Quelle galère pour offrir des livres à des lecteurs ! Mais voici le premier volet des coups de cœur de l’année avec les livres mémorables pour trouver des pépites. Une liste qui vous donne à boire et à manger : entre fantasy, science-fiction, contemporain, humour et drames…

La piste des cendres d’Emmanuel Chastellière

1896, Nouveau-Coronado.
Fils illégitime d’un influent propriétaire terrien, Azel fuit son destin, balloté entre des origines qu’il renie et une famille qui ne l’accepte pas. Il a préféré rejoindre les montagnes, où il se contente de conduire du bétail et de jouer les chasseurs de primes.
Pourtant, loin des hauts plateaux, la menace d’une guerre se profile dans la péninsule : le Nord, véritable grenier à blé, estime être exploité par le Sud, plus industriel, et qui dispose du seul accès à l’océan grâce au port de Carthagène.
Lorsqu’Azel accepte à contrecœur d’accompagner un cortège d’indigènes décidés à quitter leurs anciennes terres – accomplissant ainsi ce qu’ils appellent le Grand Exil –, le jeune homme est loin d’imaginer qu’il va lui-même prendre part à la guerre civile. La guerre… et tout ce qu’elle risque fort de réveiller.

Le roman distille un univers original qui contribue à déployer son imagerie violente et bien développée, dans la poursuite du premier tome (qui peut se lire indépendamment). Les personnages sont une grande force du roman, ils sont tous marquants à leur façon, avec des personnalités affirmées. Enfin, l’histoire est surprenante, menée tambour battant et avec de nombreux rebondissements, avec l’aspect nouveau monde très bien construit et fascinant.

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Chroniques du pays des Mères d’Elisabeth Vonarburg

Sur une Terre dévastée, les hommes sont devenus rares, un virus déséquilibrant les naissances. Le Pays des Mères a toutefois pu s’établir en ayant recours à l’insémination artificielle. La jeune Lisbeï se pense promise au titre de “Mère” , jusqu’au jour où elle apprend sa stérilité. Loin de chez elle, devenue “exploratrice” , elle accomplira l’un de ses rêves les plus chers : découvrir les secrets du lointain passé du Pays des Mères. Chroniques du Pays des Mères propose une réflexion douce, intime et profonde sur ce que pourrait être un monde blessé, entretenu et réparé par les femmes. Son écriture, son style comme ses thématiques entrent tout particulièrement en résonance avec les questions contemporaines.

Voilà de la science-fiction qui vaut le détour ! Ce beau pavé se pare d’une richesse que je n’attendais pas en tournant les pages : si le silence de la cité portait sur la biologie et la génétique, ici l’autrice se penche sur le langage, la mémoire et autres éléments structurants de la culture. Résolument féminin, riche et ardu, avec des personnages complexes et bardés de nuances, il en perdra certains tant le sentiment qui en sort est singulier et impalpable. Mais les amateurs de SF qui dépayse seront rassasiés.

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La mort ou la gloire de Nicholas Eames

Clay Cooper et ses hommes étaient jadis les meilleurs des meilleurs, la bande de mercenaires la plus crainte et la plus renommée de ce côté-ci des Terres du Wyld – de véritables stars adulées de leurs fans. Pourtant leurs jours de gloire sont loin. Les redoutables guerriers se sont perdus de vue. Ils ont vieilli, se sont épaissis et ont abusé de la bouteille – pas forcément dans cet ordre, d’ailleurs.

Mais un jour, un ancien compagnon se présente à la porte de Clay et le supplie de l’aider à sauver sa fille, prisonnière d’une cité assiégée par une horde de monstres sanguinaires. Même si cela revient à se lancer dans une mission que seuls les plus braves et les plus inconscients seraient capables d’accepter.

Le temps est venu de reformer le groupe… et de repartir en tournée.

