L’heure a sonné. J’ai enfin lu le saint livre. Après des années de propagandes subies en ligne et IRL, j’avais craqué pour la couverture d’Aurélien Police dans l’édiction de Michel Laffont, un petit pavé de 570 pages (je m’attendais à plus). Au début d’année, j’ai sélectionné le premier tome pour l’ABC de l’imaginaire, mais aussi pour le pavé de l’été et le Summer Star Wars. En plus de cela, il s’est bien imbriqué dans le Challenge SFFF. Dune de Frank Herbert est sur le blog, j’espère que vous êtes prêts.

Synopsis de Dune

Voici l’épopée prodigieuse de Paul Atréides, connu comme prophète sous le nom de Paul Muad’Dib, seigneur d’Arrakis et empereur appelé à devenir le messie de Dune.
Avec le cycle de Dune, Frank Herbert a brossé une fresque immense, digne, par l’intensité dramatique et le foisonnement des personnages, des plus grands chefs-d’oeuvre du roman historique classique.
On y perçoit aussi le bruit et la fureur des drames shakespeariens. Mais cette fresque ne se situe pas dans le passé. Elle se déploie dans l’avenir. Un avenir où les hommes naviguent entre les étoiles et peuplent un milliard de mondes. Parmi ces mondes, Dune, planète désertique où l’eau est plus précieuse que l’or et pour laquelle se battent les deux grandes familles des Atréides et des Harkonnen.
Car Dune produit l’Épice, drogue miracle, source de longévité et de prescience.

Un roman tragique et fouillé

D’épices, de sable et de visions

Dune nous présente une planète aride et inhospitalière, Dune, Arrakis pour les populations locales. Une terre colonisée depuis des lustres car on y trouve une drogue capable d’alimenter le voyage dans l’espace, ainsi que de développer la prescience de ses utilisateurs. Source de richesses, mais aussi de malheurs. Nous y découvrons un monde âpre où la survie ne se fait que via des système complexes. L’eau est une ressource très rare. Elle est donc très présente dans les échanges et les expressions sur la planète, dont les habitants ne connaissent pas la notion de noyade. On parle d’eau du corps pour le sang. Pour mieux survivre, les habitants portent des distilles, des tenues intégrales, qui protègent de la chaleur et permettent de recycler l’eau de la transpiration. Car chaque goutte est plus précieuse que l’épice elle-même.

Le monde de Dune oscille constamment entre futurisme et univers féodal. Nous sommes des milliers d’années le futur. Des dialogues laissent entendre que les intelligences artificielles sont interdites suite à une guerre dramatique. Le voyage spatial est cependant possible, les humains augmentés existent. Ils se développent soit sous la forme de mentats, sur lesquels on a assez peu d’informations, et de Bene Gesserit. Les Bene Gesserit forment un ordre mystérieux, composées de femmes élevées de manière spécifiques et qui possèdent la Voix, un pouvoir de suggestion, sont capables de lire dans les gestes et tons de leurs interlocuteurs. Elles poursuivent un but mystérieux en formant des lignées eugéniques, choisissant avec soin les parents pour augmenter les capacités de la progéniture. On alterne souvent entre le mystique et le scientifique, ce qui rend cet univers très singulier.

Une histoire de destinées tragiques

Dune reprend un très grand nombre de codes des tragédies antiques, mais aussi de mythes et de croyances. Tout le récit baigne dans une forme de fatalité. Le lecteur a dans un premier temps une vision omnisciente, notamment car Irulan, la fille de l’Empereur, écrit à chaque début de chapitre, nous donnant un bref aperçu du futur. Elle agit comme les chœurs antiques à plusieurs. Au fil de l’histoire, certains personnages ont des visions du futur qui vont jusqu’à donner des indices sur ce qui arrivera dans les tomes qui suivent. C’est évidemment une mécanique scénaristique surannée qui ne plaira pas à tout le monde. Mais elle donne parfois toute sa dimension tragique à certains personnages, notamment celui de Leto, dont le destin apparaît inévitable très tôt dans le roman.

