Lors des dernières Imaginales, J’ai pu entendre Étienne Cunge parler de Symphonie Atomique à l’occasion d’une table ronde. J’ai été séduite par l’humour noir de l’auteur, mais aussi par l’idée du roman : imaginer la société faisant face à l’apocalypse, chaque partie du monde à sa manière.

Synopsis de Symphonie atomique

« N’oubliez pas notre baseline : soyez écoresponsable, suicidez-vous. »
Le monde d’après s’effondre.
Malgré l’odeur de fin des temps, des restes de civilisations subsistent, au bord du chaos, et chacun lutte pour donner du sens à sa vie. Les quatre modèles des puissances atomiques, aux abois, dominent cette désolation et se confrontent, prêts à en découdre : ultra-capitalisme américain, écologisme européen, nationalisme russe et totalitarisme social chinois. Dans ce climat délétère, l’équilibre ne tient plus qu’à un fil, sur le point de rompre.
Parmi le concert des forces nucléaires spatiales, l’Europe en Transition fait figure de naine. Pour autant, alors qu’émerge une crise dans la crise, le sort de l’Humanité va peut-être dépendre des décisions de deux de ses membres, que rien ne prédisposait à cela : Juan et Agathe.
Dans cette nouvelle ère, à l’Europe reconfigurée et où l’espace constitue le terrain névralgique des conflits, leurs actes vont faire écho à l’étrange soulèvement en cours dans les steppes d’Asie centrale – sous le commandement du jeune Ashkat –, et les confronter à l’énigme qu’incarne Ulan Moltov, l’âme de la rébellion, le cœur du jeu de poker à grande échelle qui débute.

Apocalypse et thriller palpitant

Un contexte réaliste et fouillé

L’auteur prend le partie de mettre en place une apocalypse écologique très réaliste. Grâce à une émission de radio, nous suivons des survivants autour du globe. Tous quasiment vivent des situations désespérées. La sécheresse, manque de nourriture, séismes, typhons, réfugiés climatiques, conflits qui surgissent… Pompiers luttant contre des feux impossibles, les réfugiés qui s’entassent dans des clans, les restrictions multiples. Le monde est dans un sale état. Les grandes tentent de réagir. Les problématiques sont multiples : comment réduire la population ? Comment diminuer l’impact des activités ? Les méthodes sont multiples et illustrent bien les différences de culture et de philosophie. Certains pays poussent les anciens à se suicider à 60 ans, à taxer les naissances… L’Europe, surnommée écomuniste par les puissances voisines, a travaillé pour faire en sorte que les habitants se sentent satisfaits par le fait de limiter leur impact écologique.

Etienne Cunge propose donc un récit d’anticipation remarquable. Visionnaire, ce sont des multiples histoires morcelées qu’il met en scène. On suit donc plusieurs personnages à différents endroits : station spatiale, guerre dans les plaines d’Asie centrale, Lieu de refuge pour les riches… L’auteur est spécialiste en développement durable. Cela se sent dans la sensation de réalisme qui m’a accompagné dans la lecture du roman. Certains passages sont ainsi très durs, car on se place souvent du point de vue du personnes qui n’ont plus de pouvoir sur leur vie. heureusement, l’auteur laisse tout de même quelques moments d’espoir. Il existe notamment des populations très isolées ou proches de la nature qui parviennent à s’adapter, difficilement.

Une enquête rythmée

Symphonie Atomique propose notamment un thriller futuriste sur fond de tensions géopolitiques. Les grandes nations sont au bord de l’explosion alors qu’une attaque a lieu sur l’une des stations spatiales. Qui est responsable ? Pourquoi ajouter du chaos au chaos ? Le récit montre que la volonté de domination et de pouvoir n’a pas de limite, même quand tout s’écroule. Les relations entre les puissances manquent peut-être parfois de finesse, mais elles mettent en avant la complexité de prendre des décisions dans un contexte de manque d’information et d’urgence. Et dans la peur d’une destruction mutuelle assurée. Les acteurs en présence sont nombreux et il vaut mieux rester attentif aux évolutions de la situation.

Le récit ne fait aucune pause ! L’alternance des points de vue ne ralentit pas l’action. Au contraire, cela permet de suivre plein d’arcs narratifs en parallèle et de voir les histoire évoluer jusqu’à se rejoindre pour un final au cordeau. Je qualifierais les personnages d’efficaces. Ils sont variés et ont des personnalités marquées. J’ai beaucoup aimé Agathe, l’espionne hackeuse qui se retrouve happée par des événements dont elle tente de percer le mystère. Il y a cependant quelques développement, notamment autour d’Ashkat, qui sont assez maladroits à mon goût.

Symphonie Atomique est un récit aussi rude qu’intelligent

Sans concession, le roman est loin d’être une niaiserie qui donne des leçons bien pensantes. On sent la formation scientifique de l’auteur, qui anticipe les grosses problématiques du changement climatique avec précision et sans fioritures. Le livre retrace bien les dilemmes des populations et des grandes puissances, qui tentent de répondre aux grands défis (réfugiés climatiques, multiplication des catastrophes naturelles…) en accord avec leur culture. Mais quand des attaques présagent qu’un mystérieux belligérant tente de tirer profit du chaos, on se retrouve plongé dans un thriller au cordeau, aux côtés de personnages affirmés. Malgré les maladresses de caractérisation, je salue la portée visionnaire du récit.

Note : 17/20

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Catégories : Chroniques

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