Re:Start de Katia Lanero Zamora a fini assez rapidement dans la pile à lire. J’aime beaucoup la littérature horrifique et je suis ravie qu’elle gagne en visibilité. J’avais en plus besoin d’une lecture courte pour me remettre d’un roman exigeant. Alors Re:Start est sorti de la Pile à la lire.
Synopsis de Re:Start
Comme quarante pour cent de la population mondiale, vous êtes en surpoids ? Vous ne vous reconnaissez plus dans le miroir ou vous n’osez même plus vous y regarder ? La nourriture vous contrôle ?
Rejoignez dès maintenant Re:Start. Disciplinez-vous et dites adieu aux mauvais comportements. Car vous êtes une déesse et votre corps est un temple.
Il y a celles qui se donnent des excuses et celles qui se donnent une chance…
Et vous, que choisissez-vous ?
Mona a intégré le prestigieux village Re:Start, une communauté entièrement dédiée à la beauté des femmes. Ses habitantes, les Lumineuses, sont prêtes à embrasser leur féminité et à saisir l’opportunité de devenir des déesses grâce au programme sportif et aux gélules minceur préconisés par leur modèle et mentor, Geneviève.
Mona a gravi les échelons, elle est désormais Semeuse. Tout semble parfait dans ce paradis des corps et de la féminité… jusqu’au jour où sa meilleure amie perd le contrôle.
Y aurait-il une faille dans ce programme de rêve ?
Elles prefèrent la viande saignante et sans gras
Chaque calorie sera comptée
Les premières pages de ce court récit ont un sacré impact ! Katia Lanero Zamora nous met face à Calliste, qui a atteint les plus hautes reconnaissances du programme. Mais elle a siiii faim et toute la nourriture est sous clé. Elle n’a rapidement plus d’autre choix que de goûter à la seule viande présente… La dévoration a une place particulièrement ambivalente dans le roman. La nourriture est strictement contrôlée par une IA, qui dirige les moindres détails de la vie des participantes. Elles n’ont pas le droit de manger tant qu’elles n’ont pas dépensé un nombre de calories dédiées. Elles se nourrissent principalement de milkshakes avec les bons nutriments et le bon nombre de calories, rappelant des âges sombres d’optimisation du temps par la nourriture. L’apparence est une obsession constante et tout écart est strictement interdit. En revanche, les femmes avalent les produits élaborés par la charismatique Geneviève, charismatique créatrice de la méthode.
Geneviève a créé et développé Re:Start avec tous les marqueurs sectaires, en faisant un mélange fascinant de phénomène religieux dans une logique ultra-capitaliste. Les participantes sont isolées dans une retraite, coupée du monde, uniquement concentrées sur leurs objectifs inaccessibles. Les plus impliquées grimpent les échelons et deviennent des vendeuses dans un système pyramidal qui vise à profiter des dernières arrivées. Les noms des paliers sont bien sûr très spirituels mais ce sont clairement des VRP. Un passage malsain montre les semeuses (des vendeuses de luxe) analyser les nouvelles participantes et trouver leurs défauts, pour voir quels produits leur vendre, le tout dans une émission inspirée de la téléréalité. Nous sommes vraiment dans un système qui vise la maximisation du profit en prétendant aider les participantes. Mais la réalité se fait vite plus sombre quand on s’aperçoit que certaines personnes ont disparu sans laisser de traces…
Un regard glaçant sur la course à la beauté
Le récit propose un questionnement intéressant sur jusqu’où nous sommes prêts à aller pour le regard des autres. Re:Start met en scène des passages dérangeants mais bien tournés sur les troubles alimentaires. Mona, le personnage principal, lit des extraits du jounal de Calliste. Le lecteur découvre une femme qui a pourtant tout pour être heureuse, mais dont toute l’existence tourne autour de sa volonté de perdre du poids. L’orthoréxie est un trouble alimentaire qui touche les personnes pour qui bien manger est obsessionnel. Ce que montre également le récit, c’est que l’apparence est une donnée tellement importante chez les femmes que même les produits qui ont un impact négatif long terme, un effet d’accoutumance etc… les consommer ne pose pas tant de problèmes que cela. Le comportement auto-destructeur est accepté parce que la vie hors des standards de beauté ne vaut pas la peine d’être vécue.
Le petit bémol, c’est que comme le roman est court. J’ai eu parfois l’impression que les choses s’enchaînaient un peu vite. L’écriture ne perd pas de temps, ça plaît ou ça plaît pas. Pour ma part j’ai accroché parce que beaucoup d’éléments me rappellent des thrillers horrifiques, un genre que je lis également beaucoup. Un autre point que je soulève est que le body horror est présent mais n’est pas non plus très présent, je m’attendais à quelque chose de plus cracra pour une novella vendue comme de l’horreur. En revanche, je trouve que c’est très adapté pour des lecteurices qui veulent se lancer dans le genre sans commencer par des romans traumatisants. Ici, le gore est bien dosé et s’accompagne d’un message social fort, ce qui le rend d’autant plus pertinent et accessible pour des néophytes.
Re:Start, un thriller horrifique au coeur de la quête malsaine de la beauté
Re:Start nous plonge dans une dérive sectaire entre capitalisme et beauté. Le Programme dirige la vie des femmes dans le moindre détail : l’existence ne devient que sport, comptage de calories, produits de beauté divers… L’autrice raconte très bien cette obsession sombre qui ronge des milliers de femmes et pollue la moindre pensée. Le body horror intervient en touches légères mais avec de l’impact. Le récit se rapproche donc plus du thriller horrifique et science-fictionnel que de l’horreur pure et dure, ce qui le rend facilement accessible pour des personnes qui veulent se lancer dans le genre. La plume est efficace et ne perd pas le temps, ce qui rend parfois l’écriture un peu mécanique, ce qui ne conviendra pas à tout le monde.
Note : 16/20
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