Gnomon est l’un des derniers envois d’Albin Michel Imaginaire ! Je remercie Gilles de sa confiance renouvelée. D’autant plus que le roman de Nick Harkaway est totalement dans ma ligne éditoriale : un technothriller dystopique et onirique à la délicate complexité.

Synopsis de Gnomon

Grande-Bretagne. Futur proche.
La monarchie constitutionnelle parlementaire qu’on croyait éternelle a laissé place au Système, un mode de démocratie directe où le citoyen est fortement incité à participer et voter. La population est surveillée en permanence par le Témoin : la somme de toutes les caméras de surveillance et de tout le suivi numérique que permettent les objets connectés.
Au cours d’un interrogatoire par lecture mentale, la dissidente Diana Hunter décède. Mielikki Neith, une inspectrice du Témoin, fidèle au Système, est chargée de l’enquête. Alors qu’elle devrait être en mesure d’explorer la psyché de Hunter, Mielikki se retrouve confrontée à trois mémoires différentes : celle d’un financier grec attaqué par un requin, celle d’une alchimiste et celle d’un vieux peintre éthiopien.
Pour Neith, dont les certitudes commencent à s’effriter, un incroyable voyage au coeur de la pensée humaine commence. Aussi déroutant que dangereux.

Un roman qui dévoile une grande profondeur

Il est difficile de s’y immerger mais ça en vaut la peine

Gnomon est déconcertant dans sa structure. S’il commence de manière très classique en apparence, dans un monde ultra technologique régulé par une intelligence artificielle appelée le Témoin où une mort mystérieuse a lieu lors d’un interrogatoire. Car dans ce futur proche, il n’y a pas de vie privée. Tout est visible par le Témoin, y compris vos souvenirs et les interrogatoires fouillent sans répit dans votre mémoire. Mais l’esprit de Diana Hunter semble abriter d’autres mémoires bien différentes de la sienne, d’un banquier obsédé par sa rencontre avec un squale en passant par un peintre doté d’une mission bien spécifique. On se demande vite où l’auteur veut en venir, car ces sauts dans différentes histoires créent une impression décousue.

Mais très vite quelques liens ténus se dévoilent. Même si l’univers de révèle à petites touches, il devient passionnant de trouver les liens entre différents passés et la façon dont ils affectent le présent de Mielikki, dans cette société qui a abandonné son libre-arbitre aux mains d’une entité toute puissante. Le récit fonctionne tout en symbolique onirique, ce qui donne une profondeur qui gagne en ampleur au fil du roman. Passé un temps d’adaptation, je n’ai pas pu lâcher le livre tant l’histoire état captivante et bien racontée.

Un récit érudit

J’ai beaucoup aimé la façon dont l’auteur joue avec les clichés. Gnomon prend pour personnage principal une enquêtrice qui ‘amuse des clichés des romans de détective à la dure. C’est une intéressante mise an abyme car le roman reprend des éléments du technothriller, qui mélange des codes du cyberpunk avec du roman noir. C’est le fait que le récit parvienne à prendre de la distance par rapport à lui-même de cette façon qui rend allège son côté érudit, qui aurait pu paraître pompeux s’il avait été moins maîtrisé. En effet, le roman regorge d’expressions méconnues, certains passages font preuve d’une langue ciselée. C’est d’autant plus remarquable que l’auteur varie beaucoup les styles d’une mémoire à l’autre.

Et c’est dans chaque mémoire qu’il met en avant de nombreux thèmes qui composent l’humanité. Finalement, l’accent n’est pas tant mis sur la technologie que le coeur de ce qui fait notre humanité, ce qui, pour ce roman, semble être les croyances et les arts. Le récit est également très philosophique, car il pose la question de la place de l’homme face à son libre-arbitre, la notion de destin, des signes qui surgissent sur la route ainsi que son rapport à la mort et la création. Vous l’aurez compris, c’est assez dense et ce n’est pas forcément un livre pour tout le monde.

Gnomon est une lecture atypique pour lecteurs aventureux

Gnomon se révèle rapidement une lecture exigeante, qui repose beaucoup sur des mécaniques oniriques et symboliques, comme une poupée russe dont on découvre sans cesse de nouveaux éléments. Le roman est érudit sans tomber dans la pédanterie, dévoilant un amour profond pour la philosophie et les questions métaphysiques, mais aussi des différences entre la réalité et l’imagination. L’univers appartient globalement au technothriller, mêlant habilement le cyberpunk aux codes du roman noir avec un peu de dystopie. On sent que l’auteur s’amuse des clichés des différents genres : la détective solitaire et dure à cuir, la société contrôlante, la technologie invasive et galopante… pour y mêler des éléments vraiment originaux et un style accrocheur qui rend l’histoire très immersive.

Note : 17/20

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Catégories : Chroniques

3 commentaires

Yuyine · 12 février 2021 à 15 h 08 min

L’érudition me bloque vraiment. J’ai peur de me sentir bête en lisant ce livre exigeant, un peu comme les Ada Palmer… du coup je passe.

    La Geekosophe · 13 février 2021 à 20 h 46 min

    Je l’ai personnellement trouvé plus plus abordable que Trop semblable à l’éclair (et moins pédant), mais en effet, c’est la même veine !

« Gnomon est une lecture atypique pour lecteurs aventureux. » - Albin Michel Imaginaire · 15 février 2021 à 8 h 30 min

[…] Gnomon de Nick Harakaway dans les filets de la Geekosophe. […]

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