Dune emprunte à d’autres cultures que la Rome et la Grèce Antique. Beaucoup de terminologies rappellent l’Empire Ottoman et les peuples arabes. L’Empereur se fait appeler Padishah. Beaucoup d’éléments parmi les croyances Frémens font écho à l’Islam. En outre, Paul a un rôle quasiment judéo-chrétien, notamment dans cette notion d’élu. Mais Dune joue avec cet aspect, car l’origine de cette prophétie prend racine dans un travail propagandiste de longue haleine effectuée par les bene Gesserit, ce qui interroge une fois de plus sur le grand projet de cet ordre.

Une galerie de personnages marquants

Bien sûr, une grande partie du charme du roman découle de ses personnages. Frank Herbert propose des figures mémorables. Jessica représente très bien l’ordre des Bene Gesserits. Une femme qui analyse, guide et est dans le contrôle. Elle sait également se battre, ce qui n’est pas un luxe dans le désert de Dune. Paul est également un jeune garçon, il a 14 ans au début du roman, et doit grandir vite face aux épreuves qui l’attendent. Son éveil grâce aux épices produit un changement intéressant dans sa personnalité et sa perception du monde.

Un autre élément qui permet de bien comprendre les personnages est le choix narratif opéré par l’auteur. Nous sommes dans une narration omnisciente, ce qui est très inhabituel dans la littérature de l’imaginaire de nos jours. On connaît donc les pensées de plusieurs personnages, Dame Jessica, le baron Harkonnen, le duc Léto… Le lecteur connaît ainsi pour de morceaux du scénario, comme le peut Paul. Le roman nous fait comprendre que ce n’est pas tant la destinée qui compte mais la route qui y mène.

Dune est un classique, mais qui en doutait ?

Riche, ésotérique et distinctif, Dune nous entraîne dans un univers dépaysant. Même si l’histoire se concentre sur Arrakis, on sent la vastitude du monde créé à travers les inspirations. Dune contient des références multiples : tragédie antique, empires romain et ottoman, monde arabe… Mais Arrakis elle-même est un environnement fascinant ! Herbert met en place qui un monde qui obéit à ses propres règles, avec son propre vocabulaire et ses propres croyances. La planète met les personnages à rude épreuve, et ils sont appelés à grandir et à changer, parfois très vite. Et l’auteur, en choisissant un point de vue omniscient, nous met aux premières loges. Le roman dégage un charme suranné, parfois ésotérique, qui ne plaira cependant pas à tous les publics.

Note : 18/20

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Le roman est parfait pour le Summer Star Wars et le pavé de l’été.

Challenges été 2022
Catégories : Chroniques

5 commentaires

pages pluvieuses · 8 juillet 2022 à 10 h 59 min

Effectivement, un grand classique ! Que je n’ai toujours pas lu… Ton avis s’ajoute à tous ceux que je vois ressortir depuis le film : il s’agirait d’un classique bien loin des clichés lourds et fastidieux qu’il peut avoir… S’il est au contraire, comme tu le dis, plein de profondeur, de finesse et de subtilité, avec une narration particulière et prenante, il faudrait que je me laisse tenter prochainement !

    La Geekosophe · 9 juillet 2022 à 12 h 22 min

    J’ai mis beaucoup de temps à le lire haha ! On m’a dit que cette nouvelle traduction rendait l’œuvre plus accessible 🙂

Brize · 9 juillet 2022 à 12 h 19 min

Au moins, maintenant, tu peux dire, « ça, c’est fait ! » ! Et en plus, tu réussis ton Challenge Pavé de l’été (en version Pocket, que j’ai sous les yeux, il est plus impressionnant, le petit bestiau, puisqu’il fait 894 pages) !
Pour ma part, j’avais lu « Dune » quand j’avais une petite vingtaine d’années et je l’ai relu il y a peu (deux ans, je crois). Ce qui m’a frappée, c’est le côté « explicatif » des choses : on n’est pas dans le non dit ou les tenants et aboutissants difficiles à appréhender que l’on peut rencontrer dans certaines oeuvres du genre, non, là, tout est clairement exposé.

    La Geekosophe · 9 juillet 2022 à 12 h 22 min

    Je suis d’accord, je l’ai ressenti lorsque j’évoquais l’aspect très déstabilisant de la narration omnisciente, qui fait que les personnages sont beaucoup dans l’analyse et l’introspection !

L'ourse bibliophile · 20 juillet 2022 à 18 h 15 min

Je n’ai pas encore franchi le pas, mais c’est clairement un livre que j’ai envie de lire ! Et ta chronique me laisse penser qu’il me plaira vraiment !

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