Je voulais lire un peu de space opera et les multiples opérations All star font que j’en ai beaucoup en réserve sur ma liseuse. Je pense que j’ai dû oublier une bonne partie du contenu de ma bibliothèque numérique et faire un peu d’excavation n’est pas une mauvaise idée en vacances. J’ai dégoté le Magicien Quantique de Derek Künksen, premier tome d’une trilogie, mais comme j’aime les histoire de gros coup à monter façon Ocean’s Eleven, je l’ai donc lu.

Le roman entre dans le challenge Summer Star Wars du RSF blog.

Synopsis de Le magicien quantique

Belisarius Arjona est un homme quantique. Ses pairs ont été créés pour pousser les capacités cognitives de l’humain à un niveau extrême. En fugue quantique, Belisarius est capable de transformer la probabilité en réalité. Toujours sur le fil, de par sa nature-même, il a trouvé un équilibre précaire en tant qu’escroc. Et quand un client lui offre une immense richesse pour déplacer une flotte de vaisseaux de guerre à travers un trou de ver ennemi, Belisarius accepte la mission et se met en quête d’un équipage composé de post-humains comme lui, mais aussi d’une Intelligence Artificielle surpuissante répondant au doux nom de saint Mathieu. Réussiront-ils leur mission, au risque de déclencher une guerre interstellaire ?

Arnaque, physique quantique et civilisations étranges

Préparer un coup de maître, une affaire de professionnels

Quel que soit le genre, je trouve les histoires d’arnaques ambitieuses à monter toujours très divertissantes. L’histoire suit Bélisarius, un jeune homo quantus capable de se dépersonnaliser pour comprendre les possibilités de l’univers. Il a quitté le havre scientifique qui l’a créé pour opérer dans le grand monde comme escroc. Il accepte un contrat lucratif à haut risque. Un contrat qui nécessite de monter une mise en scène ambitieuse. Une première partie du roman raconte donc le recrutement à travers l’espace d’un groupe de génies hétéroclites. Cette partie du roman est un peu longue à démarrer, même si j’ai plutôt apprécié découvrir les personnalités plutôt originales qui acceptent de se lancer dans une mission qui a très peu de chances de réussir. J’ai notamment bien apprécié Marie, experte en explosive au caractère imprévisibles, Saint Mathieu, une IA surpuissante mais obsédée par l’évangilisation de la galaxie, ou Stills, espèce d’homme amphibie au langage ultra vulgaire et au franc parler légendaire. Cette compagnie permet de voir des dialogues savoureux.

Réunir un groupe de personnalités atypiques est certes classique, mais fonctionne ici très bien. Chaque protagoniste permet d’apporter une couche supplémentaire au contexte global. L’auteur construit également pour chacun d’eux des morceaux d’histoires qui permettent de comprendre leurs motivations. Là où le bât blesse vient plutôt de quelques parties scientifiques. Le roman se veut parfois hard SF sur certains points, et se retrouve deplus lié à la physique quantique. Autant dire une discipline que mêmes les psécialistes du domaine peinent à expliquer. J’ai trouvé ici l’impact et les capacités des homo quantus difficiles à appréhender et à modéliser. Disons que l’idée de base est intéressante, mais certains segments du plan de Belisarius deviennent vagues et cela peut faire perdre le fil, même à des lecteurs aguerris. De même pour les histoires liés aux trous de ver. Mais le dernier quart de récit est très prenante et accrocheuse, ce qui rattrappe certains aspects brouillons du récit.

Techno-spiritualité et quête de soi dans un univers ultra-technologique

Le roman s’avère complexe à d’autres niveaux, mais je l’ai trouvé fourmillant d’idées brillantes. Il développe des civilisations post-humaines issues de bio-ingéniérie. Chaque nouvelle race humaine a des spécifités qui jouent un rôle important dans l’histoire. L’auteur fait ainsi preuve de beaucoup de créativité dans la création de civilisations déterminées par leur ADN. Une grande partie de l’intrigue se passe parmi les fantoches, une sous-espèce créer pour vénérer des humains appelés les Numens. Ces derniers ont cependant sous-estimé le côté dévoyé de leur création, qui ont développé une admiration béate et obsessionnelle pour ces derniers. Ce concept donne naissance à des scènes violentes et déconcertantes tant l’adoration des fantoches se rapproche d’une folie extatique religieuse. La question du déterminisme de part notre ADN revient à plusieurs reprises tant ces civilisations vivent esclaves de leurs objectifs génétiques. La question qu’on se pose souvent, c’est celle l’évolution individuelle face aux contraintes de sa naissance et de son environnement. En tant qu’homo quantus raté, Bel passe beaucoup de temps à philosopher sur sa place dans cet univers.

J’ai beaucoup apprécié comment l’auteur développait des civilisations finalement assez uniques, mais aussi certaines idées amusantes. L’IA Saint Mathieu est également une bonne trouvaille. C’est une IA surpuissante mais inutile au Groupes bancaires qui l’ont créé car elle est persuadées d’être la réincarnation du Saint du même nom. Il s’attache ainsi à promouvoir son influence là où la chrétienté n’est plus perçue comme une religion forte. Saint Mathieu est presque l’élément raisonnable du groupe malgré sa folie identitaire. Il a même certaines scènes où il se balade sous la forme d’un humanoïde portant comme représentation le Saint Mathieu de Caravage. Tous ces éléments qui se rapportent à la culture et à la spiritualité sont très en phase avec les thèmes soujacents du roman : celui de trouver du sens dans un univers vaste. D’autres points sont un peu moins développés, comme celui de la Congrégation, la place des Banques, les origines des sous-espèces humaines mais c’est sûrement pour garder des éléments exploitables pour le reste de la trilogie.

Le magicien quantique : malgré quelques défauts, de la SF ambitieuse et créative

Le magicien quantique nous entraîne dans un futur dans lequel différentes forces se partagent les planètes : Congrégation interplanétaire toute puissante, banques guidées par l’argent, communauté d’humains génétiquement modifiés… Derek Künksen construit un univers riche qui se détache d’autres space opera par des éléments très bien pensés. Il crée des cultures et des sociétés déterminées en grande partie la génétique, posant régulièrement ses protagonistes à se demander le sens de leur existence par rapport à ce qu’ils ont été programmés pour être. Cela permet de voir des sociétés étranges et dévoyées comme celles des fantoches, génétiquement forcés à une adoration totale de leurs créateurs qu’ils gardent prisonniers. Le roman se révèle être avant tout la construction d’une arnaque à grande échelle, avec le trope de la consitution des équipes et des tests de différents plans, ce qui rend l’installation un peu longuette. D’autant plus que l’auteur fait en partie reposer son scénario sur des concepts de physique quantique ou d’astrophysique complexes qui rendent éléments du déroulement abscons. Cependant, les dialogues entre des personnages bien creusés et caractériels viennent apporter un sel supplémentaire à cette oeuvre prometteuse pour la suite de la carrière de cet auteur canadien.

Vous pouvez acheter le livre par ici. Toutes les chroniques par sont par là.

Catégories : Chroniques

0 commentaire

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.