Après les films, quelles sont les séries de 2017 qui m’ont captivées ? L’année a été riche en séries inattendues, originales et créatives et il a été très difficile de faire un choix ! Voici donc celles que j’ai binge-watchées avec un plaisir pas très coupable :

The handmaid’s tale

Difficile de passer à côté de The Handmaid’s tale (la servante écarlate en bon français). Il s’agit du phénomène série de l’année ! Le genre d’œuvre qui dépasse son média pour acquérir une portée sociale.

Dans un monde brisé par la pollution, la grande majorité des femmes sont devenus stériles. Defred fait partie des rares femmes fertiles, elle est donc une servante écarlate. Attribuée à un important dignitaire du parti Puritain qui a pris le pouvoir, elle est un utérus ambulant. Son objectif est de tomber enceinte et de donner naissance à un enfant en bonne santé.

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J’avais lu le livre il y a des années, il m’avait beaucoup marqué. Notamment car j’étais rarement tombée sur une œuvre de science-fiction avec des échos aussi féministes et réalistes à la fois. La série retranscrit à merveille ce qui fait la spécificité de l’œuvre de Margaret Atwood : cet univers glaçant, brutal, où la moindre étincelle d’espoir semble disparaître à peine allumée, le tout dans un aspect irréel. Defred nous raconte son quotidien, elle semble parfois très étrangère à ce qui lui arrive et son seul refuge est ses souvenirs de sa vie passée. La série est encore plus précise à ce nouveau-là. Le livre place l’action dans un pays qui n’est jamais nommé, comme dans un conte (d’où le tale du titre anglophone d’après moi). Au contraire, la série prend le partie de faire de Defred une femme comme vous et moi, dans l’Amérique contemporaine.

Je pense que si la série a eu une telle résonance, c’est qu’elle s’inscrit dans des craintes très actuelles : contrôle de l’avortement, plafond de verre qui résiste, retour en arrière pour les droits des femmes, agressions sexuelles… Surtout aux États-Unis avec les propositions de Donald Trump, on a l’impression que le rôle de reproduction de la femme reprend une dimension politique, publique donc, allant à l’encontre de son libre-arbitre. En somme, que la femme retourne au statut d’éternelle assistée, s’apparentant à la propriété d”un autre qu’à un être humain à part entière.

La puissance émotionnelle de la série est renforcée par le jeu des acteurs. Elisabeth Moss est magistrale dans son rôle, elle parvient à nous faire passer l’horreur de certaines situations, la cérémonie par exemple qui est un vol institutionnalisé, par le regard. Mention spéciale également à Yvonne Strahovski, qu’on ne voit pas assez, particulièrement convaincante en Serena Joy, épouse tour à tour chaleureuse, colérique et glaciale.

 

American Gods

J’adore Neil Gaiman. Je me suis donc jetée sur l’adaptation d’un de ses livres que je préfère. Un bijou pas facile d’accès mais qui parvient à innover dans le paysage sériel.

Ombre/Shadow apprend la mort de sa femme alors qu’il est en prison. Relâché pour qu’il puisse assister à son enterrement, il fait la rencontre d’une étrange personnage lors de son vol. Voyageur/Wednesday le recrute comme homme de main. Ombre/Shadow se retrouve embarquer dans une lutte qui dépasse de loin tout ce qu’il avait pu imaginer, car son nouvel employeur prépare une guerre.

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American Gods faisait partie de ces œuvres que l’on prétendait inadaptables. Fourmillant de trouvailles inédites, les univers de Gaiman sont aussi riches que complexes. Une complexité qui est parfaitement retranscrite par la série. La narration se veut volontairement ardue en début de saison, communicant souvent par le biais de symboles, débutant par une histoire en lien avec l’univers mais sans relation avec les aventures de Shadow. Si cet aspect pourra rebuter certains, pour moi ces interludes sont la marque de la patte Gaiman. La série pose son univers et son interprétation : les Dieux n’existent que parce qu’il y a des humains pour les vénérer et leur donner corps. Ce qui explique la naissance des dieux modernes, les médias, la technologie, les données… Si les déités changent les hommes demeurent les mêmes.

En ce sens, la série se place dans le paradigme du cycle et l’éternel recommencement, les choses meurent mais renaissent, à la fois différentes et similaires. Les anciens dieux s’affaiblissent et disparaissent pour laisser leur place, ou se mêlent aux anciens et renaissent, semblables mais différents. Voyageur/Wednesday tentera d’ailleurs de briser ce cycle naturel.

Où la série se permet d’être réellement créative, c’est sur le plan visuel. Rien que le générique d’intro est un délice d’étrangeté, mélange de moderne et d’ancien pour mieux insister sur le clivage qui suivra. American Gods se permet un montage onirique très fort. Par exemple lorsque Snow doit s’imaginer de la neige sous l’impulsion de Wednesday, l’enchaînement des plans est très original. C’est ce qui fait sa force mais la rend en même temps plutôt difficile d’accès : lente et souvent symbolique, elle ne cherche pas l’évidence. Soit ça passe, soit ça casse.

Mindhunter

Très attendue sur Netflix, la série de David Fincher a-t-elle tenu ses promesses ?

