Kalpa Impérial d’Angélica Gorodischer m’a toujours intéressé. C’est un livre d’une autrice argentine peu connue en France, mais qui est très célèbre dans son pays d’origine et aux Etats-Unis. Elle a par ailleurs été traduite par la Grande Dame de la SF Ursula Le Guin. J’avais hâte de découvrir ce livre qui réunit de courtes histoires sur un Empire.
Synopsis de Kalpa Impérial
Il était une fois l’Empire le plus vaste qui ait jamais existé.
Plonger dans l’histoire de Kalpa Imperial, c’est croiser le chemin d’un prince morose, d’un géant sentimental et d’un voleur moins fourbe qu’il n’y paraît. C’est aussi arpenter un monde où la roue tourne sans cesse, où les mendiants se hissent jusqu’au trône, où les démocrates sombrent sous le joug de la dictature. Comme une danse incessante, l’Empire existe, cesse d’exister, renaît, et ne manquera pas de retomber pour ressusciter de nouveau.
Fables dans les complexes arcanes du pouvoir
Un texte aussi vaste qu’intemporel
Audacieux, c’est le premier mot qui vient à l’esprit quand je referme ce livre. Angélica Gorodischer livre une série de courtes histoires, un fix-up, sur les grands passages de l’histoire d’un empire infini. Les conteurs content de multiples générations d’hommes et de femmes qui se succèdent. Des guerres qui embrasent le pays. Des moments de paix. Les rebellions. Les villes qui poussent, se vident et se repeuplent. L’autrice batit un univers très vivant, brûlant presque. Il y a de nombreux noms de souverains, tous ridiculement longs et pompeux, oubliables. Car ce n’est pas tant l’histoire de ces hommes qu’elle raconte, mais celle de l’Empire, du temps long, de la réalité qui se mêle à la légende. Car chaque texte est rapporté par un conteur, ce qui met en exergue le rapport entre la réalité et la fiction. L’Empire et ses Empereurs existent à travers un roman national commun. Mais qui retranscrit une forme d’aproximation via la tradition orale. Nous sommes l’auditoire d’un homme sage qui raconte onze histoires.
Car ces nouvelles peuvent assez rapidement nous faire tomber dans la confusion. Sommes-nous dans un passé lointain ? Ou, comme le laisse supposer l’une des nouvelles, dans le futur ? En réalité, cela n’a pas vraiment d’importance. Car l’Empire infini est dans l’intemporel, c’est ce qui le rend aussi insaisissable. On y retrouve quelque chose des milles et une nuit, mais d’autres lecteurs penseront à la Chine. C’est volontairement laissé à interprétation absolue. Dans la première histoire, nous suivons la renaissance de l’Empire grâce à un enfant désobéissant. Dans d’autres nouvelles, nous pouvons suivre l’implacable ascension d’une impératrice. Dans une autre, nous suivons une caravane marchande traversant l’empire. Une que j’ai particulièrement appréciée conte l’histoire des villes avec une grande poésie.
Une plume exigeante mais qui emporte le lecteur
L’un des aspects les plus marquants de ce recueil est son style. Il ne plaira pas à tout le monde. La plume est très dense : il y a beaucoup d’accumulations, de figures d’emphases, ce qui rend la lecture parfois laborieuse. Quand j’étais un peu fatiguée, je sentais les mots glisser sur moi sans laisser aucune empreinte. Mais certains passages sont vraiment magnifiques. C’est une lecture qui plaira aux amateurs de styles très travaillés, bien ornementés et qui aiment installer des ambiances uniques. Ainsi, l’autrice construit un univers onirique grâce à cette écriture unique au rythme souvent envoûtant. Pour éviter le trop plein, je devais lire une histoire à la fois. C’est plutôt un bon choix pour bien s’imprégner du rythme et des mots.
Comme beaucoup d’autres récits, toutes les nouvelles ne se valent pas. Si certaines m’ont marqué, il y en a d’autres dont je me souviens à peine. Les plus mémorables, ce sont aussi celles qui mettent en avant des personnages uniques et des lieux marquants. Gorodischer met en avant une galerie de personnages variées : Princes, marchands, prostitués… et les rend admirablement vivants grâce à sa prose précise. Elle a un don pour partager les émotions humaines, et les textes nous font passer de la soif de pouvoir à la mélancolie du passé, du désir de vengeance à la volonté de trouver la paix, avec quelques formules bien choisies. De même pour décrire les ambiances, les villes et les lieux. La plume nous emporte dans cet univers distinct, imprécis mais universel, à travers le temps et les lieux.
Kalpa impérial : un ensemble de textes uniques et dépaysants
Kalpa impérial est un fix-up de onze histoire qui content les événements de la longue existence d’un empire infini. A travers des personnages variés, Angelica Gorodischer nous entraîne dans un univers intemporel, sans repères géographiques non plus. Princes, voleurs et médecins font et défont les destins, posant la question de l’idée d’un Empire survivant à travers des dynasties interchangeables. Le style est complexe, riche, sophistiqué, et ne plaira pas à tous les lecteurs. Il nécessite une certains concentration, notamment dans les passages les plus descriptifs qui ne manquent pas d’accumulations. Cependant, cette plume permet également de s’immerger dans l’ambiance unique de ces textes.
Note : 16/20
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