Le mois d’août a été très divers en matière de lectures. Outre l’habituelle Science-Fiction pour le challenge Summer Star Wars, j’ai lu de la non-fiction et de la littérature contemporaine. Et pas des moindres ! Les lectures estivales ont toutes permis d’élargir les horizons.
Dune tome 2, le messie de Dune de Frank Herbert

Résumé du premier tome : Il n’y a pas, dans tout l’Empire, de planète plus inhospitalière que Dune. Partout des sables à perte de vue. Une seule richesse : l’épice de longue vie, née du désert, et que tout l’univers convoite.
Quand Leto Atréides reçoit Dune en fief, il flaire le piège. Il aura besoin des guerriers Fremen qui, réfugiés au fond du désert, se sont adaptés à une vie très dure en préservant leur liberté, leurs coutumes et leur foi. Ils rêvent du prophète qui proclamera la guerre sainte et changera le cours de l’Histoire.
Cependant les Révérendes Mères du Bene Gesserit poursuivent leur programme millénaire de sélection génétique : elles veulent créer un homme qui réunira tous les dons latents de l’espèce. Le Messie des Fremen est-il déjà né dans l’Empire ?
Ce deuxième tome assume pleinement son statut de récit de transition, troquant le souffle épique du premier opus contre une plongée introspective dans les tourments du pouvoir et les dérives du fanatisme. Herbert y déconstruit méthodiquement le mythe du héros qu’il avait lui-même érigé, offrant un Paul Muad’Dib plus humain que jamais, prisonnier de sa propre légende et de ses visions. Si les amateurs d’action et de manœuvres politiques trépidantes pourront regretter un rythme plus lent et une intrigue resserrée, ceux qui recherchent une véritable réflexion philosophique sur l’identité, le déterminisme et la solitude des puissants y trouveront amplement matière à penser. Un tome exigeant, donc, dont l’ésotérisme grandissant et la conclusion hautement symbolique confirment que la saga Dune n’a rien perdu de son ambition. À réserver aux lecteurs prêts à se laisser porter davantage par les idées que par l’épopée.
Les naufragés du Wager de David Grann

En 1740, le vaisseau de ligne de Sa Majesté le HMS Wager, deux cent cinquante officiers et hommes d’équipage à son bord, est envoyé au sein d’une escouade sous le commandement du commodore Anson en mission secrète pour piller les cargaisons d’un galion de l’Empire espagnol. Après avoir franchi le cap Horn, le Wager fait naufrage.
Une poignée de malheureux survit sur une île désolée au large de la Patagonie. Le chaos et les morts s’empilant, et face à la quasi-absence de ressources vitales, aux conditions hostiles, certains se résolvent au cannibalisme, des mutineries éclatent, le capitaine commet un meurtre devant témoins. Trois groupes s’affrontent quant à la stratégie à adopter pour s’en échapper. Alors que tout le monde croyait que l’intégralité de l’équipage du Wager avait disparu, un premier groupe de vingt-neuf survivants réapparaît au Brésil deux cent quatre-vingt-trois jours après la catastrophe maritime. Puis ce sont trois rescapés de plus qui atteignent le Brésil trois mois et demi plus tard. Mais une fois rentrés en terres anglicanes, commence alors une autre guerre, des récits cette fois, afin de sauver son honneur et sa vie face à l’Amirauté et au grand public.
Les Naufragés du Wager confirme le talent de David Grann pour transformer une tragédie historique en un récit d’aventure aussi rigoureux que captivant. En s’appuyant sur une documentation exhaustive, l’auteur ressuscite le quotidien impitoyable des marins du XVIIIe siècle et donne chair à des personnages que la réalité rend plus saisissants que n’importe quelle fiction. Au-delà de l’épopée maritime, le livre offre une réflexion percutante sur la nature humaine poussée dans ses retranchements, sur la fragilité de l’ordre et de la hiérarchie, et sur les rigidités de classe qui gangrènent jusqu’aux situations les plus désespérées. Grann réussit le tour de force de conserver un point de vue nuancé, célébrant le courage de ces hommes sans jamais masquer leur part d’ombre ni les travers d’une époque conquérante. Un récit haletant et intelligent, qui ravira autant les amateurs d’histoire maritime que les lecteurs en quête d’une plongée dans les abîmes de l’âme humaine.
L’Évolution quantique, tome 1 : Le Magicien quantique de Derek Künksen

