Eh bien ! Voilà une lecture qui reste en mémoire. “Des milliards de tapis de cheveux” d’Andreas Eschbach, publié aux éditions l’Atalante, est le premier roman de l’auteur. Une prouesse étonnante au vue de la grande maîtrise de cette œuvre atypique.

Synopsis de Des milliards de tapis de cheveux

Nœud après nœud, jour après jour, toute une vie durant, ses mains répétaient les mêmes gestes, nouant et renouant sans cesse les fins cheveux, comme son père et le père de son père l’avaient fait avant lui… N’est-ce pas étrange qu’un monde entier s’adonne ainsi au tissage de tapis de cheveux ? L’objet en est, dit-on, d’orner le Palais des Étoiles, la demeure de l’Empereur. Mais qu’en est-il de l’Empereur lui-même ? N’entend-on pas qu’il aurait abdiqué ? Qu’il serait mort, abattu par des rebelles ? Comment cela serait-il possible ? Le soleil brillerait-il sans lui ? Les étoiles brilleraient-elles encore au firmament ? L’Empereur, les rebelles, des milliards de tapis de cheveux ; il est long le chemin qui mène à la vérité, de la cité de Yahannochia au Palais des Étoiles, et jusqu’au Palais des Larmes sur un monde oublié…

Une science-fiction humaniste et dense

Un roman audacieux et précis

J’ai d’abord eu du mal à comprendre où souhaitait nous mener l’auteur. Le roman s’ouvre sur des scènes de la vie quotidienne, sur une planète lointaine où toute l’organisation sociale et économique repose sur la conception de tapis de cheveux par des Tisseurs. Une oeuvre qui demande un travail si fin que toute une vie est nécessaire pour la terminer. Les tapis sont destinés à orner le Palais de l’Empereur. Nous suivons donc différentes personnes dont la vie s’organise autour de cette activité, sans qu’il y est forcément d’autres fils rouges.

Ne vous méprenez pas. Découvrir les traditions liées aux tapis de cheveux n’est pas désagréable, loin de là, mais le début est assez loin des aventures intersidérales auxquelles je m’attendais. Il s’agit plus de petites histoires avec un lien ténu les unes avec les autres, comme une suite de courtes nouvelles, ce qui est déstabilisant compte tenu des échos du roman que j’ai eus.

Un roman choral bien construit

Mais au fil des histoires, l’ensemble prend de la consistance. Comme si, en tissant, on avait commencé par un fil du récit pour en trouver d’autres. Rebelles. Aventuriers. Autres planètes. la totalité du Canva se dévoile pour dessiner un motif plus complexe qu’il n’y paraît autour d’une question épineuse : quelle est l’utilité de ces tapis ? Comment se fait-il que ce soit une activité aussi saugrenue qui ait été demandée par l’Empereur.

A travers la diversité des points de vue, il m’a semblé que le livre nous parlait avant tout de l’effet de la Grande Histoire sur les vies des personnes simples, mais aussi le contraire. Plus précisément, sur la façon dont les traditions se créent se forment se perpétuent alors même que leur origine est perdue ou cachée. Autant dire que la roman pousse beaucoup à s’interroger sur la place des rituels au sein des groupes sociaux, et par extension sur la façon de s’y conformer ou non. C’est aussi une réflexion qui nous invite à repenser à la façon dont l’histoire est écrite et interprétée, tout comme l’héritage et la mémoire.

Une minutie qui propose des réflexions sociologiques et politiques poussées

J’y ai trouvé une science-fiction qui était plus centrée que l’aspect sociologique voire anthropologique. En effet, les tapis de cheveux sont une activité structurante qui pose les fondements de la société. La structure familiale en découle : les Tisseurs ont plusieurs femmes ainsi que des filles dont ils utilisent les cheveux pour leur ouvrage (on a donc une société inégalitaire). Un Tisseur n’a en revanche le droit qu’à un seul garçon, si deux mâles venaient à naître, l’un des deux doit mourir. Un monde cruel et déterministe. Les tapis de cheveux sont de plus destinés à l’Empereur, qui est l’épicentre de la société, un fonctionnement totalitaire et policier du culte de la personnalité se dessine en effet le long de l’histoire.

L’écriture est directe et très agréable. L’univers alterne entre monde médiéval difficile et parties plus spatiales, et l’ensemble offrait une belle immersion. On a l’impression parfois de lire un conte “Dans une galaxie fort lointaine”, avec ses propres codes et ses propres légendes. Je ne sais pas si l’auteur a écrit des textes se situant dans le même univers, mais il offre de belle perspectives, à la façon du cycle de l’Ekumen d’Ursula Le Guin ou des contacteurs de Christian Léourier.

Des milliards de tapis de cheveux est un roman de science-fiction atypique et marquant

Si vous souhaitez une SF humaniste et sensible, Des milliards de tapis de cheveux est le genre de texte qui vous plaira. Ne vous arrêtez pas aux premières pages, le récit prend une belle tournure et propose des réflexions très belles sur la mémoire et les sens des traditions au sein d’un peuple. Souvent doux-amer, certaines parties sont très touchantes, car l’écriture simple permet de s’immerger totalement dans l’histoire.

Note : 17/20

Vous pouvez acheter le livre par ici. Toutes les chroniques sont par là.

Catégories : Chroniques

6 commentaires

Zina · 1 février 2020 à 8 h 13 min

J’avais a-do-ré !!

    La Geekosophe · 2 février 2020 à 12 h 44 min

    Ouiiii ! Il faut que le livre soit plus connu 😉

Yuyine · 11 février 2020 à 13 h 36 min

Oalalala j’ai terriblement envie de le lire! Merci de me le remettre en mémoire! Je le note cette fois :p

    La Geekosophe · 14 février 2020 à 23 h 37 min

    Fonce ! Il est top 🙂

Des milliards de tapis de cheveux – Fourbis & Têtologie · 30 janvier 2020 à 12 h 36 min

[…] La Geekosophe […]

Des milliards de tapis de cheveux de Andreas Eschbach – Au pays des Cave Trolls · 27 août 2020 à 8 h 22 min

[…] avis: Dionysos, Le dragon galactique , Le post-it, Le chien critique , Lorhkan , La geekosophe, Touchez mon […]

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d blogueurs aiment cette page :