Le mois de janvier a été un mois marqué par de la science-fiction et un crochet rapide par la non-fiction. J’ai moins que ce que j’aurais aimé mais j’ai beaucoup aimé la plupart de mes découvertes.

Dans le jardin de l’ogre de Leila Slimani

Dans le jardin de l'ogre de Leila Slimani

“Une semaine qu’elle tient. Une semaine qu’elle n’a pas cédé. Adèle a été sage. En quatre jours, elle a couru trente-deux kilomètres. Elle est allée de Pigalle aux Champs-Élysées, du musée d’Orsay à Bercy. Elle a couru le matin sur les quais déserts. La nuit, sur le boulevard Rochechouart et la place de Clichy. Elle n’a pas bu d’alcool et elle s’est couchée tôt.

Mais cette nuit, elle en a rêvé et n’a pas pu se rendormir. Un rêve moite, interminable, qui s’est introduit en elle comme un souffle d’air chaud. Adèle ne peut plus penser qu’à ça. Elle se lève, boit un café très fort dans la maison endormie. Debout dans la cuisine, elle se balance d’un pied sur l’autre. Elle fume une cigarette. Sous la douche, elle a envie de se griffer, de se déchirer le corps en deux.

Elle cogne son front contre le mur. Elle veut qu’on la saisisse, qu’on lui brise le crâne contre la vitre. Dès qu’elle ferme les yeux, elle entend les bruits, les soupirs, les hurlements, les coups. Un homme nu qui halète, une femme qui jouit. Elle voudrait n’être qu’un objet au milieu d’une horde, être dévorée, sucée, avalée tout entière. Qu’on lui pince les seins, qu’on lui morde le ventre. Elle veut être une poupée dans le jardin de l’ogre.”

Dans le jardin de l’ogre laisse une forte impression malgré son manque d’approfondissement. Adèle est un personnage touchant et marquant. Leila Slimani démontre déjà son talent par son écriture abrupte et directe, et l’histoire laisse un goût d’amertume grâce à son réalisme glaçant.

La zone du dehors d’Alain Damasio

La zone du dehors d'Alain Damasio

2084
Orwell est loin désormais. Le totalitarisme a pris les traits bonhommes de la social-démocratie. Souriez, vous êtes gérés ! Le citoyen ne s’opprime plus : il se fabrique. A la pâte à norme, au confort, au consensus. Copie qu’on forme, tout simplement. Au coeur de cette glu, un mouvement, une force de frappe, des fous : la Volte. Le Dehors est leur espace, subvertir leur seule arme. Emmenés par Capt, philosophe et stratège, le peintre Kamio et le fulgurant Slift que rien ne bloque ni ne borne, ils iront au bout de leur volution. En perdant beaucoup. En gagnant tout.

Premier roman, ici réécrit, La Zone du Dehors est un livre de combat contre nos sociétés de contrôle. Celles que nos gouvernements, nos multinationales, nos technologies et nos médias nous tissent aux fibres, tranquillement. Avec notre plus complice consentement. Peut-être est-il temps d’apprendre à boxer chaos debout contre le swing de la norme?

Un roman intéressant par sa structure et son propos. On y voit poindre les premiers marqueurs du style Damasio : une écriture créative et exigeante, une vision engagée de l’imaginaire et un parti pris narratif qui ne tombe pas dans la facilité. Malgré ses quelques défauts (une tendance à se montrer trop bavard ou des personnages féminins absents), le roman est à lire pour aussi découvrir un point de vue éclairant sur la manipulation politique.

Des milliards de tapis de cheveux d’Andreas Eschbach

Des milliards de tapis de cheveux d'Andreas Eschbach

Nœud après nœud, jour après jour, toute une vie durant, ses mains répétaient les mêmes gestes, nouant et renouant sans cesse les fins cheveux, comme son père et le père de son père l’avaient fait avant lui… N’est-ce pas étrange qu’un monde entier s’adonne ainsi au tissage de tapis de cheveux ? L’objet en est, dit-on, d’orner le Palais des Étoiles, la demeure de l’Empereur. Mais qu’en est-il de l’Empereur lui-même ? N’entend-on pas qu’il aurait abdiqué ? Qu’il serait mort, abattu par des rebelles ? Comment cela serait-il possible ? Le soleil brillerait-il sans lui ? Les étoiles brilleraient-elles encore au firmament ? L’Empereur, les rebelles, des milliards de tapis de cheveux ; il est long le chemin qui mène à la vérité, de la cité de Yahannochia au Palais des Étoiles, et jusqu’au Palais des Larmes sur un monde oublié…

Si vous souhaitez une SF humaniste et sensible, Des milliards de tapis de cheveux est le genre de texte qui vous plaira. Ne vous arrêtez pas aux premières pages, le récit prend une belle tournure et propose des réflexions très belles sur la mémoire et les sens des traditions au sein d’un peuple. Souvent doux-amer, certaines parties sont très touchantes, car l’écriture simple permet de s’immerger totalement dans l’histoire.

