J’ai beaucoup de romans de David Bry dans ma Pile à Lire mais j’ai peu d’occasions de les sortir. J’ai trouvé ça dommage, d’autant plus que j’avais commencé La princesse au visage de nuit il y a quelques années avant de le reposer. Cette fois-ci, je vais jusqu’au bout de ce conte fantastique au résumé plus qu’aguicheur.
Synopsis de La Princesse au visage de nuit
Vingt ans qu’Hugo n’a pas remis les pieds dans son village natal, coincé entre un bois sombre et une large rivière. Le décès soudain de ses parents l’y oblige pourtant, et le jeune homme constate que rien ou presque n’a changé. La sorcière hante toujours le cimetière, l’ogre s’est reclus dans sa maisonnée, et l’ombre derrière la fenêtre du château veille, fidèle à son poste. Vingt ans qu’Hugo tâche d’oublier son enfance meurtrie, les pleurs étouffés et la disparition de ses amis. Mais quand le vent chuchote des prénoms à l’oreille, que des jouets perdus refont surface, que des lucioles dansent au milieu du brouillard, peut-être est-il temps d’affronter les peurs enfantines et de retrouver le souvenir de cette nuit d’orage où la princesse au visage de nuit a déchiré le voile de la réalité.
Les légendes de notre enfance sont-elles vraies ?
Thriller, fantastique et secrets du passé
La princesse au visage de nuit reprend un contexte que, personnellement, j’aime beaucoup : le retour dans le lieu où l’on a grandi. Hugo vit à Paris, où il est éducateur spécialisé. La mort de ses parents lors d’un accident de voiture suspect le ramène dans son village paumé d’enfance. Un village avec 15 habitants et les habituelles figures centrales du petit patelin : le curé, les gendarmes, le maire, la sorcière locale… Lorsque l’accident se révèle en réalité être dû à un sabotage, tout le monde se retrouve lié à une légende locale qui se transmet entre enfants depuis des générations. Mais comment lier cette légende aux morts récents ? Aux disparitions d’enfants qui ont lieu régulièrement depuis des dizaines des années ? David Bry nous invite à explorer le côté sombre de notre enfance et d’un village bien sous tout rapport.
L’écriture mêle fantastique et thriller, avec des passages poétiques et d’autres plus crus. Elle crée une ambiance à la fois mélancolique et intrigante, en construisant un récit intriqué entre passé et présent. La clé se trouve dans une nuit de la Saint Jean, quand trois enfants sont partis en quête de la Princesse mais qu’un seul en est revenu. Le roman construit une sensation de malaise au fil des pages, notamment par des révélations glauques (maltraitance, pédophilie, négligence, suicide, négligence…) qui apportent une bonne dose de maturité au récit. David Bry confirme son talent pour créer des histoires sombres, quelque soit le genre. L’équilibre entre thriller et fantastisque est bien dosé, malgré une sensation de longueur en milieu de récit et une fin qui laissera sûrement quelques lecteurs sur le carreau par son choix narratif et sa bascule vers le fantastique.
Cauchemars d’enfance
On comprend assez rapidement que Hugo a un problème avec l’alcool. L’histoire révèle également au fil des pages pourquoi il n’a pas gardé contact avec ses parents, pourquoi il a quitté le village ainsi que certaines blessures du passé. La princesse au visage de nuit raconte avant la souffrance silencieuse d’enfants que personne ne peut aider, car souvent les monstres les plus terribles se trouvent parmi les voisins ou au sein-même du foyer. Quand les figures censées nous protéger sont celles qui nous font le plus de mal ? On nous raconte le trauma des enfances brisées et solitaires. Quand les adultes ne sont d’aucune aide, vers qui les enfants perdus peuvent-ils se trouver ? On raconte que la Princesse au visage de nuit réalise les voeux si on parvient jusqu’à son antre dans la forêt. Et depuis le Moyen-Âge, on ne compte plus les disparitions qui ont lieu près du village.
Le récit joue ainsi sur cette cette fine frontière d’enfance qui est présente dans de nombreuses autres oeuvres, celle entre réalité et fiction. L’imaginaire devient une porte de sortie face à une réalité trop dure. Car tous les personnages ont leur lot de passé difficile. La gendarme dont la soeur a disparu la même nuit que Hugo a été retrouvé seul au milieu d’une prairie. Hugo qui garde encore les traces de la maltraitance de ses parents. La sorcière locale, qui se souvient d’une mère méprisante qui refusait de partager ses secrets. Même les amis de Hugo, à Paris (des personnages qui n’avaient pas vraiment dans le récit par ailleurs, ou que je n’ai pas trouvé très bien exploités). Par ce biais, le récit montre une profondeur bien développée qui donne au récit une ampleur inattendue.
La Princesse au visage de nuit, quand les traumas d’enfance reviennent nous hanter
Le roman mêle fantastique et thriller pour dénoncer les violences faites aux enfants. Dans un petit village bien sous tout rapport, tout le monde a quelque chose à cacher. Et des morts récentes révèlent la noirceur qui se cachent derrière les portes closes. Les enfants ne sont pas protégées par les adultes, au contraire. Il se tournent alors vers les anciennes légendes, quel qu’en soit le prix à payer. Le récit construit une ambiance sombre et poétique, avec des éléments classiques des thrillers et des contes fantastiques, mais bien mis en place, avec une écriture poétique. L’histoire traîne un peu en mileu de récit et tous les personnages ne trouvent pas leur place, c’est cependant un roman bien mené et touchant, avec un message qui résonne.
Note : 16/20
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