S’il y a bien quelque chose qui ne laisse pas indifférent, c’est le synopsis de ce roman. La collection Albin Michel Imaginaire est en général un gage de qualité. Ce qui m’avait été confirmé grâce à l’originalité de Terminus de Tom Swertelitsch ! Alors American Elsewhere de Robert Jackson Bennett est-il aussi convaincant ?

Ce roman entre dans le challenge Pavévasion de Brize :

Challente pavé de l'été

Synopsis d’American Elsewhere

Veillée par une lune rose, Wink, au Nouveau-Mexique, est une petite ville idéale. À un détail près : elle ne figure sur aucune carte. Après deux ans d’errance, Mona Bright, ex-flic, vient d’y hériter de la maison de sa mère, qui s’est suicidée trente ans plus tôt. Très vite, Mona s’attache au calme des rues, aux jolis petits pavillons, aux habitants qui semblent encore vivre dans l’utopique douceur des années cinquante. Pourtant, au fil de ses rencontres et de son enquête sur le passé de sa mère et les circonstances de sa mort (fuyez le naturel…), Mona doit se rendre à l’évidence : une menace plane sur Wink et ses étranges habitants.
Sera-t-elle vraiment de taille à affronter les forces occultes à l’œuvre dans ce lieu hors d’Amérique ?

Bienvenue dans un autre monde

Une atmosphère étrange et envoûtante

La première réussite d’American Elsewhere tient en la façon dont l’auteur parvient à mettre en place une ambiance délicatement étrange. Les premiers à Wink aux côtés de Mona sont déstabilisants. La petite ville a tout d’un rêve américain avec petits cottages adorables, habitants propres sur eux et jolies voitures. Tout comme la narratrice, nous sommes partagés entre l’envie de mener cette vie qui semble idyllique mais aussi repoussés par ce côté très artificiel que l’on ressent assez rapidement. Il y a quelque chose d’assez Lovecraftien dans la façon dont le bizarre apparaît, lorsque l’on a cette sensation d’approcher d’une vérité si horrible que l’appréhender est hors de notre portée. Il y a également certaines références que j’ai décelées du côté d’Alice au pays des merveilles, notamment avec la présence répétées de miroirs.

Robert Jackson Bennett monte crescendo au fil du roman. Il propose des paragraphes entiers où il décrit les comportements étranges de certains habitants, ce qui crée un malaise palpable. Il existe de nombreuses règles à respecter si l’on veut être en paix. Sa plume est très imagée et parvient à garder un bon équilibre, dans le sens où les descriptions ne sont jamais trop précises afin que l’imagination occupe une place importante dans la visualisation des êtres. Et qui mieux que nous-mêmes peut imaginer ce qui nous fait peur ? L’auteur crée de plus une physique qui ne manque pas d’intérêt et apporte encore à cette impression globale, un peu comme une vallée dérangeante où un simple détail vient troubler la normalité pour en faire quelque chose de décalée.

Des personnages mystérieux mais accrocheurs

L’auteur met en place une galerie de personnages truculents. J’ai d’abord beaucoup apprécié Mona, le personnage principal. C’est une dure à cuire, ex-flic à la recherche de son passé, qui cache aussi de lourds secrets. Son cheminement est agréable à suivre, même si elle semble assez déjà vue comme type de personnage. J’ai trouvé l’aspect de la relation mère-fille bien amené, ce qui amenait une certaine profondeur au personnage. La bourgade de Wink est en elle-même peuplée de gens hauts en couleur qui dévoilent petit à petit leurs vraies origines. Mme Benjamin, en vieille dame un peu grincheuse qui cache bien son jeu, est très attachante. De même pour Parson, vieil homme un peu solitaire mais qui se révèle un allié tenace.

Les antagonistes sont un peu plus difficiles à cerner. Ils sont en effet auréolés de mystère, ce qui les rend particulièrement menaçants. Cet aspect est renforcé par l’impression de gigantisme qu’est capable d’amener l’auteur. D’autant plus que le bestiaire est jouissif dans son horreur créative. Dommage cependant que d’autres antagonistes manquent un peu de subtilité, ce qui annule un peu certains effets angoissants. Sans compter que certaines révélations se révèlent trop prévisibles pour faire durer un climat véritablement angoissant outre mesure.

