Le roman annuel d’Ursula Le Guin est en ligne ! Planète d’exil fait partie du cycle de Hain, mais c’est aussi une oeuvre de jeunesse de l’autrice. C’est toujours instructif de découvrir les premiers romans des auteurs pour apprécier leur évolution. Cependant, celui-ci fait, pour moi, partie des oeuvres les plus dispensables de l’autrice.
Le roman entre dans le challenge Summer Star Wars du RSF blog

Synopsis de Planète d’exil
Sur Gamma Draconis III, un groupe de colons se retrouve isolé à la suite d’un assaut de l’Ennemi inconnu contre la Ligue de tous les mondes.
Ils attendent des secours des étoiles. En vain pendant six siècles. Et sur cette planète d’exil, ils poursuivent tant bien que mal leur tâche : faire progresser la civilisation des Hilfes, qui en six cents ans n’a pu apprendre l’usage de la roue.
Mais ce monde semble se rebeller contre les sorciers venus des étoiles, les Hors venus.
La paix est-elle encore possible entre les descendants de plus en plus rares des Autreterriens venus des étoiles et les indigènes ?
Première lecture très moyenne pour un Le Guin
Des tensions entre colons et populations locales
Attention, même si je termine ma lecture déçue, le roman n’est pas entièrement mauvais. Ursula Le Guin développe l’idée que des envoyés de la ligue de tous les mondes se sont retrouvés sur la planète Gamma Draconis. En effet, l’une de leurs règles stipulent qu’ils n’ont pas le droit de développer une technologie largement supérieure aux populations autochtones. Les locaux n’ont cependant, malgré leur proche humanité, jamais même inventé la roue. Et ils sont restés hermétiques aux influences de ceux qu’ils appelles les « hors-venus », auxquels ils vouent une méfiance teintée de haine tenance à travers les siècles. Ils les considèrent comme des sorciers fourbes et non-humains, ce qui teintent les relations entre les deux peuples de contacts difficiles. C’est d’autant plus palpable lorsqu’une menace plane sur les différents clans et que les descendants des membres de la ligue tentent de les prévenir et de les faire agir.
Mais la Ligue est-elle irréprochable dans ce domaine ? Loin de là. On découvre au fil des contacts et des échanges que les Hors-Venus sont tout aussi méprisants. Le manque d’évolution des Hilfes (la population locale) les a isolé du reste de l’univers et contraint à une vie qu’ils considèrent comme préhistorique. Bien qu’ils tentent de concerver une neutralité scientifique, on sent une forme de rancoeur qui se modélise de manière concrète auprès de Rolerie, qui finira par vivre dans leur Cité de Landin. Le roman aborde donc la question de la diplomatie entre deux peoples qui ont des philosophies, des évolutions et des façons de vivre complètement différentes qui les ont maintenu éloignées pendant des siècles. Il faudra attendre une guerre commune pour créer un rapprochement entre les peuples et qu’ils se trouvent quelques points communs.
Un roman qui manque d’aboutissement
Ce que j’ai trouvé dommage, c’est que malgré ces thèmes prometteurs, j’ai eu l’impression qu’aucun élément n’était réellement creusé. C’est un texte qui a été écrit assez tôt dans la carrière science-fictionnelle d’Ursula Le Guin, il est contemporain de Le monde de Rocannon. On retrouve cette même ambiance qui danse à la fois sur de la SF et de la fantasy, mais ici l’équilibre est encore plus étrange qu’avec Rocannon. On sent qu’elle commence à développer un aspect plus anthroplogique en détaillant les différences entre les peuples endogènes et les hors-venus. Mais le roman étant assez court, la réflexion est assez peu poussée. Son analyse gagne en force et en impact quand elle parvient à creuser des thématiques culturelles fortes comme elle le fera plus tard, comme l’organisation politique, le genre ou la religion. Le fait que les enjeux ne soient pas d’un grand intérêt n’aide pas vraiment à accrocher à la lecture : les personnages ne sont pas sympathiques, peu caractérisés et ne sont pas poussés par de grandes motivations.
Certains événements se passent même très rapidement, comme le mariage de Rolerie qui a lieu trois jours après sa rencontre avec l’homme en question. Il y a assez peu d’explications qui mènent à ce dénouement, d’autant plus qu’il y a un gros écart en termes d’intérêts, d’âge et de niveau de réflexion avec Agat, le hors venu qu’elle épouse. C’était sûrement un moyen acceptable de l’arracher à sa tribu d’origine pour éviter les violences. Mais il ya quelque chose de très vague dans la façon dont se déroulent les événements qui font que je n’ai pas été passionnée plus que cela. J’ai trouvé que les parties qui avaient lieu pendant le conflit armé étaient plus intéressants, car il y a plus d’échanges entre autochtones et colons. La fin du roman contient des dialogues qui proposent des réflexions culturelles plus poussées, mais la première partie se révèle assez statique et met du temps à démarrer. Ce qui est un comble pour une histoire aussi courte.
Planète d’exil : un roman aux idées prometteuses mais qui manque d’aboutissement
Planète d’exil laisse l’impression d’une œuvre de transition, où l’on devine déjà la grande autrice qu’Ursula Le Guin allait devenir sans qu’elle en atteigne encore la maturité. Les thèmes qui feront sa force plus tard sont là, en germe : la rencontre entre deux peuples que tout sépare, la difficulté de la diplomatie, le regard anthropologique porté sur des cultures étrangères l’une à l’autre. Mais faute d’un développement suffisant et de personnages capables de nous attacher, ces promesses restent en grande partie inexploitées. On referme le livre avec le sentiment d’avoir entrevu une belle idée sans jamais la voir pleinement éclore. Reste qu’il peut intéresser les lecteurs curieux de suivre l’évolution d’une autrice majeure de la science-fiction, à condition de ne pas en attendre l’ampleur de ses œuvres ultérieures.
Note : 13/20
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