Un mois de janvier en grande trombe, mes amis ! Le retour à la case chômage me permet d’avoir un rythme de lecture plus soutenu. J’ai même pris la peine de sortir un thriller qui traînait dans ma pile à lire depuis des années !

La mort de l’auteur de Nnedi Okorafor

Zelu est nigériano-américaine.
Zelu est paraplégique.
Zelu est auteure.
Mais Zelu n’est pas reconnue : ni par sa famille nombreuse qui ne la comprend pas, ni pour ses romans qui ne trouvent pas d’éditeur.
Jusqu’au jour où, désespérée et sans emploi, elle se décide à écrire un récit de science-fiction sur des androïdes et des IA au cœur d’un monde postapocalyptique, Robots rouillés .
Le succès immédiat de son livre bouleverse sa vie. Progressivement, les frontières entre réalité et fiction s’effacent, emportant avec elles ses certitudes : au fond, qui est vraiment Zelu ?

Avec La mort de l’auteur, Nnedi Okorafor propose un roman profondément introspectif, qui interroge autant l’acte de création que la construction de soi face aux injonctions familiales, culturelles et sociales. En mêlant récit réaliste, mise en abyme science-fictionnelle et fragments médiatiques, l’autrice prend le risque d’un texte parfois déséquilibré, mais résolument ambitieux. Si certaines articulations narratives manquent de fluidité et que la SF pourra frustrer les lecteurs en quête d’un imaginaire plus central, le roman se distingue par la richesse de ses thématiques et la sincérité de son propos. La mort de l’auteur n’est pas un livre confortable, ni parfaitement maîtrisé, mais c’est précisément dans ses aspérités qu’il trouve sa force : celle d’un texte qui ose explorer les zones troubles de l’identité, de la reconnaissance et du pouvoir des histoires que l’on se raconte, et que l’on écrit, pour survivre.

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La princesse au visage de nuit de David Bry

La princesse au visage de nuit de David Bry

Vingt ans qu’Hugo n’a pas remis les pieds dans son village natal, coincé entre un bois sombre et une large rivière. Le décès soudain de ses parents l’y oblige pourtant, et le jeune homme constate que rien ou presque n’a changé. La sorcière hante toujours le cimetière, l’ogre s’est reclus dans sa maisonnée, et l’ombre derrière la fenêtre du château veille, fidèle à son poste. Vingt ans qu’Hugo tâche d’oublier son enfance meurtrie, les pleurs étouffés et la disparition de ses amis. Mais quand le vent chuchote des prénoms à l’oreille, que des jouets perdus refont surface, que des lucioles dansent au milieu du brouillard, peut-être est-il temps d’affronter les peurs enfantines et de retrouver le souvenir de cette nuit d’orage où la princesse au visage de nuit a déchiré le voile de la réalité.

Le roman mêle fantastique et thriller pour dénoncer les violences faites aux enfants. Dans un petit village bien sous tout rapport, tout le monde a quelque chose à cacher. Et des morts récentes révèlent la noirceur qui se cachent derrière les portes closes. Les enfants ne sont pas protégées par les adultes, au contraire. Il se tournent alors vers les anciennes légendes, quel qu’en soit le prix à payer. Le récit construit une ambiance sombre et poétique, avec des éléments classiques des thrillers et des contes fantastiques, mais bien mis en place, avec une écriture poétique. L’histoire traîne un peu en mileu de récit et tous les personnages ne trouvent pas leur place, c’est cependant un roman bien mené et touchant, avec un message qui résonne.

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Le temps n’est rien d’Audrey Niffenegger

Le temps n'est rien d'Audrey Niffenegger

Nous avons tous déjà eu cette impression d’avoir rencontré une personne quelque part avant, ou de l’avoir connue dans une autre vie… Et si c’était dans un autre temps ? Quand Henry, bibliothécaire, voit arriver Claire, une artiste séduisante, il ne peut croire à l’incroyable : ils se connaissent depuis des décennies, même s’il ne s’en souvient pas. Car Henry est atteint d’une maladie qui le propulse dans le temps. II a rencontré Claire alors qu’elle était enfant et va sans cesse partir et revenir à des époques de leurs vies respectives…

