Non, vous ne rêvez pas ! J’ai lu de nombreux romans durant mai. La raison en est très simple : j’ai passé pas mal de weekends à droite à gauche, ce qui m’a offert de longs moments de quiétude à bord de trains. Mes lectures tournent beaucoup autour du Challenge de Les mots Magiques, On ne peut plus rien lire.

Re:Start de Katia Lanero Zamora

Re:Start de Katia Lanero Zamora

Comme quarante pour cent de la population mondiale, vous êtes en surpoids ? Vous ne vous reconnaissez plus dans le miroir ou vous n’osez même plus vous y regarder ? La nourriture vous contrôle ?
Rejoignez dès maintenant Re:Start. Disciplinez-vous et dites adieu aux mauvais comportements. Car vous êtes une déesse et votre corps est un temple.
Il y a celles qui se donnent des excuses et celles qui se donnent une chance…
Et vous, que choisissez-vous ?
Mona a intégré le prestigieux village Re:Start, une communauté entièrement dédiée à la beauté des femmes. Ses habitantes, les Lumineuses, sont prêtes à embrasser leur féminité et à saisir l’opportunité de devenir des déesses grâce au programme sportif et aux gélules minceur préconisés par leur modèle et mentor, Geneviève.
Mona a gravi les échelons, elle est désormais Semeuse. Tout semble parfait dans ce paradis des corps et de la féminité… jusqu’au jour où sa meilleure amie perd le contrôle.
Y aurait-il une faille dans ce programme de rêve ?

Re:Start nous plonge dans une dérive sectaire entre capitalisme et beauté. Le Programme dirige la vie des femmes dans le moindre détail : l’existence ne devient que sport, comptage de calories, produits de beauté divers… L’autrice raconte très bien cette obsession sombre qui ronge des milliers de femmes et pollue la moindre pensée. Le body horror intervient en touches légères mais avec de l’impact. Le récit se rapproche donc plus du thriller horrifique et science-fictionnel que de l’horreur pure et dure, ce qui le rend facilement accessible pour des personnes qui veulent se lancer dans le genre. La plume est efficace et ne perd pas le temps, ce qui rend parfois l’écriture un peu mécanique, ce qui ne conviendra pas à tout le monde.

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Les abysses de Rivers Solomon

Les abysses de Rivers Solomon

Lors du commerce triangulaire des esclaves, quand une femme tombait enceinte sur un vaisseau négrier, elle était jetée à la mer. Mais en fait, toutes ces femmes ne mouraient pas. Certaines ont survécu, se sont transformées en sirènes et ont oublié cette histoire traumatique. Un jour, l’une d’entre elles, Yetu, va le leur rappeler, dans ce roman d’émancipation, magique et réflexif, sur la condition noire et sur l’impossibilité d’une justice, en l’absence de vérité.

Rivers Solomon nous construit un court roman avec des idées fortes : alle aborde la question de la mémoire à travers l’histoire d’une espèce soumarine qui refuse de se souvenir de son passé traumatique. Nous voyons le monde à travers les yeux de l’historienne, dépositaire de toute cette connaissance du passé, Yetu. Supportant mal cette lourde responsabilité, c’est un personnage touchant par sa vulnérabilité et sa volonté de montrer aux wajinrus la difficulté de sa tâche. Cette fragilité la rend aussi passive, ce rend certaines parties de l’histoire assez peu palpitantes. En effet, j’ai trouvé que la seconde partie de l’histoire aurait gagné en densité avec plus de péripéties.

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Le triomphe des ténèbres de Giacometti et Ravenne

Le triomphe des ténèbres de Giacometti et Ravenne

1938. Dans une Europe au bord de l’abîme, une organisation nazie, l’Ahnenerbe, pille des lieux sacrés à travers le monde. Elle cherche des trésors aux pouvoirs obscurs destinés à établir le règne millénaire du Troisième Reich. Son maître, Himmler, envoie des SS fouiller un sanctuaire tibétain dans une vallée oubliée de l’Himalaya. Il se rend lui-même en Espagne, dans un monastère, pour trouver un tableau énigmatique. De quelle puissance ancienne les nazis croient-ils détenir la clé ? À Londres, Churchill découvre que la guerre contre l’Allemagne sera aussi celle, spirituelle, de la lumière contre les ténèbres.

Le triomphe des ténèbres suprend par sa densité et sa précision. Toute sa qualité réside dans la passion des deux plumes qui lui ont donné naissance. Giacometti et Ravenne nous propose une revisite des obsessons ésotériques du IIIe Reich à travers une chasse aux trésors censés accorder au régime Hitlérien l’invincibilité. Difficile pour des esprits rationnels de les prendre au sérieux, mais la ferveur donne une forde de persuasion qui force à l’action. A partir de là, de nombreux personnages, fictifs comme historiques, gravitent autour de ces légendes allant du Tibet jusqu’aux châteaux cathares du sud de la France en passant par l’Espagne révolutionnaire. Le récit nous propose également des énigmes à la Indiana Jones tout en apportant un éclairage sur la passion obsessionnelle du régime nazie pour l’occulte, que ce soit l’astrologie ou les légendes millénaires.

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Widowland de C.J. Carey

Londres, 1953. Depuis la fin de la guerre et l’écrasante victoire allemande, le Royaume-Uni est un Protectorat administré par l’Allemagne nazie. Les femmes y sont dorénavant réparties en classes qui régulent strictement leurs droits. Heureusement pour elle, Rose Ransom fait partie de l’élite. Et, privilège s’il en est, ont la charge de réécrire la littérature. Jane Austen, Charlotte Brontë ou les frères Grimm n’ont pas de secrets pour elle et, bientôt, leurs héroïnes deviendront pour les lectrices de parfaits modèles aryens. Seulement, alors que l’arrivée à Londres du Leader est imminente, des phrases censurées réapparaissent sur les murs de la ville.
Et c’est Rose que l’on envoie enquêter en plein coeur des Widowlands, ces banlieues délabrées où l’on confine les femmes insoumises ou rebuts de la société. Pourtant, Rose s’interroge : à quel point ces femmes sont-elles différentes d’elle ?

