Semiosis de Sue Burke est un planet opera qui traînait depuis quelques temps dans ma PAL. C’est un premier roman, ce qui peut sembler étonnant vu la qualité de ce dernier. Le livre est une belle histoire, qui reprend les élements du planet opera mais en une version plus écologique et utopique.

Synopsis de Semiosis

Ils sont cinquante des femmes, des hommes de tous horizons. Ils ont définitivement quitté la Terre pour, au terme d’un voyage interstellaire de cent soixante ans, s’établir sur une planète lointaine qu’ils ont baptisée Pax. Ils ont laissé derrière eux les guerres, la pollution, l’argent, pour se rapprocher de « la nature ». Tout recommencer. Construire une Utopie. Mais très vite, des drames menacent leur idéal. Du matériel irremplaçable est détruit. Des morts surviennent et s’accumulent. La nature est par essence dangereuse ; celle de Pax, mystérieuse, ne fait pas exception à la règle. Pour survivre, les colons vont devoir affronter ce qu’ils ne comprennent pas et comprendre ce qu’ils affrontent.

Un planet opera végétal et utopique

Un roman sur la naissance d’une société

Semiosis raconte l’installation d’un groupe de terriens sur une planète lointaine et inconnue qu’ils nomment Pax. Les colons tentent d’échapper à une planète déchirée par le conflit et la pollution. Cette idée traverse l’ensemble du roman. On suit plusieurs générations, et l’héritage le plus continu est cette volonté de créer une société plus égalitaire et plus pacifique que les terriens. D’où le nom de leur planète d’accueil. Le récit raconte donc cette nouvelle société dont les individus doivent faire face à un nouvel environnement, parfois menaçant, tout en gardant leurs valeurs intactes.

De ce point de vue, Semiosis se place dans un récit de nature utopique au sens premier : la construction d’une société qui vise la perfection. Ici, l’utopie n’a rien de niais mais est le fruit d’un combat quotidien. Combat contre les espèces endémiques, combat pour parvenir à avoir des enfants, conflits inter-générationnels… Les colons font face à différentes menaces qui montrent comment le maintien d’un idéal nécessite un effort commun soutenu, parfois même contre ses propres membres, ce qui arrive assez rapidement dans le roman par ailleurs.

La communication, le nerf de la communauté

Comme beaucoup de romans planet opera, Semiosis aborde la question de la communication inter-espèces. Son originalité réside dans le fait que l’une des premières espèces rencontrées est végétale. On suit aussi son point de vue, ce qui permet de voir quelles sont les tensions communicationnelles et l’évolution des échanges. Mais aussi de voir les différences profondes dans les manières de pensée et de concevoir le monde, qui font le cœur du genre depuis le travail d’Ursula Le Guin. Outre l’espèce végétale, plusieurs signes montrent l’existence d’une autre espèce venue d’une autre planète, que les colons nomment les Verriers. Sans aller dans le détail, Sue Burke met en place un premier contact qui retrace bien les épreuves à surmonter lorsque l’on fait face à une espèce différente. Une situation qui met une fois de plus à l’épreuve la communauté pacifiste.

La communication et la direction au sein de la colonie-même est également un point majeur dans le roman. On suit le point de vue d’une personne de chaque génération. Cette notion est importante car elle permet de voir de qui diffère et ce qui est conservé, ce qui se construit et les choix qui sont faits. La colonie met par exemple en place un système de direction participatif unique. Un système qui parvient même à absorber une plante un peu trop ambitieuse et à conserver un équilibre des pouvoirs. On sent que la communauté grâce à des valeurs partagées très fortes. Ce qui est aussi intéressant, c’est que l’autrice défie ces notions en mettant les colons face à des situations complexes et ambiguës.

Des parties de qualité inégale

Le roman se divisant en plusieurs parties et points de vue, il y a de hétérogénéité. Les premières sont par exemple parfois maladroites, notamment celle avec Higgins. Celui-ci sert en quelque sorte de reproducteur au moment où la colonie a des difficultés d’accroissement de population. Si la question éthique derrière le procédé ne manque pas d’intérêt, la façon dont c’est abordé manque de finesse dans certains passages. D’autres, comme celui où une femme enquête sur une série de meurtres, sont véritablement passionnants !

J’ai également trouvé certains passages un peu lourds. L’écriture est globalement fluide, mais il y a des moments où l’autrice a tendance à sur-expliquer certaines informations. D’un côté, cela fait en sorte que le roman soit accessible à de nombreuses personnes. De l’autre, c’est parfois un peu répétitif. De plus, la psychologie de certaines personnages est assez peu creusé, notamment dans les premières parties que j’ai déjà évoquées.

Semiosis est un roman réussi sur la communication inter-espèces

Semiosis est un roman ambitieux. Planet opera végétal et écologique, le récit nous conduit à travers différentes générations de colons. Installés sur une planète peuplée principalement de végétaux intelligents. Ils doivent faire corps pour perdurer leurs valeurs et leur utopie pacifiste. L’autrice met sa communauté face à de nombreuses menaces qui viennent questionner leur positionnement. Comment agir face à des espèces complètement différentes ? Face à une population déclinante ? Face à des membres qui ne peuvent pas s’intégrer ? La construction narrative divisée en plusieurs points de vue séduit par sa progression. Les premières parties sont cependant un peu inférieures.

Note : 16/20

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Catégories : Chroniques

2 commentaires

Yuyine · 13 mai 2022 à 14 h 27 min

J’avais beaucoup aimé ce roman utopique original dans sa construction comme dans ses propositions. Un roman qui n’a pas eu le succès qu’il méritait à mon sens

    La Geekosophe · 14 mai 2022 à 23 h 10 min

    Je me souviens l’avoir pas mal vu passer à sa sortie ! C’est vrai que sa construction et son aspect utopique le rendent singuliers dans le paysage SF 🙂

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