Les heures rouges de Leni Zumas

Les heures rouges de Leni Zumas

États-Unis, demain. L’avortement est interdit, l’adoption et la PMA pour les femmes seules ou en couple, sur le point de l’être aussi. Non loin de Salem, sur la côte Ouest, il y a Ro, célibataire, aux prises avec la biographie d’une exploratrice islandaise du xixe siècle, qui tente de concevoir un enfant grâce à un don de sperme ; Susan, lasse de sa vie de mère au foyer et de la banalité des jours qui passent ; la jeune Mattie, née sous X, qui se rêve scientifique, libre, brillante. Et il y a Gin. Gin la guérisseuse, la marginale, qui vit dans la forêt au milieu de ses animaux. Gin à laquelle les hommes ont décidé de tenir un procès en sorcellerie parce qu’elle a eu le malheur de vouloir venir en aide à ses semblables… À Salem, à l’aube d’une nouvelle ère, ces quatre femmes voient leur destin se lier.

J’avais un peu peur de tomber sur un ersatz de La servante écarlate, mais non ! Si les thèmes sont similaires : aliénation de la femme à sa biologie, la multiplication des points de vue permet de construire le portrait saisissant d’une société dystopique en proie avec ses contradictions. Le ton choisi est très réaliste, ce qui renforce les aspects douloureux de ces destins croisés. Leni Zumas a un talent indéniable pour construire des histoires humaines crédibles. Coup de coeur pour le touchant personnage de Ro.


La plaie de Nathalie C. Henneberg

La plaie de Nathalie C. Henneberg

An 3000. Une force d’origine inconnue, que l’on nomme la « Ténèbre » ou la « Plaie », s’est emparée de la Terre pour la plonger dans la souffrance, le meurtre et l’ignominie. Par l’entremise des « Nocturnes », ses agents, elle étend son règne dans l’univers des Astres libres.

Mais la Terre elle-même secrète l’antidote au mal qui la ronge ; il s’agit de mutants aux pouvoirs mal définis, que les Nocturnes redoutent et pourchassent : voyants, sensitifs… ou vireurs d’univers, les plus puissants, les plus mystérieux. Au terme d’un exode vertigineux sur des mondes hallucinants, c’est une armée hétéroclite qui fera route vers Sigma, capitale des mondes arcturiens, où l’attend l’ultime affrontement avec les forces du mal.

Une oeuvre vraiment troublante. La Plaie est une oeuvre de space op qui m’a laissée partagée. Décousue, j’avais parfois l’impression de lire une forme d’écriture automatique, de faire face à tant de complexité que mon cerveau n’arrivait pas à tout comprendre. Mais ces moments de confusion étaient traversés par la qualité de l’écriture, son aspect lyrique débordant d’imagination qui crée ce “sense of wonder” dont j’avais beaucoup entendu parler. Une oeuvre que je ne conseille qu’aux aguerris de la SF tant elle est peu accessible.

Honoré et moi de Titiou Lecoq

Tout le monde connaît Balzac, mais bien souvent son nom reste associé aux bancs de l’école. Avec la drôlerie qu’on lui connaît, Titiou Lecoq décape le personnage. Elle en fait un homme d’aujourd’hui, obsédé par l’argent, le succès, l’amour, dans un monde où le paraître l’emporte sur le reste. Sous sa plume, ce géant de la littérature devient plus vivant que jamais.

Cette biographie pétillante donne le sourire ! Titiou Lecoq redonne visage humain à un monstre littéraire qui a terrifié bien des collégiens. On peut être considéré comme un génie de nos jours et avoir été un homme dépensier et méprisé par les critiques en son temps. Il est amusant de voir les paradoxes d’Honoré Balzac, qui malgré tous ses vices et ses défauts, reste à nos yeux un homme sympathique et accessible grâce au talent et l’humour décapant de l’autrice.

Et vous ? Un début d’année tranquille ou vous avez déjà des coups de coeur ?

Catégories : Points lectures

4 commentaires

Lutin82 · 1 février 2020 à 20 h 55 min

effectivement un moiis avec quelques infidélités à la SF! 😉
Mais, qu’il est bon d’être éclectique.

    La Geekosophe · 9 février 2020 à 14 h 11 min

    Ah, l’éclectisme est ma signature !

Anne-Laure - Chut Maman Lit · 2 février 2020 à 20 h 19 min

Un beau bilan avec des lectures variées !
J’espère que tes lectures de Février seront aussi bonnes 😉

    La Geekosophe · 3 février 2020 à 19 h 47 min

    Le mois de février est troooop court T.T

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d blogueurs aiment cette page :