Widowland propose une uchronie dystopique : le Royaume-Uni a capitulé face à l’Allemagne nazie, qui remodèle la société anglo-saxonne selon son idéal aryen. Le contexte idéologique et historique est bien retranscrit, notamment dans l’installation d’une panaoïa étouffante qui monte en pression ou l’apparition de figures réelles du pays. Les premières victimes ? Les femmes, contraintes d’être classées en catégories selon leur proximité avec l’idéal physique et philosophique du Parti Nazi. Le fait que nous suivions une femme considérée comme l’apothéose de la féminité selon ces critères, une Geli, crée une sensation d’ambigüité. L’évolution de Rose vers une conscience plus accrue de sa condition grâce à la littérature offre un beau message d’ouverture d’esprit. Cependant, il peut être difficile de s’identifier avec un personnage présenté comme assez passif car privilégié en début de roman. D’autant plus que bien que le scénario évolue avec une certaine efficacité, certains passages ne semblent pas nécessaires et le roman semble un peu longuet. C’est une bonne lecture qui aurait gagner en impact avec moins de pages.

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Iron Widow de Xiran Jay Zhao

Iron Widow de Xiran Jay Zhao

Les frontières d’Huaxia sont défendues par les Chrysalides, gigantesques machines pilotées par les énergies psychiques combinées d’un homme et de sa concubine. Hélas ! les combats sont violents, et si les hommes en réchappent, les femmes sont presque toujours sacrifiées. Malgré cela, Zetian s’engage dans l’armée. Son objectif ? Venger sa sœur en tuant le pilote responsable de sa mort.

Sortie victorieuse de l’affrontement grâce à sa force psychique exceptionnelle, Zetian devient alors Veuve de Fer et rejoint l’élite des combattants. Elle sera dès lors associée à Li Shimin, le pilote le plus dangereux et controversé d’Huaxia. Bien décidée à rester en vie, Zetian compte profiter de son nouveau statut pour lutter contre le système patriarcal qui régit la société. Elle s’en fait la promesse : dorénavant, les jeunes femmes ne seront plus sacrifiées…

J’ai beaucoup apprécié la première partie de ce roman. Xiran Jay Zhao nous présente un Royaume jadis détruit, survivant dans une guerre constante contre des ennemis inconnus mais puissants. Iron Widow met en scène des mécas immenses décrits par une plume qui souligne leurs aspects vertigineux et déstructeurs. La façon dont ils fonctionnent reposent sur les traditions chinoises, notamment liées à l’énergie du qi. L’auteur injecte de manière cohérente des éléments de la culture de la Chine, par exemple dans la représentation de multiples traditions et langues variant selon les tribus et clans, mettant en valeur la complexité d’un pays dont l’identité est souvent simplifié à l’extrême. J’ai également apprécié suivre une protagoniste souvent antipathique mais d’une détermination sans faille. Autre point à valoriser pour une lecture YA, le roman n’hésite pas à être dur. Cependant, j’ai trouvé que la seconde partie faisait parfois appel à des raccourcis et facilités narratives qui nuisaient à la crédibilité de l’oeuvre. C’est sûrement car certains points du contexte sont (en réalité volontairement) trop survolés et apparaissent comme superficiels ou tenant du deus ex machina. La fin m’a cependant concaincue de lire la suite.

Les grandes oubliées de Titiou Lecoq

Les grandes oubliées de Titiou Lecoq

Pourquoi l’Histoire a effacé les femmes

De tout temps, les femmes ont agi. Elles ont régné, écrit, milité, créé, combattu, crié parfois. Et pourtant elles sont pour la plupart absentes des manuels d’Histoire. Pourquoi ce grand oubli ?
De l’âge des cavernes jusqu’à nos jours, Titiou Lecoq s’appuie sur les découvertes les plus récentes pour analyser les mécanismes de cette vision biaisée de l’Histoire. Elle redonne vie à des visages effacés, raconte ces invisibles, si nombreuses, qui ont modifié le monde. Pédagogue, mordante, irrésistible, avec elle tout s’éclaire. Les femmes ne se sont jamais tues.
Ce livre leur redonne leurs voix.

Titiou Lecoq présente une fois de plus un essai pédagogique, clair et rythmé de remarques piquantes qui font tout le sel de ses livres. Elle se lance cette fois-ci à l’assaut de l’invisibilisation des femmes de la Grande Histoire. Qui parmi nous n’a jamais entendu ces affirmations sur la femme préhistorique à la cueillette et l’homme à la chasse ? Le fait que les femmes n’aient jamais gouverné ? Ou même travaillé avant les années 70 ? Avec cet essai, vous avez de nombreux arguments pour mettre fin à ces croyances persistantes, y compris sur la féminisation des noms de métier. J’ai beaucoup aimé approfondir des sujets pour la biologisation des inégalités au nom d’une science à géométrie variable. En réalité, les recherches récents viennent apporter beaucoup de nuances sur la place des femmes dans la société à travers les siècles. Titiou Lecoq fait également réapparaître des femmes qui ont été très actives, connues à leur époque, mais dont les oeuvres ont été effacées ou attribuées à des contemporains masculins. En somme, l’essai nous pousse à militer pour démasculination de l’histoire pour proposer des schémas de pensée égalitaires et plus justes.

Quelles ont été vos lectures marquantes du mois de mai ?

Catégories : Points lectures

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