Merci à Albin Michel Imaginaire pour l’envoi ! J’avoue avoir été séduite par la beauté de la couverture de La nuit du Faune alors même que je ne connaissais rien du résumé. Mais j’avais bien aimé le précédent roman de l’auteur, Latium, une œuvre de space opera ambitieuse et monumentale. Les échos sur le roman qui nous intéresse aujourd’hui sont éloquents : on me promet une lecture pour le moins ardue. Alors, qu’en ai-je pensé ?

Le roman est également fort interstellaire, ce qui en fait un bon choix pour le fabuleux Summer Star Wars.

Synopsis de La nuit du faune

Au sommet d’une montagne vit une petite fille nommée Astrée, avec pour seule compagnie de vieilles machines silencieuses. Un après-midi, elle est dérangée par l’apparition inopinée d’un faune, en quête de gloire et de savoir. Mais sous son apparence d’enfant, Astrée est en réalité une très ancienne créature, dernière représentante d’un peuple disparu, aux pouvoirs considérables.

Le faune veut appréhender le destin qui attend sa race primitive. Astrée, pour sa part, est consumée d’un mortel ennui, face à un cosmos que sa science a privé de toute profondeur et de toute poésie.

A la nuit tombée, tous deux entreprennent un voyage intersidéral, du système solaire jusqu’au trou noir central de la Voie Lactée, et plus loin encore, à la rencontre de civilisations et de formes de vies inimaginables.

Un roman au souffle immense

Une volonté de créer un univers titanesque

La nuit du Faune est un roman très ambitieux qui s’inscrit dans la tradition des fables philosophiques. Romain Lucazeau choisit la science-fiction afin de nous proposer un voyage à travers les étoiles et les planètes. Polemas, un Faune issu d’une race très jeune, rencontre Astrée, une créature ancienne et puissante sous la forme d’une petite fille. Pour répondre à la curiosité de son visiteur, Astrée s’élance dans le ciel presqu’infini à la rencontre d’Êtres et de civilisations difficiles à appréhender pour l’esprit humain. L’objectif du voyage est de montrer au naïf Polémas à quel point le savoir est une consolation illusoire dans un univers aussi vaste. Mais Astrée espère également que cette odyssée ranimera en elle la flamme, elle qui est consumée par l’ennui d’une vie dans laquelle elle n’a plus rien à apprendre.

La nuit du Faune offre au lecteur des visions gigantesques qui dépassent l’entendement. L’écriture de Romain Lucazeau, poétique mais précise, permet de donner naissance à cet univers sans limite. La plume donne naissance à des créatures extraordinaires dont la puissance dépasse ce qu’on pourrait imaginer. Il y a des robots géants qui se mènent une guerre absurde depuis des siècles, un être ancien qui réduit en esclavage des biologiques inférieurs, un autre qui a créé un univers modélisable à l’infini pour distraire ceux qui n’ont plus rien dans un espace de création sans limites… Le récit est original, d’autant plus qu’il est traversé de description scientifiques sur la création et de le développement du monde qui forcent à l’humilité. Le portrait que fait Romain Lucazeau des phénomènes physiques a quelque chose de quasi divin.

Des références multiples et très présentes

Je l’ai écrit en intro, mais le récit se place rapidement dans l’optique de rédiger une fable philosophique, sans l’aspect moralisant (est-ce alors plutôt une forme de parabole ?). On en retrouve les éléments : des protagonistes archétypaux qui effectuent un voyage dans le but d’appréhender le monde qui les entoure, l’un élève l’autre professeur. Je n’ai peut-être pas réussi à identifier toutes les références de l’auteur, mais j’en ai repéré de nombreuses qui donnent au récit une grande richesse de lecture. Dans un premier temps, l’ensemble s’inscrit plutôt dans une vision nihiliste pessimiste du monde, notamment à travers les questionnements de Polémas et le détail de l’évolution des civilisations. En effet, Astrée révèle que les développements des civilisations mènent souvent à la destruction ou à une forme d’évolution qui passe par la dénaturation, entre par là que les êtres biologiques finissent par devenir des machines suite aux évolutions progressives.

Ces machines ont un côté “SurHomme” de Nietzsche, car ils laissent souvent entendre leur supériorité, ils se présentent comme l’apothéose de la puissance biologique, l’aboutissement de l’existence. Plus tard dans le roman, une question intéressante est amenée sur l’art et la création lorsque nos compagnons découvrent un Être ayant créé une sorte d’espace de jeu de création infinie pour des entités qui s’ennuient (ce qui m’a rappelé une sorte de Minecraft géant). Si l’optique réjouit Astrée, ses compagnons lui rappellent que c’est virtuel, non réel. Astrée, être d’une grande puissance et qui a tout vu, est prête à s’enfermer de nouveau dans la Caverne de Platon pour oublier l’inanité de sa propre existence. La réflexion montre que finalement, ceux qui ont réussi à dépasser les apparences dans le vrai monde sont prêts à faire machine arrière, à entrer de nouveau dans un monde d’illusions pour garder une étincelle d’intérêt à leur existence. Il y a de nombreux autres éléments à surligner mais ce sont ceux qui me reviennent le plus aisément.

La nuit du faune offre un voyage philosophique et réflexif dense

La philosophie est ici mise au service d’une science-fiction qui dévoile tout son potentiel pour mettre en scène et mettre l’emphase sur les problématiques méta-physiques humaines. A travers une odyssée spatiale monumentale, Astrée et le Faune se lancent en quête de réponses (ou de frissons) : qu’est-ce que la connaissance a de si terrible pour un individu ? Quel est le destin des êtres biologiques ? Les références de l’auteur sont multiples, Nietzschéenne, mettent en scène la petitesse de l’existence, sa grande absurdité, mais aussi le gigantisme à peine imaginable de l’univers et des Êtres lointains qui la peuplent. L’auteur fait appel à des connaissances pointues en matière de sciences, astronomie et astrophysique, mais parvient à vulgariser les concepts sans pour autant rendre le voyage simpliste. Ce fut donc une belle lecture, avec un véritable “Sense of wonder”, mais parfois difficile à digérer lorsqu’on n’a pas toutes les références.

Note : 17/20

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Catégories : Chroniques

3 commentaires

Parlons fiction · 15 septembre 2021 à 21 h 25 min

Ce livre me tentait déjà lors de l’annonce de sa publication, mais depuis que je ne vois que des avis très positifs sur celui-ci, je suis d’autant plus curieuse !

    La Geekosophe · 25 septembre 2021 à 18 h 42 min

    Il est très ambitieux ! Mais j’ai vu que certains n’avaient pas apprécié les réflexions existentielles qui ponctuent une bonne partie du roman 😉

La Nuit du faune, Romain Lucazeau – Le nocher des livres · 26 septembre 2021 à 8 h 32 min

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