Merci beaucoup à la collection Mü pour leur envoi ! J’aime beaucoup la sélection de leurs romans, qui met en avant des plumes distinctives de la littérature de l’imaginaire français. Ceux de la Montagne évanouie d’Anne-Claire Doly est une histoire de réalisme magique et d’êtres blessés. J’avais plutôt apprécié le premier roman de l’autrice, pour son originalité et son univers unique. Qu’ai-je pensé de ce second roman ?

Synopsis de Ceux de la montagne évanouie

Après la tempête qui a ravagé la vallée, Cesterín est coupé du monde. Depuis la plaine, la montagne a disparu, évanouie derrière la brume. De l’autre côté du rideau compact, un autre monde, un autre temps, peut-être. Pour les habitants et les réfugiés de passage, privés de secours, c’est l’heure du choix : faut-il partir pour échapper à la montagne et à la brume qui les a coupés du monde ou rester auprès de celles et ceux qui ne quitteront pas les hauteurs malgré le péril ? Ceux de la montagne évanouie est une fresque moderne surréaliste et une formidable histoire intime de femmes et d’hommes qui se révèlent dans les ombres inquiétantes de la brume.

Un récit atypique et brumeux

Un lieu hors du monde

La montagne a toujours été un lieu étrange. Isolé, le village l’est encore plus après une tempête. Impossible de descendre. Les habitants se retrouvent seuls avec eux-mêmes, dans l’hiver. Anne-Claire Doly construit un récit à la croisée de la littérature blanche et le fantastique, proche du réalisme magique. Dans la Montagne, il y a le Drac qui donne des ordres au torrent, une sorcière vagabonde qui cherche la vengeance, des fées des eaux et des monstres au visage d’homme. Le Ters est une communauté mystique rongée de l’intérieur. Ses habitants ne peuvent pas quitter la montagne, hantée par des forces étranges, ou par les névroses du passé. Il y a un clivage puissant entre le bas et le haut, le bas étant un lieu proche de la réalité blafarde. La Montagne, c’est un tiers lieu.

L’autrice construit ce lieu en tissant un récit à la temporalité non linéaire complexe. Nous sommes dans un texte très poétique, aux mots choisis avec soin, au rythme travaillé. Cela donne au roman un côté très envoûtant. Mais cela peut aussi être très déstabilisant, notamment car la non linéarité rend certains points du récit difficilement compréhensibles. Mais ce n’est pas tant la compréhension que cherche à créer un livre comme « Ceux de la montagne évanouie » que le ressenti. Il y a ainsi un parallèle intéressant à faire avec Lucia, la conteuse, qui partage les contes de la Montagne avec ceux d’en bas comme l’autrice partage avec nous cette histoire.

Mais qui n’échappe pas aux vices

Ceux de la montagne évanouie dénonce la violence qui est faite aux faibles et à ceux qui sont différents. Les femmes d’abord, comme Emiliana, dont on comprend petit à petit l’histoire dramatiques. Les gays aussi, avec Joaquin. Et même les migrants qui passent la Montagne pour tenter de rejoindre le Bas. Le roman donne la parole à de multiples personnages, bourreaux et victimes. Le refuge est la magie mystique ancestrale qui habite les lieux. Celle qui parle à travers la Vagabonde, à qui le Drac murmure. La plume se fait souvent d’une grande violence et se teinte d’une immense poésie à la fois, créant un contraste frappant d’une grande sensibilité. Ce serait donc avant tout une histoire de résilience, qui se trouve dans l’art et la magie, lais surtout des liens avec d’autres brisés.

Mais cette même plume a bien failli me perdre. De par sa construction et sa musicalité, Ceux de la montagne évanouie est un récit exigeant qui demande de ne pas vouloir tout comprendre et de se laisser porter par les mots. Il peut donc par moments y avoir un côté quand la temporalité nous échappe ou que nous ne comprenons pas exactement où nous sommes ou même avec qui nous sommes, quand une symbolique nous semble trop absconse. C’est un récit où le poète parle au poète. J’ai ainsi eu un peu de peine à avancer en milieu de récit, car tous les personnages n’étaient pas aussi attachants à mes yeux, ce qui rendait leurs aventures moins captivantes.

Ceux de la montagne évanouie est un récit profondément atypique

Moderne dans sa construction, Ceux de la montagne évanouie est roman choral qui chante les douleurs des blessés d’un lieu condamné à disparaître. Avec sa temporalité non-linéaire, le roman tisse une histoire faite de sensations et de violences. Car c’est avant tout une œuvre qui traite de toutes les violences que l’on peut connaître, et de la résilience que l’on trouve à se connecter avec son véritable soi, la nature et la magie. Le ton onirique et brumeux peut cependant perdre les lecteurs les plus rationnels, mais les adeptes de plumes poétiques seront ravis.

Note : 17/20

Vous pouvez acheter le livre par ici. Toutes les chroniques sont par là.

Catégories : Chroniques

2 commentaires

tampopo24 · 27 juin 2024 à 6 h 42 min

Tu en parles merveilleusement bien. Tu donnes envie d’aller à la rencontre de cette lecture poétique mais exigeante, unique et pourtant pleine d’échos à notre présent. J’espère juste ne pas trop me perdre en le faisant comme avec Après nous les oiseaux

    La Geekosophe · 30 juin 2024 à 22 h 43 min

    Merci, c’était vraiment une lecture au style merveilleusement travaillé ! Je pense qu’il faut se laisser porter

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d blogueurs aiment cette page :