Première incursion dans l’oeuvre de James Tiptree Junior, alias Alice Sheldon de son vrai nom ! C’est avec un texte court que m’initie à cette autrice : Houston, Houston, me recevez-vous ? Je trouve que c’est un bon moyen de découvrir une nouvelle plume : les textes courts sont exigeants mais permettent beaucoup de créativité.
Le texte entre dans le chellenge Summer Star Wars du RSF blog.

Synopsis d’Houston, Houston
A bord du Sunbird ils sont trois : le major Norman Davis et le docteur Orren Lorimer, sous la houlette du capitaine Bernhard Geirr. Des hommes, des vrais, l’élite de la Nasa lancée dans une mission à ce jour inédite : effectuer le tour complet de notre étoile. Mais après une tempête solaire d’une rare intensité, l’équipage a la désagréable surprise de constater que personne ne réagit à ses appels de détresse… Houston ne répond plus. Jusqu’au moment où le Sunbird capte enfin un message. Un autre astronef, le Gloria, orbite dans les parages et semble à même de secourir les trois astronautes. Or, ce que Lorimer, Davis et Geirr ignorent, c’est que les vrais ennuis sont sur le point de commencer. Des ennuis dont ils sont bien loin de mesurer la portée, tant leur monde s’apprête à basculer vers… autre chose.
Loin dans l’espace
Je rêvais d’un autre monde
Nous suivons un groupe de trois astronautes en mission. L’autrice a construit pour chacun des personnalités archétypales mais qui représentent bien son message : un viriliste dominateur, un bigot obsédé par la religion, et notre narrateur, un scientifique timide et peu sûr de lui. Leur voyage tourne au vinaigre quand ils s’aperçoivent qu’ils ne sont plus là où ils pensaient être. Ni quand. Leurs messages finissent par être capté par un autre vaisseau, le Gloria, qui se trouve dans les parages. Or, cette mission est principalement portée par des femmes. Totalement improbable pour leur époque et leur milieu très masculin. Comment expliquer cette étrangeté ? Qu’est-ce qui leur est réellement arrivé ? Leur mission mène à une situation mystérieuse mais avec des conséquences puissantes sur la perception du monde des protagonistes.
Il va être compliquer de parler de ce court et surprenant roman sans spoiler ! Comme le protagoniste, le lecteur est plongé dans une énigme. Qui sont les femmes de la mission ? D’où viennent-elles sur terre ? Les questions trouvent leurs réponses petit à petit à travers le texte. Lorimer, le docteur, parvient à en déduire certaines grâce à son incroyable sens de l’observation : ils font face à un monde de femmes. Dès lors, le texte porte un message brutal sur le masculinisme et l’acceptation de la différence. Nos trois astronautes doivent faire face à un monde qui fait fi de leurs croyances de la supériorité de l’homme sur la femme. Cette découverte pousse le bigot et le mascu dans leurs retranchements dans cette rencontre remet en question leurs paradigmes bien ancrés. A partir de là, ce texte court nous invite à des réflexions profondes sur la binarité et les rôles sociaux. On sent que le texte a été longuement réfléchi et les clés de lecture sont nombreuses, y compris dans le domaine de la science et du progrès.
Un texte cru et direct
C’est ma première rencontre avec la plume d’Alice Sheldon/James Tiptree Jr, et je comprends à la fois pourquoi elle a réussi à se faire passer pour un homme. L’écriture est brute, elle prête peu à l’introspection à part à quelques moments particuliers. Mais comment parvenir à tromper son monde quand l’écriture crue met en valeur un message aussi féministe ? L’autrice ne met pas de gants. Elle décrit les événements demanière clinique. Il y a notamment un passage choquant dont le style hypnotique m’a maintenu dans la captivation malgré le dégoût palpable que les événements m’inspiraient. Il faut avoir beaucoup de talent pour parvenir à créer une telle fascination avec une écriture qui, il faut être honnête, n’est pas toujours très agréable malgré son efficacité.
Ce ne sera donc pas naturellement un texte qui plaira à tout le monde. C’est le cas avec ce style qui n’est pas complexe mais qui refuse de contenter le lecteur. Au-delà de l’écriture, l’autrice ne cherche pas non plus à dorloter le lecteur. Houston, Houston présente une escalade vers la violence qui peut déstabiliser les âmes sensibles. La violence sexuelle est bien sûr présente. Il y a aussi de très nombreuses remarques misogynes et dégradantes de la part d’un des personnages masculins. Pour un texte des années 70, le propos n’a cependant pas vieilli : c’est un texte qui reste très pertinent aujours’hui, mais aussi un modèle de texte court et dense.
Houston, Houston… montre une grande maîtrise
Court mais riche, ce texte se montre captivant avec une forme qui soutient un fond réflexif. Houston, Houston met trois hommes issus d’une société viriliste a un monde profondément transformé, et féminin. Dans le monde exigü des vaisseaux, la tension monte doucement entre les représentants de deux sociétés différentes, jusqu’à l’escalade de la violence. L’autrice étend même les thématiques jusqu’aux questions du progrès, de ce qui considéré comme éthique ou non à travers le temps… L’écriture est volontairement rêche, la mysogénie et le mépris très présents, ce qui rend le texte parfois difficile à lire. Ce n’est pas une oeuvre qui plaira à tout le monde tant l’autrice ne cherche pas à conforter le lecteur. En revanche, elle maintient l’attention grâce à un sens aigü du rythme et une gradation maîtrisée dans les découvertes du personnage principal.
Note : 17/20
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