Ce roman m’a été envoyé par les éditions Calmann-Lévy, merci pour l’envoi ! La conteuse de Ludovic Mélon avait l’air de mettre en scène un univers original et des systèmes de magie qui sortent de l’ordinaire. En plus, la couverture est vraiment magnifique.
Synopsis de La Conteuse
Miya a vingt ans – ou vingt-trois, difficile à dire quand votre identité a brûlé avec votre enfance.
Depuis, elle survit à Prague dans une gare désaffectée, trime pour un patron de bar odieux et pioche dans les valises perdues ce dont elle a besoin. Sa seule richesse : un talent rare pour conter des histoires, ce qu’elle fait chaque vendredi soir sur le parvis de la cathédrale.
Quand un mystérieux employeur lui offre un poste dans une université inconnue, sa vie bascule. L’homme, nommé Séraphin, la conduit à Sakura, un monde parallèle peuplé d’esprits, d’anges et de démons, où la magie règne. Séraphin propose à Miya d’y suivre la formation des futurs gardiens, capables d’influencer les vies dont ils ont la charge.
Miya l’ignore encore, mais elle n’est pas une recrue ordinaire : parmi les esprits de Sakura, certains n’ont aucune intention de la laisser intégrer l’ordre des gardiens. Heureusement, elle va y rencontrer l’amitié et l’amour, et pour la première fois, découvrir qu’elle, la petite orpheline, peut compter dans la vie des autres…
Voyage dans un monde de magie, d’anges et de démons
Les grandes richesses d’un monde parallèle
La conteuse est un roman sympathique qui ne manque pas de créativité. Nous suivons une orpheline d’une vingtaine d’années qui va découvrir une université unique en son genre : Sakura. Ce lieu magique forme à prendre soin de la terre, notamment des gardiens. Les gardiens sont appelés à prendre soin et protéger des humains exceptionnels. Sous la tutelle de professeurs variés, exigeants et excentriques, ils subissent un certain nombre d’épreuves pendant leur sommeil tout en continuant de vivre normalement en journée. On suit Miya, qui découvre que son histoire familiale est fortement liée à Sakura et à ses habitants. C’est un choix narratif classique mais ici très efficace, et qui permet de se concentrer due l’univers dense qu’a tissé l’auteur. Anges, démons et créatures travaillent pour leurs patrons, que ce soit Terrence Dieu ou Lucie Lediable, parfois sur un prjet coûteux et boiteux appelé la Terre?
J’ai trouvé que cette idée avait un côté très Pratchett dans son application. L’Université et les démons copient nos modes de fonctionnement scolaires ou corporate, ce qui donne des scènes assez truculentes, puisque l’avenir de la Terre se joue lors de conseils d’administration. Il y a souvent des petites touches d’humour décalé. Certains personnages comme Miya ou Séraphin sont réussis et attachants, notamment grâce à leurs défauts et à leurs petites manies. L’écriture est simple mais emporte plutôt bien les lecteurs tout en donnant au roman au rythme assez soutenu. Il n’y a pas vraiment de grosses lenteurs ou de moments d’ennuis.
Un texte qui se permet quelques facilités
Il y a plusieurs points qui m’ont moins plu dans le roman. Comme beaucoup de romans de ce style, la profusion de personnages et d’éléments donne un aspect un peu fouillis. Il n’y a pas vraiment le temps de développer tous les aspects : certains personnages secondaires sont traités de manière superficielle. J’ai parfois oublié quels étaient les rôles et le passé de chacuns, ce qui m’a un peu perdu en fin de roman. J’ai même eu l’impression d’avoir affaire à quelques incohérences dans le caractère ou l’histoire des personnages, notamment de Walter qui est pour moi l’exemple le plus flagrant. C’est le genre de maladresse qui me fait sortir de l’action, je m’arrête et je me demande si j’avais bien compris les informations précédentes.
J’ai également trouvé qu’il y avait quelques facilités scénaristiques. Le plus agaçant est la présence d’une agression sexuelle / viol qui n’a pas vraiment d’impact sur la suite de l’histoire. C’est un poncif avec lequel j’ai beaucoup de mal. Ensuite, il n’y a pas vraiment de limites ou de règles à certains pouvoirs, du coup on a l’impression que tout est possible. C’est le cas de Miya qui se révèle avoir des pouvoirs extrêmement puissants. De la même façon, le système d’âmes et de réincarnations permet quelques raccourcis : les personnes n’ont pas la même apparence en tant qu’âme et en tant qu’humain, il est donc difficile de savoir qui sont les gardiens dans Sakura et ce à quoi ils ressemblent sur terre. Du coup, on a parfois des liens et des relations qui se créent, mais de manière un peu facile. De la même façon, certaines âmes se réincarnent, on se retrouve avec des relations qui se poursuivent à travers plusieurs générations, mais c’est surtout un moyen de créer du mélodrame, mais de manière qui manque un peu de finesse à mon goût.
La conteuse propose un voyage sympathique sans être marquant
La conteuse est un roman de fantasy urbaine sympathique et inventif, qui séduit par son univers foisonnant où anges, démons et gardiens s’agitent dans une bureaucratie céleste aux accents très pratchettiens. Porté par une écriture fluide, un rythme soutenu et des personnages attachants comme Miya et Séraphin, le récit ne manque ni d’humour ni de charme. Hélas, la profusion de personnages et de concepts finit par nuire à la clarté de l’ensemble : certains protagonistes restent superficiels, quelques incohérences viennent troubler la lecture, et des pouvoirs sans limites ou des facilités scénaristiques (dont une agression sexuelle traitée comme un simple ressort narratif) affaiblissent la tension. Une lecture divertissante qui plaira aux amateurs de fantasy légère et décalée, à condition de ne pas être trop exigeant sur la rigueur de l’intrigue.
Note : 15/20
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