Il était temps de me lancer dans la suite de la saga de Dune ! Le messie de Dune prend place plus de dix ans après les événements du premier. J’ai tenté d’éviter un maximum les spoilers mais il est possible que je dévoile quelques thématiques en cours de route.
La lecture entre dans le challenge du Summer star wars du RSF blog

Synopsis du premier tome de Dune
Il n’y a pas, dans tout l’Empire, de planète plus inhospitalière que Dune. Partout des sables à perte de vue. Une seule richesse : l’épice de longue vie, née du désert, et que tout l’univers convoite.
Quand Leto Atréides reçoit Dune en fief, il flaire le piège. Il aura besoin des guerriers Fremen qui, réfugiés au fond du désert, se sont adaptés à une vie très dure en préservant leur liberté, leurs coutumes et leur foi. Ils rêvent du prophète qui proclamera la guerre sainte et changera le cours de l’Histoire.
Cependant les Révérendes Mères du Bene Gesserit poursuivent leur programme millénaire de sélection génétique : elles veulent créer un homme qui réunira tous les dons latents de l’espèce. Le Messie des Fremen est-il déjà né dans l’Empire ?
Un tome sur les conséquences d’une Guerre Sainte et dévastatrice
Un approfondissement des thématiques chères à l’auteur
Ce deuxième tome ressemble fort à un tome de transition, avec les qualités et les défauts qui y sont associés. Il faut dire qu’Herbert frappait fort avec un premier tome entre planet opera ésotérique, rivalités politiques interplanétaires et roman d’apprentissage. La suite est donc plus contemplative et se concentre sur les conséquences de l’arrivée de Paul au pouvoir, à un niveau personnel comme plus global. Le tome interroge sur les effets du pouvoir absolu, que ce soit politique, religieux ou biologique. La lignée des Atréides réunit les trois, ce qui en fait les parfaits sujets d’analyse. Nous avons en conséquence de nombreux dialogues et des monologues intérieurs pour pousser la réflexion sur ces thématiques chères à Frank Herbert. On y aborde ainsi la solitude du pouvoir, les conséquences sur les êtres chers, le fanatisme religieux. Il faut donc être préparés à lire un tome qui n’est pas tant sur l’action que sur la réflexion philosophique.
Le tome permet cependant d’introduire (ou de réintroduire) des personnages qui viennent étoffer l’univers de Dune. On a notamment une extension de la question du clonage et de la modification génétique, la biologie étant une thématique récurrente de l’univers. Ici, cela permet de poser la question de l’identité : qu’est-ce qui fait que nous sommes ? La somme de nos expériences ? La chair dans laquelle nous sommes nés et avons grandi ? L’importance de nos objectifs ou ce pour quoi nous avons été conçus ? C’est aussi un moyen pour l’auteur de renforcer ses interrogations sur le déterminisme, puisque le don de prescience et les plans des clans comme les Bene Gesserit continuent de jouer un rôle prépondérant. Même si c’est moins présent, on a tout de même des ennemis de Paul Muab’dib qui tentent de s’organiser pour mettre à mal sa position puissante.
Vers la science fantasy philosophie
Frank Herbert déconstruit ici la figure du héros. Paul est certes un être avec des pouvoir immenses, il reste profondément humain dans ses doutes, son attachement à Chani… Il remet en question le fait qu’il soit la figure de proue de la religion créée en son nom, de l’idolâtrie qui a mené à un Jihad sanglant. Il doit faire face à de nouvelles menaces qui s’attaquent à ses craintes personnelles les plus profondes. Le danger peut venir des personnes qui lui sont les plus proches, comme sa soeur Alia, qui naît en fin du premier tome, éveillée dans le ventre même de sa mère. Ces éléments viennent apporter du dynamisme dans une histoire qui aurait pu autrement être très conceptuelle et purement réflexive sur l’influence du pouvoir et l’extrémisme religieux. Ce tome a ainsi quelques passages avec de l’action, mais il y a finalement assez peu d’évolutions au niveau l’échiquier interplanétaire.
Mais tout est une question de dosage et de goût personnel. Beaucoup de lecteurs pourront être surpris de la place grandissante donnée à l’ésotérisme. Certains passages et éléments du récit nous rapprochent encore plus de la science-fantasy. Paul comme Alia ont des capacités exceptionnelles grâce à l’épice. Une partie du scénario découle des visions de chacuns d’entre eux, qui tentent de comprendre ce qu’ils voient, notamment ce que les prochains mois leur réservent. La fin est hautement symbolique et apporte àl’histoire de Paul Muab’Dib un moyen de renforcer sa légende. C’est aussi un aboutissement logique aux réflexions qu’il avait entamées dans ce tome.
Le messie de Dune approfondit les thématiques abordées dans la saga
En définitive, ce deuxième tome assume pleinement son statut de récit de transition, troquant le souffle épique du premier opus contre une plongée introspective dans les tourments du pouvoir et les dérives du fanatisme. Herbert y déconstruit méthodiquement le mythe du héros qu’il avait lui-même érigé, offrant un Paul Muad’Dib plus humain que jamais, prisonnier de sa propre légende et de ses visions. Si les amateurs d’action et de manœuvres politiques trépidantes pourront regretter un rythme plus lent et une intrigue resserrée, ceux qui recherchent une véritable réflexion philosophique sur l’identité, le déterminisme et la solitude des puissants y trouveront amplement matière à penser. Un tome exigeant, donc, dont l’ésotérisme grandissant et la conclusion hautement symbolique confirment que la saga Dune n’a rien perdu de son ambition. À réserver aux lecteurs prêts à se laisser porter davantage par les idées que par l’épopée.
Note : 16/20
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