Vous ne le savez peut-être pas, mais j’aime beaucoup l’antiquité et la Mésopotamie. Alors que je me suis aperçue que Victor Fleury avait débuté une trilogie de fantasy s’en inspirant, je m’étais noté la saga. Je viens donc de finir le premier tome, la prêtresse esclave. Qu’en ai-je pensé ?
Synopsis de La prêtresse esclave
Au cœur de la capitale d’un empire millénaire, la prêtresse Nisaba est la principale servante de l’héritier royal, Akurgal. La jeune femme a de quoi haïr la famille régnante, même si elle est forcée de servir son maître sans protester. Or celui-ci est réputé pour sa décadence, utilisant sans mesure ses oblats, des esclaves sacrés dont il s’est approprié les sens grâce à ses pouvoirs mystiques. Mais quand Akurgal décide de partir en croisade aux confins de l’empire, Nisaba se voit obligée de le suivre en laissant son propre fils derrière elle. Alors que secrets et complots semblent se multiplier dans l’entourage de son maître, la prêtresse esclave parviendra-t-elle à le protéger, et à sauver l’empire tout entier de la ruine ?
Croisade dans un univers inspiré de la Méspotamie
Entre magie et religion
J’ai beaucoup aimé le fait que le roman s’inspire de l’antiquité mésopotamienne, ce qui apporte un vent de fraîcheur dans la fantasy contemporaine. Cette inspiration se sent dans le nom des personnages et des lieux (Ubuk, Enlê…), la place de la religion et l’importance des conquêtes. Le roman n’est cependant absolument pas historique. Nous sommes au plus proche du pouvoir d’un empire millénaire qui s’est développé dans la conquête d’autres Royaumes. Nisaba, le personnage principal, sert le fils aîné de la Souveraine règnante, Akurgal. Irresponsable, inconséquent et égoïste, il offre un bon condensé des attendus de la société dans laquelle il évolue, et tout autant de moyens de contrevenir à ses devoirs. Sa famille est pourtant considérée de sang divin, ce qui bien sûr légitimise leur pouvoir tout en démontrant l’importance prégnante de la religion et de la magie. L’auteur construit une organisation complexe qui rend l’immersion laborieuse lors des premières pages. Mais ce n’est pas inhabituel pour ce type de fantasy, d’autant plus lorsqu’elle s’éloigne des sentiers battus.
Magie et religion joue des rôles clés dans le roman. L’auteur dévoile quelques éléments du panthéon de cet univers, notamment à travers des incarnations très concrètes. Comme dans la mythologie mésopotanienne, les Dieux sont du genre revanchard et ne lésinent pas sur la violence. Victor Fleury développe également un système de magie très original qui passe à travers les oblats. Il s’agit de serviteurs liés à des membres de la famille royale. Ils peuvent partager des sens, comme la vue ou le toucher, des capacités physiques ou mentales comme la mémoire… Le lien rend les deux membres codépendants, mais avec une nette domination du côté des souverains descendants d’Enlê, qui sont les seuls à pouvoir gérer l’intensité des échanges. Les oblats perdent souvent toute forme d’indépendance, notamment quand le lien est handicapant. C’est le cas de Nisaba, oblate de peau, qui ressent le moindre toucher et la moindre douleur de son maître.
Des personnages contraints par la magie et leur passé
Cette magie du lien entre oblats et Maître permet aussi bien d’analyser les rapports de domination que de construire des personnages variés forcés de vivre en proximité quasiment constante. Akurgal est un personnage que j’ai ardemment souhaité baffer à plusieurs reprises. Enfant gâté, profondément égoïste, il prend souvent la plus mauvaise décision possible dans les situations qui nécessitent de la diplomatie. Le problème est que son destin est fortement lié à ses oblats, la mort du Maître entraînant la mise à mort de son entourage d’oblats. L’auteur explore le lien entre ses personnages à travers des flashbacks, notamment la relation complexe entre Akurgal et Nisaba. Être oblat de peau peut sembler être un choix étrange et désavantageux, mais c’est bien expliqué et permet de comprendre cet aspect. De la même façon, l’auteur distille des informations sur les autres oblats, leur personnalité… Mais aussi comment ils sont choisis et quel rôle ils jouent dans la stratégie d’Akurgal. Petit à petit, certains personnages supportent de moins en moins cette déshumanisation constante tandis que d’autres dévoilent leur vrai visage.
D’autant plus que les actes d’Akurgal ont des conséquences très concrètes. En partant en croisade, il force ses oblats à le suivre. Nisaba est contrainte de quitter son fils, les autres sont lancés dans un voyage incertain, face à de nombreux dangers. Ce voyage en terres lointaines permet également à Victor Fleury de dessiner les aspects géopolitiques de son univers : la place des marchands, de la religion d’Enlê, le rapport entre les royaumes conquis et l’empire… J’ai trouvé le rythme du roman prenant. Quelques scènes d’action manquent un peu de lisibilité, notamment une course-poursuite, mais l’auteur équilibre bien les moments d’introspection ou de description et les parties plus dynamiques. L’auteur distille pas mal de révélations au fil des pages, ce qui permet également de maintenir l’attention tout au long de la lecture.
La prêtresse esclave offre une fantasy originale et bien menée
J’ai bien sûr beaucoup apprécié le choix de s’inspirer de l’antiquité et de la mythologie de la Mésopotamie. Cette inspiration se sent surtout dans les noms, certaines éléments culturels comme la religion… Il faut donc un moment d’adaptation pour comprendre toutes les particularités du contexte. Nous suivons une jeune femme contrainte de servir l’héritier d’un empire conquérant. La famille royale est liée par magie par des esclaves et partagent certains de leurs sens. Cette mécanique permet de mener à une promiscuité et codépendance non voulues par des personnages parfois très différents et au passé trouble. C’est également un principe original qui participe beaucoup à la psychologie des personnages. Le roman est bien rythmé, avec de nombreuses révélations. J’ai globalement beaucoup aimé ma lecture et je suis prête à me lancer dans la suite.
Note 17/20
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