun d’entre eux un combat pour rétablir la vérité. Jusqu’où est-on prêt à aller lorsque les enfants manquent à l’humanité ?

Entre thriller et SF, les hommes dénaturés propose un récit rythmé qui brille par son efficacité. Alternant entre plusieurs points de vue, le roman montre les dégâts d’une infertilité masculine, avec en particulier une population vieillissante en perte de repères, des couples à la recherche continuelle d’enfants. L’écriture de Nancy Kress se fait incisive et plutôt froide, on aime ou on n’aime pas. Mais en prenant le parti de suivre plusieurs personnages, elle montre des situations complexes et partagent beaucoup d’éléments de réflexion sur ce monde où certains sont prêts à tout pour avoir des enfants, ou ce qui y ressemble.

Les heures rouges de Leni Zumas

États-Unis. Avortement interdit, adoption et PMA pour les femmes seules sur le point de l’être aussi. Non loin de Salem, Oregon, dans un petit village de pêcheurs, quatre femmes voient leurs destins se lier à l’aube de cette nouvelle ère. Ro, professeur célibataire de quarante-deux ans, tente de concevoir un enfant et d’écrire la biographie d’Eivor, exploratrice islandaise du XIXe. Des enfants, Susan en a, mais elle est lasse de sa vie de mère au foyer – de son renoncement à une carrière d’avocate, des jours qui passent et se ressemblent. Mattie, la meilleure élève de Ro, n’a pas peur de l’avenir : elle sera scientifique. Par curiosité, elle se laisse déshabiller à l’arrière d’une voiture. Et Gin, la guérisseuse au passé meurtri, la marginale à laquelle les hommes ont décidé de tenir un procès en sorcellerie parce qu’elle a voulu aider les femmes.

Partons aussi dans l’hypothèse que certains pays rétabliront des lois de contrôle du corps des femmes ! Les heures rouges propose un récit d’anticipation très proche de notre réalité. Si elle est ainsi similaire dans son thème à La servante écarlate, cette dystopie choisit de s’ancrer dans un monde qui semble moins éloigné, et c’est ce qui la rend terrifiante. Là aussi, l’autrice propose plusieurs narrateurs, trois femmes à la vie différente, pour évoquer les problématiques de la restriction des libertés : difficulté d’enfanter, avortement… Trois voix très sensibles également, notamment Gin.

L’enfant de la prochaine aurore de Louise Erdrich

Notre monde touche à sa fin. Dans le sillage d’une apocalypse biologique, l’évolution des espèces s’est brutalement arrêtée, et les États-Unis sont désormais sous la coupe d’un gouvernement religieux et totalitaire qui impose aux femmes enceintes de se signaler. C’est dans ce contexte que Cedar Hawk Songmaker, une jeune Indienne adoptée à la naissance par un couple de Blancs de Minneapolis, apprend qu’elle attend un enfant. Déterminée à protéger son bébé coûte que coûte, elle se lance dans une fuite éperdue, espérant trouver un lieu sûr où se réfugier. Se sachant menacée, elle se lance dans une fuite éperdue, déterminée à protéger son bébé coûte que coûte.

L’enfant de la prochaine aurore est un récit très intimiste. Dans un monde où les femmes enceintes sont activement recherchées, la jeune Cedar écrit un journal où elle détaille sa fuite éperdue. Le roman est surtout centré sur les réflexions de la jeune femme sur son rapport avec la famille, son identité et la maternité. C’est également un livre où la spiritualité tient une place très importante. J’aurais du mal à le qualifier de SF pure et dure, mais les thématiques dystopiques et apocalyptiques restent présentes, notamment dans quelques passages remarquables tant ils sont anxiogènes.

Avez-vous d’autres romans à partager sur ce thème fascinant ? Ces quatre romans présentent une vision glaçante d’un futur proche où les humains perdraient le contrôle de leur procréation. D’un monde sans enfants en passant par la réification et l’exploitation des femmes, ces livres mettent en scène une prospective crédible d’une généralisation de l’infertilité. Terrifiant mais éclairant.

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Catégories : Littérature

4 commentaires

Yuyine · 7 mai 2021 à 10 h 48 min

Dans le genre on a aussi “Un gars et son chien à la fin du monde” de C.A. Fletcher, excellent post-apo qui part d’une fertilité quasi-généralisée des humains.

    La Geekosophe · 8 mai 2021 à 15 h 02 min

    Je note, je note 😀

Anne-Laure - Chut Maman Lit · 9 mai 2021 à 17 h 04 min

J’aime bien ce type d’article 🙂
Avec le même thème il y a Le siège des exilés d’Akane Torikai (manga en deux tomes) qui vient de paraitre chez Akata.

Paper Paper · 10 mai 2021 à 23 h 51 min

C’est un sujet intéressant ! Je conseillerai aussi “Eve of man” de Giovanna et Tom Fletcher (c’est une trilogie young-adult), où seuls des garçons sont nés pendant cinquante ans, jusqu’au jour où une fille, Eve nait.

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