Nettle and Bone de T. Kingfisher faisait partie de ma liste de recommandations pour l’année 2026 ! Il est vrai que je n’aurais pas été aller chercher de moi-même. Mais la promesse d’un conte de fée aux nuances sombres me semblait attractive. Qu’en ai-je pensé ?
Synopsis de Nettle and Bone
La jeune et timide Marra, dernière fille d’un souverain au royaume convoité, assiste impuissante aux mariages de ses deux soeurs avec le prince Vorling. Car, après la mort mystérieuse de l’aînée, la cadette a dû la remplacer pour tenter de donner enfin un héritier au triste sire.
Quand Marra découvre l’ampleur de la cruauté de Vorling, elle ne peut demeurer simple spectatrice plus longtemps : si elle veut sauver sa sœur et empêcher le sort funeste qui l’attend elle aussi, alors la princesse doit tuer le prince. Pour mener à bien son plan, il lui faudra recruter des alliés hauts en couleur : une sorcière capable de parler aux morts et sa poule possédée par un démon, un honorable chevalier en disgrâce et une fée marraine particulièrement douée pour les malédictions.
Un délicieux conte macabre et féministe
La nonne contre le Prince
Marra se retrouve avec une quête remarquablement complexe : sauver sa soeur d’un homme violent et puissant. Protégé par une vieille marraine, il semble difficilement accessible. D’autant plus que la jeune femme a été envoyée au couvent à ses 15 ans pour l’éloigner des dangers de la cour. Dès le début, le récit met en scène une inégalité forte qui rappelle les inégalités de genre dans la réalité. Le récit parle de manière très ouverte de violences conjugales. Marra cherche une solution en faisant appel à une femme caractérielle capable de parler aux morts. Pour la convaincre, elle doit réaliser des tâches impossibles qui font appel à ses capacités pour la broderie. Elle utilise les armes qu’elle peut, mais ses connaissances en la matière se révèlent plus qu’utiles au cours de l’histoire, montrant qu’il est possible de s’en sortir même si nos talents semblent bien peu héroïques.
Marra réunit un groupe pour l’aider, mais un groupe assez atypique. Kingfisher aide sa nonne avec les laisser-pour-comptes : les vieilles femmes qui hantent les cimétières, les marraines à première vue pas très douées, les chevaliers plus dignes que loyaux… Le tout pour les lancer dans une mission désespérée et quasiment impossible. Vous l’aurez compris, nous sommes dans une sorte de conte de fées, mais avec un ton assez sombre. Le début du roman nous embarque immédiatement dans une atmosphère où la magie se fait avec les os et le sang, dans lequel les négociations se calculent en années de vie. J’ai cependant trouvé que le roman perdait son identité macabre au fil de la lecture, même si certains éléments restent sombres. La jeune Marra par exemple se montre souvent plutôt naïve, ce qui la fait détonner dans cet univers sans merci. Mais comme elle a passé une grande partie de sa vie dans un couvent, cela ne m’a pas empêché de l’appécier
Une histoire d’ironie et de faux-semblants
Les personnages sont attachants et bien écrits. Leurs intéractions ne sont jamais dénuées d’humour ni de piques bienvenues. J’ai notamment beaucoup apprécié la marraine et la dame-poussière. Ce sont deux femmes plus âgées qui guident notre héroïne et se retrouvent au premier plan à plusieurs reprises. C’est assez rare de voir des représentations de femmes plus âgées faire usage de leur expérience et leurs pouvoirs. Bon point également pour les animaux, qui sont originaux Nous avons la poule habitée par un démon ou Chien d’Os, un chien fantomatique en os. Dommage que la poule ne soit pas plus exploitée, cette idée est vraiment géniale. Les antagonistes sont finalement assez peu présents. On les connaît plus par leur réputation, cela permet de faire de belles révélations sur la réalité de leur condition, notamment sur la puissante marraine de la famille de Vorling.
La plume de l’autrice se teinte souvent d’une ironie soit tendre, soit mordante. Les dialogues sont de bonne qualité, avec des répliques souvent hilarantes de la part de Dame Poussière ou des situations franchement saugrenues. Attention, le récit reste globalement très sombre mais ces touches d’humour sont bienvenues : elles apportent de la légèreté et le décalage nécessaire pour nous attacher à notre groupe de héros malgré eux. Le rythme est plutôt bien tenu, même si j’y ai trouvé quelques moments de flottement durant quelques étapes du parcours. C’est un défaut que je note souvent quand le roman décrit avant tout des pérégrinations d’un lieu à un autre. Il y a toujours un moment où les protagonistes ne savent pas trop quoi faire et je me ronge les freins.
Nettle and bone, un conte sombre avec des touches de modernité
Nettle and bone nous plonge rapidement dans l’ambiance. Le roman projette une atmosphère sombre, peuplée de créatures étranges, de magie d’os et de sang et de personnages peu recommandables. Nous suivons une jeune Princesse devenue nonne, tentant d’arracher sa soeur à un mariage violent. Mais comment atteindre un Prince quand on est l’ancienne Princesse d’un tout petit Royaume ? C’est l’histoire d’un groupe de personnages atypiques (deux vieilles femmes et un chevalier déshonoré) qui montre qu’on peut accomplir l’impossible quand on utilise ses talents, aussi ingras qu’ils semblent, à bon escient. Le livre porte des messages sensibles liés à la violence conjugale et met en scène des femmes âgées qui tirent puissance de leur expérience. Le récit est bien rythmé, malgré quelques coups de mou, mais la plume mordante aux bons moments donne du sel à la lecture.
Note : 17/20
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1 commentaire
Jean-Yves · 6 juin 2026 à 13 h 14 min
J’ai trouvé ça sympa. Le gros bémol est pour moi qu’in fine, l’héroïne se fait voler la vedette par tous les personnages secondaires