Le chaos règne dans ma vie, en conséquence le point lecture a du retard ! Une de mes lectures m’a donné du fil à retordre. Votre patience est cependant récompensée, le mois a apporté son lot de lectures variées : science-fictions antillaise et japonaises, fantasy inspirée de l’Afrique de l’Ouest et thriller avec un message fort sur les violences intrafamiliales.

Kò Mawon de Michael Roch

Kò Mawon de Michael Roch

Une série d’explosions secoue Lanvil.
La mégalopole caribéenne se désarticule, l’utopie vacille.

L’enquête est malmenée par deux flics courant après leurs propres drames. Dani arpente des archives de souvenirs. Elle n’a plus de nouvelles de sa mère, et les circonstances de la disparition ont été falsifiées par ses collègues. Perroquet a perdu l’agente artificielle qui logeait dans son crâne – elle aurait dû être immortelle, elle était comme sa fille. Pourtant, les voix qui le guident grincent toujours autant.
L’utopie d’un Tout-Monde accueillant est hantée par la disparition. D’immeubles incendiés en cachettes policières, des champs de dirigeables aux serveurs pour consciences virtuelles, les labyrinthes intérieurs s’entremêlent aux étages de Lanvil. Au risque de dévoiler ses illusions profondes : comment elle s’est construite, et quels cadavres sont cachés dans ses fondations.

Comme le reste des oeuvres de Michael Roch, Kò Mawon n’est pas toujours facile d’accès. Le texte fourmille de trouvailles linguistiques d’un Créole futuriste auquel viennent s’ajouter de nombreuses autres influences culturelles, comme l’afro-féminisme. Il y a certains moments où il faut s’accrocher, notamment car nous sommes dans une enquête façon roman noir, avec deux policiers rattrappés par leurs propres démons, leurs absences et leurs obsessions, dans une enquête à forte résonnance politique. Les bombes secouent les fondations de la cité caribéenne, au propre comme au figuré. Ces attentats lient le passé de nos enquêteurs à celui de Lanvil et à la situation politique présente. Cette disposition pose des questions essentielles sur la justification de la violence de la lutte, amenant un point de vue nuancé qui s’interroge sur la mise en place des utopies politiques : jsuqu’où la rébellion peut-elle aller ? C’est également un beau texte sur la résilience, la mémoire et la portée de nos héritages sur le présent.

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Les jardins du temps d’Emilie Querbalec

Les jardins du temps d’Emilie Querbalec

Japon. Fin du XVIe siècle. Les troupes d’Oda Nobunaga donnent l’assaut sur le temple du Dieu-dragon, sur le mont Hiei. Pendant la bataille qui oppose les moniales aux troupes du seigneur de la guerre, une inestimable relique est brisée.
Quatre siècles plus tard, deux scientifiques spécialistes du temps sont convoqués par les autorités dans le cimetière de Mikageyama. Mariko Nakajima et Vedant Vinayakram découvrent là l’impensable : une tête tranchée a été trouvée dans une tombe, elle semble dater du Japon féodal. Et contre toute attente, elle donne toujours des signes de vie. Les relevés à proximité de la sépulture montrent que le temps s’y écoule très lentement.
Cette perturbation en annonce d’autres, bien plus dangereuses.

Le roman explore une théorie fascinante du temps évoluant en Cercles. Une perturbation dans un Cercle touche les autres, entraînant des catastrophes temporelles de plus en plus importantes. Emilie Querbalec propose un roman dense qui nous entraîne à travers le temps mais aussi à travers différents genres et sous-genres de l’imaginaire. Le récit est rythmé, proposant des idées poussées sur les questions de la causalité, le tout en alliant spiritualité et technologie. Mais il y a parfois un sentiment de « trop plein », l’alliance d’éléments composites rendant certains aspects du scénario trop rapides pour être pleinement compris. En somme, le concept de Les jardins du temps est audacieux, mais sa densité m’a par moments perdue. Cela reste cependant une lecture très créative et unique en son genre, qui vient confirmer la capacité d’Emilie Querbalec de naviguer avec brio de nombreuses eaux de l’imaginaire.

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La sorcière de Lune de Marlon James

La sorcière de Lune de Marlon James

Élevée dans la misère, maltraitée par ses frères qui l’accusent d’avoir tué leur mère, Sogolon parvient à se libérer. Bientôt, elle bravera une à une les épreuves qui se dressent devant elle, vivra une dizaine de vies, et deviendra la Sorcière de Lune : une femme puissante et redoutée de tous, enfin maîtresse de sa propre destinée.

La sorcière de Lune reste pour moi une lecture en demi-teinte. J’aime beaucoup la mythologie développée par l’auteur, qui nous entraîne dans des contrées inspirées par l’Afrique de l’Ouest. La première partie du roman suit le début de vie difficile de Sogolon, fillette orpheline qui se découvre une volonté de vivre et des capacités insoupçonnées. Elle est beaucoup ballotée selon les caprices de detsin, j’ai eu du mal à accrocher par manque de but concret et un aspect très tranche de vie. Un point de l’écriture m’a également gêné : j’ai trouvé certains dialogues mal écrits et douloureux à lire. Cependant, le récit connaît une rupture vers sa moitié. Le récit se pare d’un objectif clair et Sogolon cesse d’être le jouet des événements pour devenir un personnage plus actif. J’ai également trouvé le récit bien plus riche en magie et en créatures.

La deuxième femme de Louise Mey

La deuxième femme de Louise Mey

Sandrine ne s’aime pas. Elle trouve son corps trop gros, son visage trop fade. Timide, mal à l’aise, elle bafouille quand on hausse la voix, reste muette durant les déjeuners entre collègues. Mais plus rien de cela ne compte le jour où elle rencontre son homme, et qu’il lui fait une place. Une place dans sa maison, auprès de son fils, sa maison où il manque une femme. La première. Elle a disparu, elle est présumée morte, et Sandrine, discrète, aimante, reconnaissante, se glisse dans cette absence, fait de son mieux pour redonner le sourire au mari endeuillé et au petit Mathias. Mais ce n’est pas son fils, ce n’est pas son homme, la première femme était là avant, la première femme était là d’abord. Et le jour où elle réapparaît, vivante, le monde de Sandrine s’écroule.

La deuxième femme est un thriller domestique surprenant. L’histoire nous place dans les pensées et le quotidien de Sandrine. Sandrine vit avec un homme dont nous ne connaîtrons jamais le prénom. Ils se sont rencontrés lors des battues organisées pour retrouver sa première femme, disparue lors de circonstances floues. Ce qui rend le récit glaçant, c’est la précision avec laquelle l’autrice décortique les mécaniques de l’emprise à travers la victime. Car Sandrine minimise, Sandrine marche constamment sur des oeufs. Elle apprend à anticiper les besoins de son homme, à savoir si elle va s’en prendre une juste selon le bruit de ses pas lorsqu’il rentre. Mais aussi comment le contrôle s’installe petit à petit de manière insidieuse : le compte joint indispensable, la suppression de la voiture, la pression pour quitter le travail… Toute une mise en place bien huilée qui peut se faire car la victime n’ose pas trouver de soutien extérieur et que l’agresseur profite de sa fragilité mentale et de son isolement. La deuxième femme est un roman d’utilité publique sur les questions d’emprise et de violences intrafamiliales.

Quelles sont vos lectures marquantes du mois d’avril ?

Catégories : Points lectures

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