Léger mais avec des éléments dramatiques, La mort ou la gloire met en scène des personnages burlesques malmenés par la vie, mais avec un côté incroyablement humain qui les rend attachants. L’écriture est directe et drôle, et les péripéties s’enchaînent dans un monde bardé de références. Plus qu’une simple parodie, le livre est un petit univers à lui seul. J’attends de lire le deuxième tome pour avoir des personnages féminins plus développés, faille du roman qui m’a fait tiqué.

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L’apprentissage du guerrier de Loïs McMaster Bujold

Les épreuves physiques de l’examen d’entrée à l’académie militaire, pour un nabot aux os fragiles comme du verre, c’est une gageure : en sautant d’un mur, Miles Vorkosigan se casse les deux jambes et voit s’effondrer ses espoirs de servir l’empereur de Barrayar
Aussi quand la belle Elena, fille de l’affreux Bothari, émet le souhait de retrouver sa mère, Miles organise-t-il le voyage. Il achète un vaisseau, engage un pilote puis se fait passer pour le chef des mercenaires Dendarii… Ceux-ci n’existent pas ? Aucune importance ! Ils ne tarderont pas à devenir bien réels. Oui, mais il va falloir les payer. Or Miles n’a pas le sou… Mais à défaut d’argent, il a du génie à revendre

Je ne m’attendais pas du tout à ça en ouvrant ce livre ! Il y a de l’aventure, des batailles spatiales et des personnages attachants et fouillés. Miles a l’originalité d’être hors normes, ce qui le rend bien plus crédible que d’autres héros sans tâches. Il compense sa petite taille grâce à une intelligence subtile et une langue acérée. Le roman suit ses aventures à un bon rythme, je ne me suis pas ennuyée une seule page ! L’univers est en plus très sympa, avec son côté militaire souvent brutal et empêtré dans des conflits répétés.

Plaguers de Jeanne-A Débats

La Terre est épuisée écologiquement, les animaux se sont éteints et l’air est à peine respirable. Dans ce monde à l’agonie, les adolescents sont victimes d’une mutation qui les rend capables de créer ex-nihilo toutes sortes de créatures, voire de commander aux éléments.

On les appelle des Plaguers.

Quentin est l’un d’eux. Sous ses pieds jaillissent des sources, et celle qu’il aime, Illya, fait fleurir les orchidées là où elle passe. Ils sont tous deux conduits à la Réserve, une communauté étrange où les Plaguers subissent une transformation plus étrange encore.

Or, sans qu’ils le sachent, la survie du monde est liée à celle des parias qu’ils sont devenus au sein de l’humanité…

Plaguers est une lecture post-apo plus que réussie à mes yeux. Son univers plutôt innovant et original permet de développer une galerie de personnages variés mais auxquels on s’identifie volontiers. Si le livre se concentre sur le relationnel, c’est pour mieux nous rappeler ce qui nous relie et fait de nous des humains, et donc pour transmettre un message universel et écologique.

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Beignets de tomates vertes de Fannie Flagg

Au sud de l’Amérique profonde, en Alabama, un café au bord d’une voie ferrée… Ninny, quatre-vingt-six ans, se souvient et raconte à Evelyn les histoires incroyables de Whistle Stop. Et Evelyn qui vit très mal l’approche de la cinquantaine et sa condition de femme rangée, découvre un autre monde. Grâce à l’adorable vieille dame, elle peut enfin se révéler, s’affirmer… Une chronique nostalgique et tendre, généreuse et colorée, pleine de saveur et d’humour. Un baume au coeur, chaud et sucré.

Léger, frais mais bien équilibré, Beignets de tomates vertes est séduisant. Son message simple mais essentiel passe crème à travers des personnages variés, qui vivent drames et bonheurs sans se départir de leur gouaille et de ce qui fait leur identité. Le récit est dynamique et bien maîtrisé, abordant avec justesse des thèmes parfois durs comme le racisme ou la différence. Un joli livre pour se remonter le moral l’été !