Spécialisé dans la négociation lors des prises d’otages, un échec vaut à Holden Ford de se cantonner à l’enseignement. Il s’aperçoit que les méthodes du FBI sont dépassées et se lance dans un tour des Etats-Unis pour interviewer les plus terribles tueurs en séries que le pays a connu.

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Une série fascinante qui offre une plongée glaçante dans la psyché des tueurs en série. Fincher est un passionné des tueurs en série, il l’a prouvé dans son très réussi Seven. Pour cette série, certains dialogues avec des tueurs ont été réutilisés tels quels, comme ceux avec Ed Kemper, meurtrier bavard extrêmement intelligent. C’est facilement l’un des personnages les plus marquants dans les séries sorties cette année et met en avant la méticulosité du créateur de la série.

La série m’a surprise par la froideur qui s’en dégage : certains plans sont millimétrés, précis, d’une symétrie qui rend presque mal à l’aise. Au niveau de l’étalonnage, les visuels sont légèrement dé-saturés, ce qui renforce la froideur globale de la chose. Globalement le récit est plutôt lent et se place dans une optique plus cérébrale que tape-à-l’œil. De grandes parts de l’action sont destinées aux échanges entre les différents protagonistes pour notamment trouver les méthodes d’analyse les plus pertinents, j’aime beaucoup car on oublie parfois que les sciences sociales obéissent à des protocoles de recherche précis, comme n’importe quelle autre science. Au fond, l’un des sujets porteurs de la série est le passage d’une pensée basée sur les préjugés (les meurtriers n’ont pas de motivations, ce sont des monstres sanguinaires qu’il est inutile d’étudier) à une pensée structurée par des méthodes sociologiques, psychologiques pour être plus efficace lors de l’identification de ces derniers.

Les personnages sont bien campés, j’ai apprécié le retour d’Anna Torv, qui me manquait depuis Fringe. Le reste du casting est très convaincant et nous invite à nous plonger entièrement dans cette série dont j’attends la saison 2 avec impatience.

Re:creators

Un animé ? Eh oui, une très bonne production qui m’a réellement captivée.

Les histoires que nous créons véhiculent de nombreuses émotions. Celestia est un personnage d’animé très populaire. Elle se retrouve catapultée dans notre monde sans savoir pourquoi par une jeune femme aux cheveux blancs. Elle y fait la rencontre d’une jeune passionné par ses univers imaginaires.

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C’est compliqué de résumer l’histoire de Re:Creators en quelques phrases. L’animé repose cependant sur l’idée que des personnages fictifs soient parvenus à passer dans notre monde. Ils découvrent que l’ensemble de ce qu’ils ont connu n’existe en réalité que pour divertir les foules. Plusieurs créations sont ainsi à la recherche de leurs créateurs pour avoir des explications, comprendre leur monde… Sans compter qu’une seule personne semble comprendre la raison de leur venue : une mystérieuse jeune fille en habit militaire aux pouvoirs immenses.

Nous faisons petit à petit la connaissance de personnages typiques de l’imaginaire nippon : un jeune garçon qui conduit un robot géant, un enquêteur issu d’un monde futuriste, un chevalier valeureux, une magical girl naïve et déterminée… Chaque personnage possède une fiche de caractère qui suit les grands archétypes des personnages qui nous fascinent. C’est du coup extrêmement drôle de les voir évoluer dans le monde normal, de les voir progresser, interagir avec leurs personnalités spécifiques.

Le récit propose toutefois une mise en abîme plus profonde qu’il n’y paraît. La relation entre le créateur et sa création, l’artiste étant considéré comme un démiurge tout puissant alors qu’il est comme vous et moi, la force de communautés de fans qui font vivre les personnages en dehors de l’univers créé… Mais aussi la complexité de certains choix moraux : Alicetaria est un personnage très intéressant dans ce sens. Chevalier issue d’une série de romans dans un univers de dark fantasy, son existence est faite de sacrifices et elle a vu tous ceux qui lui étaient proches mourir. Dès lors, elle ne cessera de s’interroger sur la raison pour laquelle son créateur aura créer un monde aussi horrible et s’interrogera sur la propre inanité de son existence.

C’est donc une série attachante, bien menée et qui parvient à brosser ds thèmes variés. Si vous aimez les mondes imaginaires et que vous aimez créer des histoires, Re:creators vous plaira sûrement !

 

Voilà pour mes coups de coeur de cette année ! Bien sûr il y a bien d’autres séries qui m’ont séduites : Godless, Puella Madoka Magica, Big Little Lies… Mais il a fallu faire un choix ! N’hésitez pas à partager vos séries préférées de l’année si vous n’êtes pas d’accord, ou si vous êtes d’accord d’ailleurs aussi 😉

 

 

Catégories : Séries

2 commentaires

citizencrane1 · 5 février 2018 à 16 h 54 min

Je me note ces séries pour plus tard, merci pour cet article. En 2017 j’ai surtout vu The Deuce que je trouve superbe mais trop courte pour le sujet qu’elle traite et le nombre de personnages qu’elle fait intervenir.

    Camille Barbry · 6 février 2018 à 15 h 44 min

    Je n’ai pas vu The Deuce, mais j’en ai entendu beaucoup de bien ! En plus j’aime bien Maggi Gyllenhal, je regarderais peut-être cette année 🙂

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