Quelques défauts de rythmes et des éléments attendus

En effet, les habitués du genre ne sauront être surpris de certains choix. En effet, le roman fait référence à d’autres œuvres préexistantes, ce qui donne des indices assez présents au fil du récit. Sans compter que certains personnages particulièrement bavards aiment à faire dans de l’exposition assez longue là où des suggestions, quelques indices bien disséminés, auraient été mieux reçus. Heureusement, l’aspect archétypal ne prend pas le pas sur le plaisir de lire : c’est globalement bien fait et assez fluide.

Le problème occasionne surtout un souci au niveau de la gestion du rythme. En effet, le récit était doté de longueurs qui m’ont donné l’impression que l’histoire n’avançait pas et que la pauvre Mona avait bien du mal à se dépêtrer de cette étrange énigme. Du moins, jusqu’à ce qu’arrive une série de révélations, souvent amenée par un personnage ci-dessus qui déballe de nombreux secrets. Le roman aurait sûrement gagner à perdre une centaine de pages pour garder un rythme plus haletant et accrocheur. J’ai bien failli arrêter au milieu alors même que je l’avais globalement apprécié.

American Elsewhere propose un récit efficace et immersif, à l’horreur atmosphérique

American Elsewhere est un roman qui parvient à créer un monde décalé et dérangeant de manière efficace. En commençant par petites touches pour gagner en intensité dans le bizarre, l’auteur démontre un grand talent pour distiller une atmosphère troublante, que ce soit à travers une écriture plus subtile qu’il n’y paraît ou à des idées narratives et de bestiaire créatives. Les personnages sont truculents et solidement construits, en particulier les mystérieuses sommités de Wink. Dommage cependant que certaines révélations soient un peu trop prévisibles, la faute à une écriture parfois trop transparente, et que le rythme piétine en milieu de récit.

Note : 16/20

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Catégories : Chroniques

8 commentaires

Zina · 20 août 2020 à 9 h 45 min

J’avais vraiment passé un bon moment avec ce roman.

    La Geekosophe · 21 août 2020 à 12 h 15 min

    C’est vraiment une bonne lecture

Anne-Laure - Chut Maman Lit · 21 août 2020 à 9 h 01 min

J’avais adoré mais je suis d’accord avec toi il y a parfois quelques problemes de rythme mais l’ambiance ! C’est magistralement fait.

    La Geekosophe · 21 août 2020 à 12 h 16 min

    Ah oui, l’ambiance est magistrale ! Les autres soucis sont minimes en effet 😉

Yuyine · 28 août 2020 à 14 h 55 min

Je te rejoins sur pas mal de point, notamment l’essoufflement du rythme au milieu de cette jolie brique. Mais tout comme toi j’avais passé un bon moment avec ce roman.

    La Geekosophe · 29 août 2020 à 14 h 14 min

    Fort sympathique récit, Foundryside me fait de l’oeil d’ailleurs

Brize · 28 août 2020 à 20 h 00 min

Je l’ai lu et il m’a déçue (pas eu le courage de le chroniquer et d’expliquer-justifier mon ressenti). Plus ça allait, plus Mona m’agaçait, avec ses réactions et son vocabulaire limités (l’impression qu’elle est incapable d’ouvrir la bouche sans proférer un “Fuck !” ou autre chose du même genre). Tout s’achemine vers une dimension à mon sens totalement grand-guignolesque, à laquelle je suis incapable de croire (pourtant, je m’y entends, d’habitude, côté suspension d’incrédulité), pour moi c’est du grand n’importe quoi (désolée pour le côté brut de décoffrage ^^), pas du tout un livre pour moi, donc.

    La Geekosophe · 29 août 2020 à 14 h 33 min

    Les avis bruts de décoffrage sont bien sûr les bienvenus C’est enrichissant d’avoir des avis divergents sur une même œuvre pour avoir une idée plus nette de ses défauts !

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