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Terreur de Dan Simmons

Le 19 mai 1845, le HMS Erebus et le HMS Terror quittent l’Angleterre sous les vivats de la foule. Avec ces navires, le vénérable sir John Franklin entend enfin percer le mythique passage du Nord-Ouest. Mais à l’enthousiasme succèdent bientôt la désillusion, puis le drame… Mal préparée, équipée et dirigée, l’expédition se retrouve prisonnière des glaces et de la nuit polaire. La mort frappe. La maladie se répand. La faim, la mutinerie et la folie couvent. Et rôde une mystérieuse et terrifiante créature, incarnation des peurs ancestrales de l’homme face aux éléments.

Le 19 mai 1845, cent vingt-neuf hommes partaient pour un voyage au bout de l’enfer blanc. Combien en reviendront vivants ?

Loin d’être un roman d’horreur traditionnel malgré quelques passages gores, l’aspect horrifique naît surtout des descriptions très cliniques et factuelles. Plusieurs aspects participent à construire une ambiance où règne un malaise important : violence crue, conditions difficiles, mort qui peut surgir à n’importe quel instant, maladies terribles. Le froid, la faim et le désespoir prennent une dimension d’un réalisme aussi glacial que la neige de l’Arctique. Mêlant survivalisme et fantastique, Terreur oscille entre le sublime et l’horrible avec une aisance déconcertante.

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Normal People de Sally Rooney

Connell et Marianne grandissent dans la même petite ville de l’ouest de l’Irlande, mais les similitudes s’arrêtent là. À l’école, Connell est populaire et apprécié, tandis que Marianne est une solitaire. Mais lorsqu’ils entament une conversation – gênante mais électrisante – quelque chose de bouleversant commence.

Étant donné son caractère très contemporain et sa mise en scène des relations compliquées entre de jeunes gens, certains y verront sans doute un roman vide et superficiel. J’ai trouvé qu’au contraire Sally Rooney arrivait à retranscrire la fausse nonchalance d’une génération qui lutte face à l’incertitude et contre des angoisses puissantes. L’histoire est portée par une écriture simple, hésitante et pudique, qui dévoile qu’à demi-mots la réalité des choses et s’adresse directement à nos intuitions. La capacité à s’attacher aux personnages dépendra donc beaucoup du vécu personnel du lecteur, mais ils ont le mérite d’être très crédibles dans leur construction. L’écrivaine a réussi à mettre en mots les sentiments d’une génération complexe. Il n’est pas encore traduit en français mais je pense que ça ne saurait tarder !

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Beloved de Toni Morrison

À Bluestone Road, près de Cincinnatti, vers 1870, les meubles volent, la lumière allume au sol des flaques de sang, des gâteaux sortent du four marqués de l’empreinte d’une petite main de bébé. Dix-huit ans après son acte de violence et d’amour maternel, Sethe, l’ancienne esclave, et les siens, sont encore marqués par le souvenir de la petite fille de deux ans qu’elle a égorgée. Jusqu’au jour où une inconnue, Beloved, arrivée mystérieusement au 124, donne enfin à cette mère hors-la-loi la possibilité d’exorciser son passé.

Beloved fait partie de ses romans qui marquent mais dont il est difficile de dire qu’on l’a aimé. Ses thèmes difficiles, sa dureté dans les descriptions, sa narration complexe comme son écriture élégante en font une œuvre indispensable. La portée tragique du roman, à travers son aspect familial tout comme comme son aspect global, est parfaitement maîtrisée et nous offre un drame sombre et gothique qui touche aux tourments les plus profonds de l’âme humaine. C’est un livre sur le poids de la mémoire, et de la façon dont le passé vient hanter le présent, comme s’il ne disparaissait pas totalement.

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Quelles lectures retenez-vous pour cette année 2020 ?

Catégories : Littérature

2 commentaires

Emmanuel · 22 décembre 2020 à 16 h 34 min

Merci !

    La Geekosophe · 26 décembre 2020 à 10 h 43 min

    Un plaisir 😉

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