Ce roman était depuis quelques année dans ma Pile à Lire ! Toujours dans ma recherche de romans proposant des visions féministes de la société, Saison de Gloire de David Brin a attiré mon attention. En lisant le résumé de ce planet opera pas forcément très connu à côté du cycle de l’Elevation, l’oeuvre phare de l’auteur.
Cette lecture entre dans le challenge du Summer Star Wars du RSF blog.

Synopsis de Saison de Gloire
Sur une planète où l’essentiel de la population est constitué de clones, Maïa est une var, une humaine conçue naturellement. En raison de leur naissance, Maïa et sa soeur jumelle Leie doivent quitter leur ville natale et leurs demi-soeurs privilégiées pour sillonner les routes maritimes et trouver leur propre place. Mais au cours d’un périple où elle doit affronter la faim et l’emprisonnement, la solitude et les batailles, Maïa rencontre un autre voyageur venu de loin, dont la seule existence menace le monde parfaitement réglé de Stratos…
Clonage, guerres des clans et visiteur lointain
Une expérience sociale ambitieuse
Ce qui frappe immédiatement avec ce roman de David Brin, c’est le parti pris biologique qui sert de moule à toute l’organisation sociale et économique de la planète. Un groupe de féministes décident de créer une société pastorale idéale sur une planète isolée nommée Stratos. Biologistes géniales, elles modifient le système de reproduction des humains. Les femmes ont certes besoin d’un homme pour enclencher une grossesse, mais sur une partie de l’année, elles sont capables de donner naissances à des clones d’elles-mêmes. En été, les grossesses donnent des naissances classiques, à savoir des hommes ou des vars (de variants), à savoir des femmes qui ne sont pas des clones. De facto, la société est stratifiée de cette manière : des grandes familles de clones spécialisées dans un domaine particulier, les hommes qui ont leurs guildes propres et des occupations réservées, et les jeunes filles var qui quittent leur clan à l’âge adulte pour trouver leur place dans le vaste monde. J’ai trouvé le texte fascinant à lire pour cette capacité à construire une variation biologique significative et scientifiquement justifiée, et d’imaginer quel type de société il peut en émerger.
L’auteur donne des détails sur le fonctionnement particulier de ce mode de reproduction, qui existe dans la nature chez certaines espèces. Par exemple, les vars existent car il y a parfois besoin d’éléments alétoires dans la génétique pour assurer la survie de l’espèce. Les hommes étant nécessaires pour lancer la reproduction, ils sont également nécessaires dans la société, bien que leur matériel génétique ne soit pas indispensable. Cependant, ils ont également été modifiés pour leurs désirs sexuels suivent un calendrier qui sert la volonté des doyennes de Stratos. Ils ont également dans leur génétique une aversion pour la violence envers les femmes. La place qui leur est accordée dépend des clans et est au centre de nombreux conflits. De manière générale, ils sont victimes de nombreux préjugés, le premier étant l’impossibilité de planifier au-delà de leur courte existence. Les perkinistes (sûrement appelées d’après Charlotte Perkins Gilman) est une alliance de matriarches qui veulent réduire leur place au maximum là où d’autres clans leur accorde une place égale dans l’éducation des enfants. Ces deux visions sont considérées comme des extrêmes. Mais nombreuses sont les vars à tenter également de chambouler l’ordre des grandes familles de clones pour se faire une place au soleil.
Des personnages pris dans un contexte de changement
Maïa et Leïe sont des jumelles var issues des Lamaïs, une grande famille de clones. Nous suivons leurs pérégrinations suite à leur départ de leur clan originel, Lamatia. Le parti pris de suivre une jeune femme var qui part à l’assaut du vaste monde permet à l’auteur de distiller de nombreuses informations sur son univers son étouffer les lecteurs sous l’information. Ainsi, nous allons découvrir avec Maïa les guildes maritimes en majorité réservées aux hommes, quelques clans matriarcaux, des clones et des vars avec des velléités de changer le fonctionnement millénaire de Stratos… C’est un bon équilibre entre aventures, actions et éléments plus contextuels. La Grande Histoire rejoint la petite de Maïa. Le récit est efficace, avec pas mal de péripéties pour garder notre intérêt vif. Un peu trop peut-être, dans le sens où notre impétueuse var a tendance à se faire capturer de manière répétitive, ce qui a fini par me donner l’impression qu’elle subissait son destin au lieu de mener sa barque.
L’écriture est fluide et dynamique, ce qui permet de ne pas se perdre quand l’auteur détaille certains points de l’intrigue. Il y a, par exemple, de nombreuses parties sur des énigmes ou un jeu à cases complexe appelé le jeu de la Vie. La plume vive donne aussi du mouvement aux passages avec de l’action. Il y a pas mal d’occasions pour la bagarre dans cet univers, car il y a de nombreux pirates ou des clans habitués à des affaires douteuses. Les personnages sont plutôt bien campés, même s’ils manquent parfois un peu de relief à mon goût. Maïa est un peu un archétype de jeune aventurière naïve cherchant son identité. J’ai pltôt apprécié le personnage de Renna, un homme venu de l’espace, envoyé pour reprendre contact avec des pans dispersés d’humanité. Son rôle m’a rappelé celui des envoyés de l’Ekumen d’Ursula Le Guin, à savoir des explorateurs neutres découvrant de nouveaux modes de vie sur des planètes isolées. L’histoire, par ailleurs, est parsemé de noms choisis en hommage à des autrices de SF, ce qui se salue. cependant, les messages féministes peuvent sembler faibles et à peine frôlés
Saison de Gloire : un planet opera recherché et dense dans le fond comme la forme
J’ai été surprise par ce roman ! L’auteur construit une société matriarcale qui repose sur un principe d’autoclonage, mais ayant toujours besoin des hommes. Le monde de Stratos est régi par de grandes familles de femmes identiques réparties en clans, avec des hommes et des femmes var en périphérie. Voir cette structure sociale se déployer au fil des aventures de Maïa est impressionnant et montre une grande profondeur dans la création de cette planète. David Brin allie très bien les descriptions de ce mode de vie avec des passages plus axés aventure ou action. De ce côté-là, certaines mésaventures de Maïa peuvent sembler un peu répétitives mais cela ne gêne pas la lecture. L’écriture est fluide, elle permet de garder l’attention du lecteur, même dans les moments de description de notions complexes.
Note : 17/20
Vous pouvez acheter le livre par ici. Toutes les chroniques sont par là.
0 commentaire