De temps en temps, je suis prise d’une soudaine motivation pour sortir des romans qui traînent depuis des années au fond de ma bibliothèque. J’avais envie d’un thriller, je me suis donc emparée de Le cinquième jour de Maud Tabachnik, que j’avais beaucoup vu passer sur le booktube thriller pendant une période.

Synopsis de Le cinquième jour

New York est la plus fantastique des villes, mais elle abrite aussi quelques dingues, une foule de paranoïaques et des parents inconscients, capables de laisser partir leur petite fille avec un presque inconnu. C’est ce que pense l’inspecteur Stan Levine, père de famille lui-même, en recevant Howard Riley et sa mère, lesquels déplorent la disparition de leur sœur et fille Gloria, neuf ans. Stan Levine se demande s’il va devoir sacrifier son premier week-end en famille depuis que Christophe Colomb a découvert l’Amérique. Le flic de choc va plonger dans les bas-fonds new-yorkais pour traquer un autre père de famille, monstrueusement pervers celui-là. Le furieux défi entre les deux hommes passe par des moments insoutenables…

Le versan le plus sombre de l’humanité

Un duel risqué

Dans ce thriller, on ne cherche pas qui est l’assassin. On l’apprend rapidement. L’autrice nous invite à suivre la relation entre l’enquêteur, Stan Levine, et Edgar Nichols, père de famille a priori sans histoires mais qui cache de multiples penchants pour la violence, le sado-masochisme et des goûts culinaires… atypiques. Son point de vue permet d’explorer les aspects les plus dérangeants de l’inhumanité. Le roman n’est pas à recommander pour les âmes sensibles, car Nichols n’hésite pas à décrire avec une certaine précision les sévices qu’il s’inglige et qu’il inflige aux innocents qui croisent sa route. Malgré ses crimes, c’est un homme organisé et consciencieux qui parvient parfaitement à brouiller les pistes. Il s’attaque à des profils variés : enfants, jeunes adultes handicapés… et fait disapraître les corps efficacement. Il affiche de plus au monde banale et ennuyeuse d’archiviste, avec un physique parfaitement oubliable. Une sacrée épine dans le pieds de la police. Même pour le prodige de la police Stan Levine.

Dès lors, les deux hommes mènent une chasse qui touchera même leur vie privée. En effet, l’autrice met un point d’honneur à mettre en avant les familles des deux personnages, formant un parallèle bien pensé qui participe à construire leurs personnages. Les deux hommes ont des familles moyennes, trois enfants chacun et sont souvent absents pour mener leurs activités. La religion joue également un gros rôle dans leur quotidien, catholique pour Edgar, juive pour Stan. Les deux hommes sont comme les deux côtés d’une pièce, avec autant d’éléments qui les rendent similaires que de détails qui les opposent. Le livre construit bien cette opposition, puisqu’au fil des pages leurs vies « privées » sont de plus en plus touchées. Le roman montre la fragilité de ce qu’on construit, de comment nos métiers et nos passions honteuses peuvent détruire les familles, parfois au long cours, jusqu’au drame final.

Une dissection dérangeante des déviances les plus inhumaines

Si vous cherchez une lecture malsaine qui entre dans le détail, ce roman est pour vous ! La plume de l’autrice est très directe, presque documentaire, dans les parties du point de vue d’Edgar Nichols. Il faut dire que notre tueur est chargé de multiples déviances : cannibalisme, pédophilie, sado-masochisme, coprophilie… Il a également un rapport ambigu avec la religion grâce à une éducation catholique. Edgar est obsédé par le pardon, la vertu, avec une intérerprétation très personnelle des préceptes religieux. L’autrice construit un personnage complexe mais réussi, aussi repoussant que captivant dans sa manière de penser. La précision dans les descriptions des sévices, la plume très détaillée, portent le caractère consciencieux d’Edgar Nichols. Dans les passages du point de vue de Lévine, la plume est plus directe pour traduire la volonté de fer du policier, mais affiche aussi une mélancolie et une lassitude de voir l’horreur au quotidien.

Quand on lit beaucoup de thrillers, on perçoit tout de même quelques éléments scénaristiques qui sont déjà très utilisés. Il y a l’enlèvement avec un compte à rebours qui est déjà vu et revu. L’idée de faire un duel entre policier et criminel. Mais c’est vrai que c’est un roman qui date du début des années 2000, il n’y avait pas autant de type de ressort scénaristique. Il y a également quelques passages qui m’ont laissé perplexes. La femme de Stan Levine se lance également dans l’enquête et fait des progrès plus rapides que les collègues de son mari, ce que j’ai trouvé dangereux et peu crédible, d’autant plus que l’on parle de son mari comme d’un enquêteur prodige. C’est à se demander si ce n’est pas elle qui aurait dû faire parti de la police. Cependant, la fin est efficace et inattendue.

Le cinquième jour, un roman noir qui repousse les limites

Edgar Nichols est inspiré d’un serial killer ultra violent qui a réellement existé. Le roman n’est pas à mettre entre toutes les mains, mettant en scène de nombreuses déviances de manière crue et froide. Le point de vue du tueur est bien mis en scène, mélange de délire religieux, précision chirurgicale et actes ultra sanglants. Le style de Maud Tabachnik est précis, s’adaptant au caractère du point de vue du meurtrier comme à celui du policier le poursuivant. Si certaines ressorts sont classiques, elle construit un duel prenant entre deux personnages dont des éléments de vie se recoupent et s’opposent tout autant.

Le livre est disponible par ici. Toutes les chroniques sont par là.

Catégories : Chroniques

1 commentaire

tampopo24 · 22 juillet 2026 à 21 h 11 min

Assurément un très bon roman pour les fans de serial killer que je connais dans mon entourage. Je leur dirai. Il devraient frissonner à souhait. Merci !

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