J’ai trouvé l’idée de fond intéressante : quel impact a le voyage temporel aléatoire sur le quotidien d’un couple ? D’une famille ? Claire et Henry se croisent au fil de leur vie, à différents âges et différentes étapes. Inquiétude, imprévisibilité… Mais aussi question de la destinée et de la place de nos choix dans nos parcours. L’autrice traduit bien les difficultés du couple à des moments clé de leur existence. Leur relation est touchante, décrite à travers une écriture simple mais qui remplit sa mission. Cependant, certains choix scénaristiques rendent l’histoire gênante sur certains points. Henry rencontre Claire alors qu’elle a 6 ans et lui 40 ans. Il la croisera à plusieurs reprises, ce qui donne l’impression de grooming par moments. Il y a également quelques incohérences : les désagréments causés par le voyage dans le temps sont traités parfois rapidement ou n’engendrent pas de conséquences crédibles (notamment pour la carrière de Henry). Cela reste une lecture intéressante à la plume efficace et aux personnages touchants, mais pas à la hauteur de sa réputation.

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Niourk de Stefan Wul

Niourk de Stefan Wul

La Terre n’est plus qu’un vaste désert. Des monstres engendrés par d’antiques technologies radioactives hantent ce qu’il reste des océans – quelques lacs d’eau saumâtre, rien de plus. Dans ce monde âpre, un enfant noir, rejeté par tous les membres de sa tribu, se met en route vers Niourk, la ville mythique, peuplée de fantômes. Au bout de cette quête se trouve peut-être le moyen de redonner vie à notre Terre assassinée.

C’est un roman de science-fiction jeunesse que j’ai trouvé très orginal. Nous sommes du point de vue d’un jeune garçon noir dans une tribu de géants blonds faisant partie d’une humanité dégénérée. Cependant, les vestiges d’une technologie avancée pré-catastrophe nucléaire parsèment les terres désolées. Le roman incite à réfléchir sur ce le fait que toute techologie très avancée fait penser à de la magie ou des actes religieux de la part de qui ne les comprend pas. La façon dont l’histoire progresse est étonnante, avec parfois d’importants mouvements dans le temps, malgré un début de récit un peu plus contemplatif. Cela crée deux impressions : la première est de faire de grandes avancées en peu temps, et la deuxième un un manque de structure. J’ai été également suprise par certains passages assez violents. L’écritre de l’auteur est précise et immerge totalement le lecteur dans cette aventure hors normes. La fin est très réussie, et apporte une touche de philosophie.

L’enfant aux cailloux de Sophie Loubière

L'enfant aux cailloux de Sophie Loubière

Elsa Préau est une retraitée bien ordinaire. De ces vieilles dames trop seules et qui s’ennuient tellement – surtout le dimanche – qu’elles finissent par observer ce qui se passe chez leurs voisins. Elsa, justement, connaît tout des habitudes de la famille qui vient de s’installer à côté de chez elle. Et très vite, elle est persuadée que quelque chose ne va pas. Les deux enfants ont beau être en parfaite santé, un autre petit garçon apparaît de temps en temps – triste, maigre, visiblement maltraité. Un enfant qui semble l’appeler à l’aide. Un enfant qui lui en rappelle un autre… Armée de son courage et de ses certitudes, Elsa n’a plus qu’une obsession : aider ce petit garçon qui n’apparaît ni dans le registre de l’école, ni dans le livret de famille des voisins. Mais que peut-elle contre les services sociaux et la police qui lui affirment que cet enfant n’existe pas ? Et qui est vraiment Elsa Préau ? Une dame âgée qui n’a plus toute sa tête ? Une grand-mère souffrant de solitude comme le croit son fils ? Ou une femme lucide qui saura croire à ce qu’elle voit ?

Une vieille dame trompe son ennui en espionnant ses voisins. Elle remarque un enfant en trop, mais qui n’existe pas auprès de l’école comme de la police. Est-ce son imagination ? Le roman construit habilement une histoire qui brouille les pistes autour d’Elsa, une femme intelligente et cultivée, mais au passé sombre et sujette à des moments de confusion. J’ai beaucoup aimé cette dichotomie qui nous fait constamment douter : Elsa est-elle folle ? Ou lui fait-on un procès d’intention ? Et si la vérité était bien plus nuancée ? Le roman est bien construit, rédigé une grande partie du point de vue d’Elsa. Le texte pose des questions de déterminer ce qui tient de la maladie mentale et d’une forme d’excentrité. De la solitude de la vieillesse, ou de la maltraitance des enfants. J’ai finalement trouvé que c’était un roman policier à grande teneur psychologique et qui se déroulait de manière fine, nous faisant questionner constamment notre perception.

Quels sont vos livres favoris du mois de janvier ?

Catégories : Points lectures

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