Les oiseaux du temps avait déjà piqué mon intérêt en VO. J’avais beaucoup entendu parler de ce roman, au résumé curieux, sur les chaînes anglophones. Il m’a été envoyé par le label Mu, pour lequel j’ai une tendresse particulière. Ici, c’est une histoire d’amour déchirante, résistant au temps et aux conflits, qui nous est contée à travers les échanges de lettres de deux ennemies.

Synopsis de “Les oiseaux du temps”

C’est ainsi que nous gagnons.
Bleu et Rouge, deux combattants ennemis d’une étrange guerre temporelle, s’engagent dans une correspondance interdite, à travers les époques et les champs de bataille. Ces lettres, ne pouvant être lues qu’une seule fois, deviennent peu à peu le refuge de leurs doutes et de leurs rêves. Un amour fragile et dangereux naîtra de leurs échanges. Il leur faudra le préserver envers et contre tout.

Un récit poétique et furieusement mémorable

Une écriture percutante et spécifique

Les oiseaux du temps fait une proposition assez unique dans le monde de l’imaginaire. Dans un premier temps, l’écriture très marquée ne plaira pas à tout le monde. C’est un effet un récit qui se veut très métaphorique, avec des passages qui frôlent l’opacité. J’ai honnêtement eu du mal à me plonger dans ce récit déroutant. Les premières pages ne donnent que d’indices au lecteur. Mais au fil du temps, plus l’histoire s’insinue dans notre esprit et prend du sens, de la substance. Les mots semblent avoir été choisis avec un soin et une délicatesse infinis, et apportent une certaine grâce dans l’évolution des personnages et de leur relation, surtout. Ils ont une véritable texture qui permet de mieux saisir les sentiments, dans leur violence comme leur douceur.

C’est d’autant plus frappant que le choix narratif est ambitieux. Le récit se place comme un échange épistolaire entre deux soldats, agents opposés d’une guerre absurde, qui commencent par se narguer. Au fil des lettres, on les sent se rapprocher et changer de registre, avec plus de détails personnels. Il y a quelques précisions dans les lieux ou les époques, mais cela reste accessoire, presque futile, tant les jeux rhétoriques sont le cœur de ce court roman. Les lettres permettent de mieux entrer dans l’intimité et dans la psyché de Rouge et de Bleu. Ce qui est déstabilisant, car on suit vraiment les modes de pensée de deux soldats au milieu de guerre sans sens, au but obscur et aux motivations troubles.

Une fable de contrastes dans la temporalité

Le récit se construit à travers les personnalités opposées des deux protagonistes. Le plus évident signe, c’est évidemment leurs deux surnoms, Rouge et Bleu. La première est enflammée, brutale et directe, la seconde est patiente, calme et calculatrice. Rouge est née et a grandi dans une agence très liée à la technologie là où Bleu est issue d’un univers naturel et botanique. Ni l’une ni l’autre ne sont cependant reliée à l’humanité, du moins au début, car leurs discussions indiquent qu’elles ne connaissent pas la faim. Leurs interactions à travers les lettres retranscrivent parfaitement leurs différents tempéraments. Les contrastes se retrouvent également dans la façon qu’elles ont de décrire leurs sentiments de manière détaillée, poétique, mais très détaillée, crée un décalage intéressant avec le fait que le monde soit assez flou. Les oiseaux du temps a une portée intimiste qui le rend particulièrement singulier dans la production science-fictionnelle.

Au-delà des lettres, j’ai trouvé que le duo d’auteurs était parvenu à jouer habilement avec le concept de voyage dans le temps. J’ai notamment trouvé toute l’histoire de la Fouilleuse extrêmement intrigante et bien menée. Le voyage temporel est toujours un peu étrange à lire ou à voir, car il implique une grande capacité de suspension d’incrédulité, mais comme le livre a l’intelligence de ne pas s’attarder sur le fonctionnement ou de fonctionner de manière très métaphorique, on ne peut qu’être immergé. D’autant plus que l’histoire est très belle et fait écho à Roméo et Juliette, avec une place particulière accordée à Londres.

Un très beau roman, sensible et touchant

J’ai eu un petit peu de mal à me plonger dans le récit dans les premières pages : le style est très métaphorique, nous plongeant dans une guerre absurde où des agents tentent de changer le passé. Mais le style léché et onirique, d’une très grande poésie, finit par séduire son lecteur en même temps que l’histoire s’embraye. Le résultat est un récit touchant, à fleur de peau, à la langue audacieuse et créative, et une histoire d’amour à travers le temps et les lettres entre deux êtres que tout oppose mais que tout finit par relier. Je vous la recommande à 100% malgré son style parfois hermétique

Note : 18/20

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Catégories : Chroniques

4 commentaires

Shaya · 17 juin 2021 à 22 h 14 min

Il est noté depuis un moment mais j’avoue que cet aspect onirique me fait un peu peur 😉

    La Geekosophe · 20 juin 2021 à 11 h 29 min

    C’est un poil déstabilisant au début mais on s’y fait 🙂

Yuyine · 28 juin 2021 à 17 h 21 min

Je suis d’accord avec ton avis. Un roman très beau, très créatif aussi mais qui reste parfois fort opaque et pourra en bloquer certains.

    La Geekosophe · 30 juin 2021 à 23 h 20 min

    Nous sommes alignées ✨ Je salue cependant la grande originalité et la grande sensibilité du livre

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