Comment ne pas être intrigué par le résumé de « Les quinze premières vies d’Harry August » ? J’aime beaucoup les histoires de boucle temporelle et ce roman ne m’a pas l’air de faire beaucoup parler de lui. Voilà qui suffit largement à attirer mon attention. Alors, qu’en ai-je pensé ?

Synopsis de Les quinze premières vies d’Harry August

Harry August se trouve sur son lit de mort. Une fois de plus. 

Chaque fois qu’il décède, il naît de nouveau, au lieu et à la date exacts auxquels il est venu au monde la première fois, possédant tous les souvenirs des vies qu’il a déjà vécues. Au crépuscule de sa onzième vie, une petite fille apparaît à son chevet. « J’ai bien failli vous rater, docteur August, dit-elle. Je dois vous transmettre un message, passé d’enfant à adulte, d’enfant à adulte, remontant de génération en génération depuis un millénaire dans le futur. Le voici : la fin du monde approche, et nous ne pouvons pas l’empêcher. À vous de jouer. »

Un roman qui offre une interprétation intelligente du retour dans le temps

Un concept très bien exploité

Dans ce roman, certaines personnes naissent à nouveau dans le même corps après leur mort. Ils naissent au même endroit, au même moment, et répètent la boucle. L’idée est donc que lorsqu’ils modifient quelque chose, il y a comme un reset de la réalité, ce qui pourrait impliquer une irresponsabilité de leur part et les pousser à faire tout ce qu’ils ont envie. Mais non : il existe une société secrète qui opère afin d’empêcher les ouroboriens un peu trop ambitieux de réaliser leurs fantasmes d’un monde meilleur. Car les conséquences de nos actes sont tellement complexes que ce qui peut sembler comme une bonne idée peut finalement à de menus soucis comme la fin du monde, et aboutir à la mort de nombreuses personnes dans la réalité concernée.

L’idée de vivre plusieurs vies permet également de tester plein de possibilités et d’emmagasiner un nombre incroyable d’informations. Les ouroboriens testent souvent plusieurs types d’études, apprennent de multiples langues, s’amusent à s’approcher des grands événements historiques… Ce qui nous pousse à nous demander ce que nous ferions si nous pouvions vivre plusieurs fois. Mais bien sûr, tout n’est pas rose. La folie guette souvent les jeunes ouroboriens pendant leur deuxième et leur troisième vie. Il leur est souvent impossible de se lier à des personnes normales, qu’ils appellent les linéaires. Claire North creuse donc bien son sujet et explore de multiples dimensions de ce à quoi un semblant de vie éternelle pourrait ressembler.

Les fascinantes histoires d’Harry August

Nous suivons donc les multiples vies d’Harry August, anglais rouquin, quasiment orphelin, qui possède une mémoire infaillible et expérimente ses existences. J’ai trouvé le personnage plutôt attachant, même si le fait qu’il soit le narrateur a tendance à parfois créer de la distance avec son lecteur. Mais cela nous aide à comprendre son point de vue, le fait que ses multiples vies le transformait en un observateur, un analyste des actions politiques et sociales qu’il vit à répétition. On voit par ailleurs bien son évolution de jeune homme qui découvre sa particularité vers un être à la fois prudent mais aussi qui n’hésite pas à agir pour sauver ce qui peut l’être.

Harry finit en effet par se lier d’amitié avec un homme brillant mais qui cherche à modifier le monde. A l’améliorer, comme on l’a vu dans la précédente partie. On suit donc avec intérêt cette relation évoluer au fil des vies. Mais aussi les évolutions du plan d’Harry au fil de ses vies. Car c’est pour lui l’occasion de construire un plan sur quasiment dix vies afin de trouver comment arrêté la fin du monde prophétisé sur son lit de mort par une enfants des vies précédentes. On voit aussi ses regrets, la difficulté de créer du lien.

Une narration étonnante

Les chapitres de Claire North sont courts, ce qui permet de garder un bon rythme la plupart de la durée du roman. La narration saute souvent d’un sujet à un autre au fil des chapitres. Harry August alterne entre des moments de réminiscence, des souvenirs marquants, et des passages plus rythmés liés à la trame générale du livre. L’écriture est agréable et souvent ironique, notamment grâce au détachement du personnage principal. Voilà qui permet d’échapper au total désespoir pessimiste qu’on aurait pu attendre de sa part.

Cependant, la volonté d’écrire des chapitres rapides n’est pas toujours suffisante. En effet, j’ai trouvé certains éléments un peu longuets à la lecture. C’est notamment le cas dans le deuxième quart du roman, où Harry nous raconte ses deuxièmes et troisièmes vies. Mais cela arrive aussi avec certaines anecdotes qui ralentissent l’intrigue à des moments où l’on a vraiment envie de savoir la suite. Je pense que ce choix est là pour nous expliciter la manière de pensée du personnage, qui se rappelle des événements au gré du temps sans que le rapport soit évident, par association d’idées.

Un roman ambitieux et bien mené

Les quinze premières vies d’Harry August est un roman prenant qui ne manque pas d’accrocher son lecteur. Le concept est très intéressant, notamment l’idée que certains humains revivent leur vie à l’infini. Claire North en profite pour développer un univers riche et cohérent, entre sociétés secrètes, modifications du temps et multiples expériences. Le narrateur est attachant, bien qu’un peu détaché, mais on apprécie son ironie par rapport à sa situation. Dommage cependant que le rythme pâtisse d’un choix narratif qui opte pour des digressions qui coupent l’action. Mais globalement, c’est un roman de SF parfait si vous aimez les intrications temporelles, l’histoire et les ambiances british.

Note : 16/20

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Catégories : Chroniques

3 commentaires

Le Maki · 13 janvier 2022 à 23 h 37 min

J’avais adoré ce roman. Etonnant, différent et très bien écrit.

Je te conseille son deuxième roman si tu ne l’as pas lu : Touch

    La Geekosophe · 16 janvier 2022 à 21 h 53 min

    J’ai très envie de lire plus de romans de l’autrice ✨ Je note, je note

Yuyine · 19 janvier 2022 à 15 h 35 min

Malgré les petits défauts, c’est un roman qui m’attire beaucoup. Je te remercie pour la découverte!

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