Belisarius Arjona est un homme quantique. Ses pairs ont été créés pour pousser les capacités cognitives de l’humain à un niveau extrême. En fugue quantique, Belisarius est capable de transformer la probabilité en réalité. Toujours sur le fil, de par sa nature-même, il a trouvé un équilibre précaire en tant qu’escroc. Et quand un client lui offre une immense richesse pour déplacer une flotte de vaisseaux de guerre à travers un trou de ver ennemi, Belisarius accepte la mission et se met en quête d’un équipage composé de post-humains comme lui, mais aussi d’une Intelligence Artificielle surpuissante répondant au doux nom de saint Mathieu. Réussiront-ils leur mission, au risque de déclencher une guerre interstellaire ?
Le magicien quantique nous entraîne dans un futur dans lequel différentes forces se partagent les planètes : Congrégation interplanétaire toute puissante, banques guidées par l’argent, communauté d’humains génétiquement modifiés… Derek Künksen construit un univers riche qui se détache d’autres space opera par des éléments très bien pensés. Il crée des cultures et des sociétés déterminées en grande partie la génétique, posant régulièrement ses protagonistes à se demander le sens de leur existence par rapport à ce qu’ils ont été programmés pour être. Cela permet de voir des sociétés étranges et dévoyées comme celles des fantoches, génétiquement forcés à une adoration totale de leurs créateurs qu’ils gardent prisonniers. Le roman se révèle être avant tout la construction d’une arnaque à grande échelle, avec le trope de la consitution des équipes et des tests de différents plans, ce qui rend l’installation un peu longuette. D’autant plus que l’auteur fait en partie reposer son scénario sur des concepts de physique quantique ou d’astrophysique complexes qui rendent éléments du déroulement abscons. Cependant, les dialogues entre des personnages bien creusés et caractériels viennent apporter un sel supplémentaire à cette oeuvre prometteuse pour la suite de la carrière de cet auteur canadien.
Planète d’exil d’Ursula Le Guin

Sur Gamma Draconis III, un groupe de colons se retrouve isolé à la suite d’un assaut de l’Ennemi inconnu contre la Ligue de tous les mondes.
Ils attendent des secours des étoiles. En vain pendant six siècles. Et sur cette planète d’exil, ils poursuivent tant bien que mal leur tâche : faire progresser la civilisation des Hilfes, qui en six cents ans n’a pu apprendre l’usage de la roue.
Mais ce monde semble se rebeller contre les sorciers venus des étoiles, les Hors venus.
La paix est-elle encore possible entre les descendants de plus en plus rares des Autreterriens venus des étoiles et les indigènes ?
Planète d’exil laisse l’impression d’une œuvre de transition, où l’on devine déjà la grande autrice qu’Ursula Le Guin allait devenir sans qu’elle en atteigne encore la maturité. Les thèmes qui feront sa force plus tard sont là, en germe : la rencontre entre deux peuples que tout sépare, la difficulté de la diplomatie, le regard anthropologique porté sur des cultures étrangères l’une à l’autre. Mais faute d’un développement suffisant et de personnages capables de nous attacher, ces promesses restent en grande partie inexploitées. On referme le livre avec le sentiment d’avoir entrevu une belle idée sans jamais la voir pleinement éclore. Reste qu’il peut intéresser les lecteurs curieux de suivre l’évolution d’une autrice majeure de la science-fiction, à condition de ne pas en attendre l’ampleur de ses œuvres ultérieures.
Jacaranda de Gaël Faye

Quels secrets cache l’ombre du jacaranda, l’arbre fétiche de Stella ? Il faudra à son ami Milan des années pour le découvrir. Des années pour percer les silences du Rwanda, dévasté après le génocide des Tutsi. En rendant leur parole aux disparus, les jeunes gens échapperont à la solitude, et trouveront la paix près des rivages magnifiques du lac Kivu. Sur quatre générations, Gaël Faye raconte l’histoire terrible d’un pays qui s’essaie malgré tout au dialogue et au pardon.
Jacaranda parle avant tout de la rémission du Rwanda après la violence du génocide. L’auteur nous place dans la peau de Milan, un jeune homme né d’un père français et d’une mère rwandaise. En réalité, sa mère reste très secrète sur son enfance au Rwanda, sur les événements traumatisants qui l’ont poussé à partir en France. Nous découvrons l’histoire du pays à travers ses yeux, lui qui ne connaît pas grand chose au Rwanda. Cela permet à l’auteur de replacer le contexte et les éléments culturels et politiques qui ont mené au génocide. Mais le roman aborde également beaucoup la vie post tragédie, que ce soit au niveau du pays ou au niveau des individus. La question du pardon, de la reconnaissance, du poids du passé et des secrets sur les relations actuelles est particulièrement importante. L’impact du génocide touche même des générations qui n’étaient pas nées, comme Stella. Jacaranda insiste également sur l’importance de la mémoire : le fait que la mère de Milan refuse de communiquer sur son histoire familial pèse beaucoup sur le jeune homme. Au contraire, la grand-mère de Stella adore raconter sa longue vie, démontrant la place centrale de la transmission dans la construction de l’identité des individus et la reconstruction du pays. L’écriture de Gaël Faye est simple mais évocatrice, ce qui laisse toute la place ax émotions et aux réflexions des personnages, tout en offrant une expérience de lecture fluide aux lecteurs.
Quelles sont vos lectures favorites du mois d’août ?
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